Livre sur le paradis – Chapitre 5 –

Ne sont-ils pas tous des esprits soignants, envoyés pour soigner ceux

Qui seront les héritiers du Salut ? Heb. 1:14

Comment ils quittent leur foyer doré,

Pour venir rassurer ceux qui ont besoin de cette réassurance !

Comment, avec les ailes en or,

Ils coupent les Cieux comme les défendeurs volants

Contre les démons afin de nous aider, nous, militants!

Ils se battent pour nous, ils surveillent et nous protègent,

Et leurs bataillons patrouillent autour de nous.

Et tout ça, par amour, et rien en récompense;

O pourquoi, nous les hommes méritons une telle attention de Dieu?

-Edmund Spenser*

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Lorsque je me suis réveillée, dans la lumière grise du matin terrestre, j’étais sur le pallier de la maison à Kentville que mon beau-frère et moi avions quitté, il y a trente six heures environ – en temps terrestre. Je grelotais avec un refroidissement étrange lorsque je me suis rendue compte où nous nous trouvions, et je me suis tournée immédiatement à mon beau-frère, qui se tenait à mes côtés. Il a mis son bras autour de moi et, avec un sourire rassurant, il a dit : 

« Pour leur bien, sois courageuse et forte. Cherches à leur faire comprendre tes changements bénis. »

Je n’ai pas essayé de répondre, mais cela m’a encouragé. Je suis rentrée dans la maison, accompagnée de mon Frank : tout était silencieux, il me semblait que tous dormaient. Frank m’a dirigé, toute seule, vers la pièce, à droite de l’entrée, restant lui-même à l’extérieur.

Quelque chose se trouvait au centre de la pièce, découvrant ensuite, que c’était un voile. C’était un grand soulagement pour moi de voir que ce n’était pas noir mais plutôt un gris doux. Quelqu’un était agenouillé à côté et lorsque que je me suis approchée lentement de lui, je me suis rendue compte que c’était mon fils aimé. Il était sur un seul genou, son coude mis sur l’autre jambe et, son visage perdu dans sa main. Son autre bras était placé sur le cercueil comme si il était en train de faire un dernier baiser à « sa petite mère ». Je voyais que le corps, à l’intérieur du cercueil ouvert, était étendu comme endormi paisiblement et, le corps était vêtu de gris argent avec des plis autour de son cou et poitrine. J’étais reconnaissante que mes biens aimés avaient suivi mes souhaits avec autant d’attention.

J’ai mis mes bras autour du cou de mon fils aimé et, pris sa tête contre ma poitrine, mettant ma joue sur sa tête courbée. Puis, j’ai chuchoté : « mon très aimé, je suis ici à côté de toi, vivante, respirant, forte et en bonne santé. Ne voudrais-tu pas te tourner vers moi au lieu de regarder cette forme sans vie dans le cercueil ? » pointant du doigt le cercueil : « Ça, c’est le contenant vide. C’est moi, ta mère vivante. »

Mon fils a levé sa tête comme si il m’écoutait ; mettant sa main contre le visage blanc dans le cercueil, il chuchotait : « pauvre chère petite maman ! » et de nouveau, il a mis son visage sur ses mains, alors que son corps s’agitait avec des sanglots convulsifs.

Pendant que je cherchais de le réconforter, la porte s’ouvrît et sa jeune jolie épouse entra. Je me retournais pour la rencontrer pendant qu’elle avançait vers nous lentement. Je pris ses deux mains et je lui murmurais : « confortes-le, comme seule tu sais le faire ; il a besoin d’amour. »

La jeune épouse de mon fils s’est arrêtée perplexe, comme si, elle regardait droit dans mes yeux, puis, a continué à se diriger vers lui et s’est mise, à genoux à côté de lui, mettant son visage contre son épaule. Mon fils a mis, alors, son bras autour d’elle. C’est alors que j’ai quitté la pièce, confortée à l’idée qu’ils étaient ensemble.

Une fois sortie de la pièce, je me suis arrêtée un instant et puis, lentement j’ai monté l’escalier, puis suis entrée dans la chambre qui m’était très familière. Tout était comme au moment où je l’avais laissée, excepté, qu’aucun corps se trouvait sur le lit blanc. Comme je m’attendais, mon mari était dans la chambre. Il était assis, à côté de la fenêtre en arc, son bras sur la table et, ses yeux regardant tristement le parterre. Ma meilleure amie Virginia était assise à côté de lui et, elle essayait de le réconforter. Au moment d’entrer, mon beau-frère Frank se leva d’une chaise, à côté de mon mari. Frank est sorti de la pièce avec un regard sympathique vers moi. Je suis allée tout de suite à côté de mon mari chéri, mis mes bras autour de lui en chuchotant :

« Chéri, chéri, je suis là ! »

Il s’agitait sans changer de position. Virginia était en train de lui dire : « Je suis certaine que, elle dirait que tu as tout fait qui était possible pour elle. »

« Elle a raison. » ai-je murmuré.

« Mais c’est regrettable, qu’à la fin de sa vie, Rebecca était toute seule! » gémissait mon mari.

« Oui, mais qui aurait pu savoir que c’était la fin ? Elle s’est dégradée si vite dû à sa souffrance. Qu’est-ce que je peux te dire pour te réconforter ? Viens à la maison avec nous, Will. Je suis certaine que Rebecca aimerait que tu viennes. » répondit Virginia.

Will pleurant dit : « Non, je dois rester pour travailler. C’est ma seule façon de consoler mon chagrin. »

Virginia n’a rien ajouté de plus. Will s’est reculé dans son fauteuil, épuisé et un peu vidé. J’avançais vers lui et tout d’un coup, ses bras m’ont entouré. J’ai chuchoté : « Voilà, mon amour, tu ne vois pas que je suis vraiment avec toi. »

Il était calme, et la chambre était dans le silence, sauf le bruit de mon horloge qui se trouvait sur la coiffeuse. Après un bref moment, je savais, grâce à sa respiration qu’il avait trouvé un court répit dans son deuil. Je me suis laissée glisser de ses bras, et suis allée m’agenouiller à côté de ma meilleure amie et, je l’ai prise dans mes bras.

« Virginia, Virginia ! Tu sais que je ne suis pas morte ! Pourquoi tu fais un deuil ? »

Virginia regardait le visage usé de l’homme devant elle et puis, a mis son visage sur sa main, murmurant, comme si elle m’avait écouté et voulait répondre :

« Oh Bertha chérie, comment tu aurais pu le quitter ? »

« Je suis ici, ma chérie ! Tu dois comprendre que je suis ici ! »

Virginia ne m’entendait pas mais restait assise, absorbée dans ses pensées tristes.

Quelques minutes plus tard, un inconnu est entré et, à mi-voix a dit « l’heure du train approche ». Il a amené le chapeau de mon mari. Will s’est levé, a pris le bras de Virginie puis, a commencé à descendre en compagnie de notre fils et notre belle-fille. Tout à coup, mon mari a jeté un dernier coup d’œil avant de partir, son visage pâle, sous l’effet de la souffrance. Notre chère belle-fille s’empressait de prendre Will dans ses bras et, a posé son visage contre le sien. Je me suis dit « Dieu la bénisse pour tout ! » Il s’est ressaisi et ils sont tous descendus vers l’entrée.

Je suis restée très proche de mon cher mari durant tous les moments importants des obsèques jusqu’au moment où il a regagné la maison, épuisé. Maintenant, je comprends mieux pourquoi Dieu m’a ordonné de passer une journée au Ciel afin de découvrir les joies de la vie Céleste. Je n’aurai jamais pu, sans cela, assister sereinement aux deuils de mes bien aimés.

Je comprenais rapidement que mon mari avait raison ; son travail était devenu son refuge. Pendant la journée, sa routine occupait sa tête et ses mains, laissant au cœur peu de place pour se complaire dans l’amertume. Les nuits étaient, en revanche, les moments les plus difficiles à passer. Les amis intimes restaient avec lui, jusqu’au moment d’aller au lit, mais après ça, il était tout seul. Il tournait et virer dans son lit, se levait et allait dans ma chambre pour regarder, pleurant, mon lit vide. Cela m’a exigé toutes mes forces pour l’apaiser autant que possible. Après un moment, mon beau-frère Frank et moi, nous sommes relayés pour que Will ne passe pas une nuit seul et, surtout qu’il y avait toujours un de nous à côté de lui pendant ses voyages. Graduellement, à notre grande joie, Will devenait plus réceptif à notre présence et, nous étions capables de le guider et de l’assister de nombreuses façons.

Une nuit, plusieurs mois plus tard, dans une chambre d’hôtel, j’étais à côté de lui, pendant son sommeil lorsque j’ai senti une menace sur lui. Il dormait tranquillement et, son sourire pouvait m’indiquer que ses rêves étaient joyeux. Je suis descendue à la réception, et j’ai découvert une fumée dense. Je retournai à lui, aussitôt, cherchant à le réveiller, mais Will continuait à dormir. J’ai donc crié dans son oreille de toutes mes forces : « Will ! »

Immédiatement, il a sursauté et dit : « Oui chérie, je viens ! » exactement, comme il réagissait dans le passé. Puis, un instant plus tard, il s’est assoupi, murmurant : « quel rêve vivace ! Je n’ai jamais entendu sa voix aussi clairement pendant sa vie. »

« Will ! », ai-je répété, le tirant par la main avec toutes mes forces ; « lèves-toi vite ! Ta vie est en danger ! »

Aussitôt, il sortit de son lit et enfila ses vêtements. « ne sais pas pourquoi je me lève mais je suis certain que c’est sa voix que j’ai entendue! »

« Vite, vite ! » insistais-je.

Il ouvrit la porte et se trouva nez à nez, non seulement, devant la fumée mais aussi les flammes.

« Ne prends pas l’escalier, viens ! » Je l’ai guidé par une porte étroite, à un vestibule à côté, puis à un escalier rempli de fumée mais sans flamme. Ensuite, nous avons emprunté un deuxième escalier, pour rejoindre l’extérieur où il était pris en main par des amis pour aller dans un endroit en sécurité.

« Je ne sais pas si c’est cela qui m’a réveillé » a-t-il dit, ensuite, à un ami. « Mais, dans mon rêve j’ai entendu ma femme m’appeler, avant de me rendre compte que j’étais entrain de m’habiller. »

« Aucun doute, tu l’as bien entendu. Peut être, Rebecca fait partie des serviteurs, envoyés par Dieu, pour accompagner ceux qui cherchent le salut ? Qu’est-ce que Rebecca aurait pu faire de plus beau que sauver la vie de quelqu’un aussi proche à elle qui n’a pas encore complété ses travaux sur terre ? » dit son amie. « Oui, tu as entendu sa voix, tout juste le temps de te sauver. Merci Dieu. »

« Oui, c’est certainement cela. Merci Dieu. » répond Will.

Suite à cela, mon mari était plus à notre écoute et, commençait même s’il était encore sur terre, à savourer les retrouvailles auxquelles on pourrait s’attendre dans les Cieux.

Quant à mon fils adoré et sa femme, ils avaient tellement de choses qui les rendaient heureux, qu’ils n’avaient pas besoin autant de moi que Will. Bien sûr, dans les moments où mon fils était cloué au lit et surtout en l’absence de sa femme, j’ai trouvé la manière de le calmer et de l’amener à des pensées sereines ; mais étant donné l’amour, déjà autour de lui, j’ai estimé que le moment n’était pas encore arrivé pour que mon soutien soit essentiel.