En marge du « chemin synodal » allemand, une interview du cardinal Woelki

En marge du « chemin synodal » allemand, une interview du cardinal Woelki

2 Fév 2020 |

L’archevêque de Cologne n’a pas apprécié déroulement de la première assemblée, et exprime ses réserves au micro de Domradio: « Toutes mes craintes se sont réalisées… La structure hiérarchique de l’Eglise est remise en cause. On croyait assister à un parlement d’église protestante ».


LE CARDINAL WOELKI CRITIQUE LA PREMIÈRE SÉANCE DE L’ASSEMBLÉE SYNODALE :

« TOUT CE QUE JE CRAIGNAIS S’EST PRODUIT »

domradio.de
1er Février 2020
Traduit de l’allemand par Isabelle
(Interview de Ingo Brüggerjürgen)

Le cardinal archevêque de Cologne, Rainer Maria Woelki, n’est pas content de la première réunion du synode : on y remet en cause, dit-il, la structure hiérarchique de l’Eglise et on n’y est pas ouvert à toutes les opinions.

DOMRADIO.DE : Eminence, dès le départ, vous n’avez pas été précisément un des plus grands avocats du chemin synodal. Comment avez-vous vécu la réunion de l’assemblée synodale ici à Francfort ?

Cardinal Woelki : En fait, tout ce que je craignais s’est vérifié. J’ai dit clairement mes vives inquiétudes que cette manifestation, par la manière dont elle est conçue et par son mode de fonctionnement, ne devienne comme un parlement d’église protestante. C’est bien, à mes yeux, ce qui s’est passé. Les conditions essentielles, de nature ecclésiologique, portant sur l’essence propre de l’Eglise catholique ont été, à mon avis, ignorées dans bien des interventions. Cela s’est manifesté d’une manière frappante lors de la procession d’entrée à la messe : evêques et laïcs sont entrés tous ensemble, exprimant ainsi que tous sont égaux. Et cela n’a, en vérité, rien à voir avec ce qu’est et signifie l’Eglise catholique.

DOMRADIO.DE : En voyez-vous une confirmation dans le fait que la disposition des sièges a suivi l’ordre alphabétique ?

Woelki : Je pourrais admettre cette mesure. Mais cela manifeste bien que la constitution hiérarchique de l’Eglise, mise en évidence par le Concile Vatican II et qui s’exprime aussi dans « Lumen Gentium », est désormais remise en cause. De même, cette disposition de la salle, en plus de beaucoup d’autres petits signes, remet en cause et relativise l’articulation organique des relations entre ministres ordonnés et laïcs ainsi que la différence des missions qui s’y exprime. Cela me paraît extrêmement douteux.

DOMRADIO.DE : Vous avez écouté avec attention et participé aux discussions. Qu’avez-vous appris de neuf ?

Woelki : J’ai appris qu’il est difficile d’écouter, – pas seulement pour moi, mais également pour beaucoup d’autres. J’ai encore appris que le respect réciproque qu’on exige n’est pas facile. En plus, j’ai observé combien on sent que l’attention fléchit lorsque certains prennent le micro pour défendre une position divergente. C’est là quelque chose que certainement il nous faut encore apprendre pour l’avenir : que nous ne’énoncions pas simplement de beaux principes, mais que nous les mettions en pratique dans nos vies. J’ai appris aussi qu’il est important de parler du pouvoir dans l’Eglise. Car il est clairement apparu que, même ici, dans notre assemblée synodale, un pouvoir s’exerce : dans le fait, notamment, que tous ceux qui veulent s’exprimer n’ont pas droit à la parole. Toutes les interventions, communiquées par écrit au préalable, n’ont pas eu droit au même traitement.

DOMRADIO.DE : Il est bien sûr important pour vous qu’il s’agisse d’un processus spirituel. Est ce que cela transparaît dans cette réunion telle que vous la vivez ?

Woelki: Je crois qu’il y a naturellement une volonté dans ce sens :  les messes et aussi ce que l’on appelle des « haltes », des temps de prière déterminés qui sont prévus au programme. Mais je crois qu’un processus de nature spirituelle se caractérise avant tout par le fait que, quand nous rédigeons nos interventions, nos textes et nos documents, nous devons toujours écouter ce que le Seigneur veut dire, – pas seulement ce que nous croyons. Le Seigneur parle à travers la parole de l’Ecriture, mais aussi à travers la foi et la doctrine de l’Eglise.

Et nous ne sommes pas appelés, après 2000 ans, à refonder l’Eglise ou la réinventer, mais nous nous insérons dans une longue tradition ; la foi telle que l’ont fixée les conciles et les origines apostoliques ne peut pas être en quelque sorte démembrée ou recréé. Il y a des conditions. Et il appartient à un processus spirituel d’observer cela et d’y réfléchir intensément, sans vouloir s’en débarrasser comme d’une vieillerie – peut-être simplement parce que nous ne le comprenons plus. Il faut donc d’abord se donner la peine de comprendre ce que sont la foi et le magistère de l’Eglise, et ensuite, sur cette base, réfléchir aux questions qui se posent aujourd’hui, en 2020, et donner des réponses à partir de cette foi de l’Eglise et de l’Evangile.