L’Eglise après le coronavirus

L’Eglise après le coronavirus

28 Avr 2020 

Une réflexion très intéressante d’Andrea Gagliarducci: l’Eglise a cessé d’être une communauté, et la banalisation des messes virtuelles imposées par les circonstances a accéléré le processus de dissolution. Mais avant de parler de l’ »après », il faut aussi parler du « pendant ». Et là, force est de constater que l’Eglise, jusqu’au plus haut niveau, brille par son absence.

Un prêtre italien célèbre la messe dans une église vide
AP Photo/Antonio Calanni

L’Eglise pendant le coronavirus

Mardi dernier, après avoir échangé au téléphone, à sa demande, avec le Pape, Emmanuel Macron s’est entretenu par vidéoconférence avec les représentants des « cultes » (sic!!) … parmi lesquels il compte les bouddhistes et les francs-maçons.
En France, « fille aînée de l’Eglise » (désolée de répéter un lieu commun, digne désormais de servir de légende au musée des antiquités)!!
Voici ce qu’en disait le 21 avril Le Figaro:

Si l’entretien avec le pape François n’a pas porté sur la question de la reprise des messes catholiques en France – un sujet pourtant ardemment débattu en Italie et en Allemagne sous la pression de l’Église – il a été l’une des questions abordées avec les religieux français, tous concernés par la tenue d’assemblée. Selon un participant, le président a annoncé un nouveau rendez-vous le 11 mai avec les religions pour évaluer les conditions de reprise des cultes qui pourrait être envisagée à «la mi-juin», mais avec des limites de «nombres de fidèles».
Quant à l’entretien avec le pape François, il n’a pas fait l’objet de communication, comme il est d’usage de la part du Saint-Siège. Mais selon des sources élyséennes, il a porté sur les questions internationales. On se félicite ainsi de «convergences» entre la diplomatie vaticane et française sur quatre sujets clés: la préservation de l’unité et de la solidarité européenne, le soutien du continent africain, sur le plan médical notamment, l’abolition de la dette des pays les plus pauvres, la demande d’un arrêt total des conflits guerriers en cours.
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https://www.lefigaro.fr/actualite-france/coronavirus-l-elysee-envisage-la-reprise-des-cultes-a-la-mi-juin-20200421

Pas un mot, donc, sur les messes!!! Le Pape a enfourché ses chevaux de bataille habituels. Et l’on sait que la défense de la religion catholique n’est pas parmi ses priorités!
Ce matin, d’ailleurs, il a donné une nouvelle preuve de son alignement inconditionnel sur les mesures du gouvernement italien :

Dans le débat entre les évêques et le gouvernement italiens sur l’éventualité d’une reprise de la participation des fidèles aux messes, le pape François a tenu à jouer l’apaisement, mardi 28 avril, en priant au début de sa messe matinale à Sainte-Marthe pour que chacun respecte les mesures prises en vue du déconfinement et garde la prudence, « afin que la pandémie ne revienne pas ».

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https://www.la-croix.com/Religion/Catholicisme/Pape/Reprise-messes-pape-invite-prudence-obeissance-mesures-2020-04-28-1201091578

Antonio Socci est féroce…https://www.facebook.com/plugins/post.php?href=https%3A%2F%2Fwww.facebook.com%2Fpermalink.php%3Fstory_fbid%3D2932888480165343%26id%3D197268327060719&width=500

Pour en revenir à la France, ce qui est ressorti de la rencontre virtuelle de Macron avec les soi-disant « autorités spirituelles« , c’est donc qu’il n’a pas été envisagé de rouvrir les lieux de culte avant la mi-juin.
Cette décision a bien suscité quelques belles réactions de protestation de la part d’évêques et de prêtres individuels (voir par exemple ici: www.lesalonbeige.fr/des-pretres-reclament-a-leur-tour-le-retour-du-culte-public/), mais en ordre dispersé, et surtout, aucune réelle levée en masse. Y a -t-il encore une « communauté » catholique? C’est la question que soulève ici Andrea Gagliarducci, dans ce très bon article sur ce que sera l’Eglise après le coronavirus – une Eglise qui, le Pape en tête s’est comme on vient de le voir, signalée par son silence.


L’Eglise après le coronavirus

Andrea Gagliarducci
Monday Vatican
27 avril 2020
Ma traduction

La semaine dernière, le pape François a reporté d’un an les Journées mondiales de la jeunesse et la Rencontre mondiale des familles. Et il a fait de même pour le Congrès eucharistique international, qui devait avoir lieu à Budapest en septembre 2020, et qui aura maintenant lieu en septembre 2021. La vie de l’Église a été comme figée pour cette année. Le pape François n’aura finalement pas de voyage international cette année. L’année 2020 restera dans les mémoires comme une année intermédiaire, un passage qui conduira l’Église vers une nouvelle ère.

L’Église, après le coronavirus, ré-émergera après des mois sans possibilité de célébrer des messes publiques. La question semble cruciale aujourd’hui, mais les fidèles la ressentent depuis le début. L’Église, et en particulier le Saint-Siège, a manqué de vision. Au début, l’urgence ne devait durer que peu de temps, pas plus d’un mois. En fin de compte, il n’a même pas été possible de célébrer Pâques.

En raison de ce manque de vision, l’Église a été totalement subordonnée aux décisions des gouvernements locaux. Le Saint-Siège n’a pas fourni d’indications précises pour demander au moins un respect formel de la liberté religieuse, et a accepté que la police italienne interdise l’accès à la place Saint-Pierre. Paradoxalement, la basilique Saint-Pierre était ouverte, mais les fidèles n’avaient pas la possibilité d’y accéder.

La plupart des conférences épiscopales se sont adaptées à la ligne du Vatican pour accepter les mesures des gouvernements et éviter tout rassemblement, même pour les messes. De cette façon, les États ont pu ignorer la liberté de culte. Les dispositions et les exceptions concernaient les besoins matériels – comme la possibilité d’aller au supermarché – mais pas les besoins spirituels.

Le pape François lui-même est resté silencieux, jusqu’au vendredi 17 avril. Au cours de l’une de ses homélies quotidiennes, le pape a souligné que l’Eglise est censée être « avec le peuple et l’Eucharistie », et que ce que l’Eglise vivait était une urgence.

Nous nous dirigeons maintenant vers la « phase 2 » [càd le « déconfinement » à l’italienne, ndt] pour bloquer l’infection. Les conférences épiscopales ont déjà commencé à prendre des mesures. Les évêques italiens ont fait savoir qu’ils étaient en étroite communication avec le gouvernement pour revenir progressivement à des messes publiques. Les évêques argentins, pour leur part, ont présenté au gouvernement un plan en 13 points pour que des célébrations publiques puissent à nouveau avoir lieu, tout en respectant les mesures de sécurité sanitaire.

Ces dialogues n’auraient-ils pas pu avoir lieu avant?

L’Église, après le coronavirus, sera une Église plus faible sur le plan institutionnel. L’Église n’a pas été capable de défendre les fidèles et de défendre la possibilité pour les fidèles de participer aux célébrations religieuses. L’Église n’a finalement pas pu fonctionner comme une institution qui protège ses droits. En Italie et en France, la police a même fait irruption dans les églises pour interrompre des messes avec public. Cela va non seulement à l’encontre de la liberté religieuse, mais aussi de la souveraineté de l’Église. Aucune célébration religieuse ne peut être suspendue, et la police ne peut pas non plus s’introduire dans une église. En Italie, le concordat entre l’Italie et le Saint-Siège le stipule expressément.

L’Église a essayé d’être présente. S’il est impossible de célébrer des messes publiques, leur diffusion en direct et en streaming s’est multipliée. Les évêques n’ont jamais autant été sous les feux de la rampe.

Cependant, il manque une chose: la communauté.

Au début, la suspension des messes publiques, en même temps que la fermeture, ont été décrits comme une occasion de redécouvrir la prière personnelle et privée à la maison. Les paroisses avaient donné des directives, fourni des suggestions, invité chacun à renforcer sa vie spirituelle. C’était un aspect positif.

D’un autre côté, l’Église vit en communauté. L’Église a en effet survécu sans que l’Eucharistie soit facilement accessible. C’est ce qui s’est passé en Corée, où le christianisme a été répandu par un groupe de laïcs qui l’ont découvert en Chine. C’est arrivé au Japon, où les chrétiens ont dû vivre cachés et en silence pendant trois siècles, alors que le christianisme était banni du pays.

Cependant, même sans prêtres, il y avait une communauté vivante. Les chrétiens se rencontraient dans la clandestinité, vivaient leur communion même sans prêtres et avaient accès à la communion eucharistique. Cela s’est également produit sous les régimes communistes, où tout était interdit, mais les chrétiens pouvaient quand même se rencontrer.

Pendant cette période de confinement, ce n’est pas de messes publiques que l’Église a manqué. L’Église a manqué de communauté. À Rome, un prêtre a célébré la messe de Pâques sur le toit de son église pour que les gens puissent se pencher par leur balcon et leur fenêtre et y participer. Il aurait dû y avoir davantage d’initiatives de ce genre. L’impossibilité de se rencontrer et de se déplacer a fait perdre aux catholiques une partie de leur sens de la communauté. Le risque est de devenir une foi d’individus liés à la messe mais sans aucune vie commune.

Restaurer la communauté sera l’un des défis de l’Église après le coronavirus. Les curés seront en première ligne. Il serait cependant bon que le Saint-Siège se saisisse de la question, avec des initiatives et des propositions. Les prêtres ont besoin d’être soutenus; ils ne doivent pas se sentir seuls face à ce défi.

L’Église, après le coronavirus, devra également être en mesure de fournir un projet à long terme pour sa future présence dans la société. Jusqu’à présent, les messes ont été diffusées sur toutes les plateformes, sans problème. Personne n’envisage le fait qu’un gouvernement ou une autorité aurait pu arrêter la diffusion à tout moment. Un seul clic et le monde aurait été privé de messe. L’Église devra trouver un moyen de réaffirmer sa liberté de proclamer et de répandre la foi.

L’Église devra également se concentrer sur certains grands thèmes. Par exemple, le soutien aux écoles et aux universités catholiques que la crise a fortement touchées [ndt: le problème se pose en Italie… plus du tout en France, où l’enseignement dit catholique n’a souvent plus de catholique que le nom]: il sera difficile de les maintenir à flot, et il sera encore plus difficile de payer les frais de scolarité pour fréquenter ces écoles. L’Église devra lutter contre l’intérêt de certains États qui ne veulent pas maintenir un espace pour les établissements d’enseignement privés. La crise économique alimente la dictature du relativisme.

Enfin, l’Église, après le coronavirus, devra se repenser. Le pape François a vu dans cette crise l’opportunité de changer le modèle économique, et sa lettre aux mouvements populaires [cf. La dérive marxisante du Pontificat] délivrée à Pâques en est un signe certain. Le Pape a demandé de repartir des plus pauvres et de profiter du lockdown pour travailler à un nouveau paradigme économique.

Cependant, il semble que ce changement de paradigme économique aurait dû venir plus tard.

L’Eglise après le coronavirus sera une Eglise privée de sa piété populaire (combien de processions annulées ?), de sa culture, de sa communauté. C’est une Église d’individus qui aura du mal à concrétiser les principes de la foi dans la vie réelle.

Le point de départ se situera sur ces questions fondamentales. L’objectif sera de construire une nouvelle civilisation et pas seulement une nouvelle économie. La base de cette civilisation ne sera pas autre chose que la communauté réunie autour de l’Eucharistie. Le pape François comprendra-t-il ces défis ?