Un livre qui donne envie de se faire prêtre

Un livre qui donne envie de se faire prêtre

30 Jan 2020

Le traducteur en italien du livre « Benoît XVI/Cardinal Sarah », Davide Riserbato s’exprime sur la Bussola, avant la sortie de l’ouvrage de l’autre côté des Alpes, annoncée demain. Prudemment, en ce qui concerne les polémiques (précautions probablement réclamées par l’éditeur italien Cantagalli, y compris le tribut à François – et on le comprend…) , mais son éloge magnifique du livre sonne juste.

(Merci au Père M. pour m’avoir signalé l’article, qui m’avait inexplicablement échappé!)


« C’est un livre qui fait venir l’envie de devenir prêtre. »

Paolo Gulisano
La NBQ
30 janvier 2020
Ma traduction

Le livre écrit par le cardinal Robert Sarah et Benoît XVI « chante et exalte la beauté du sacerdoce ». Les polémiques sont le fruit de « falsifications qui ont eu pour résultat d’obscurcir la beauté, la vérité et le bien » qui émanent des pages de ce livre. Le traducteur de Dal profondo del nostro cuoreDavide Riserbato, professeur de théologie à l’Université catholique de Milan, prend la parole.

À la veille de la publication en Italie du très attendu livre Dal profondo del nostro cuore écrit par le cardinal africain Robert Sarah et le pape Benoît XVI, nous avons interviewé le traducteur italien du livre, le professeur Davide Riserbato, professeur de théologie à l’université catholique de Milan, auteur d’essais et qui a déjà édité des œuvres du cardinal Giacomo Biffi.

Professeur, vous aviez déjà traduit et édité d’autres ouvrages du cardinal Sarah, mais pour ce livre vous étiez confronté à une tâche supplémentaire, que nous imaginons passionnante : la traduction de Benoît XVI, une tâche délicate puisque chaque mot ou expression de la pensée de ce grand pontife a un rôle très important. L’annonce de la publication de ce texte s’est cependant déroulée dans un climat de fortes polémiques.

Tout d’abord une prémisse. Dans son message pour la 54e Journée mondiale des communications, le pape François a écrit : « À une époque où la falsification devient de plus en plus sophistiquée, atteignant des niveaux exponentiels (le deepfake), nous avons besoin de sagesse pour accueillir et créer des récits beaux, vrais et bons ». Je veux ici répondre aux questions pour dire le beau, le vrai et le bien qui émanent de ce livre, en laissant de côté toutes les polémiques, vaines et insipides, que nous avons eu le malheur d’entendre. Des falsifications qui ont eu pour résultat d’obscurcir cette beauté, cette vérité et cette bonté. D’où également l’émotion que vous avez mentionnée. C’est donc la réaction, pas seulement intellectuelle, que l’on éprouve lorsqu’on se met à l’école d’un maître et de la sagesse dont il témoigne.

Quels sont les aspects qui vous ont semblé les plus remarquables dans ce texte ?

En ce qui concerne Benoît XVI, l’aspect sans aucun doute le plus remarquable est contenu dans le passage où le pape émérite définit l’abstinence sexuelle du sacerdoce célibataire comme une « abstinence ontologique », et non pas simplement fonctionnelle. C’est-à-dire qu’il ne s’agirait pas d’une simple question de discipline ecclésiastique, mais d’une caractéristique essentielle, constitutive du sacrement même de l’Ordre. La vie du prêtre, écrit-il, « est en contact avec le mystère divin et exige donc une exclusivité pour Dieu qui exclut un autre lien à côté de lui, comme le mariage, qui embrasse toute la vie ».

Vous nous avez confié que ce livre réussit à transmettre une grande fascination pour le sacerdoce. Voulez-vous vous expliquer ?


Oui, je pourrais synthétiser avec une phrase, peut-être un peu banale mais très claire: « Ce livre fait venir l’envie d’être prêtre », parce qu’il chante et exalte la beauté du sacerdoce. On y trouve des passages magnifiques. J’en cite un, qui me semble particulièrement édifiant :

« Le prêtre n’est pas seulement celui qui exerce une fonction sacrificielle. Il est au contraire celui qui, par amour, s’offre en sacrifice à l’exemple du Christ. […]. Le célibat sacerdotal est l’expression de la volonté de se mettre à la disposition du Seigneur et des hommes ».

Ou cet autre :

« Il est opportun de rappeler, avec une insistance obstinée, que tous les prêtres – aussi bien nous, pécheurs, que ceux qui sont saints – lorsqu’ils célèbrent la Sainte Messe ne sont plus eux-mêmes. Ils sont le Christ qui renouvelle sur l’autel son divin Sacrifice du Calvaire ».

Ce sont les paroles de saint Josémaria Escriva, qui ne manque pas d’être mentionné dans le livre. Que dire alors du parallèle admirable qui est établi entre le sacerdoce et le mariage. Des paroles très belles qui amènent le cardinal Sarah à cette conclusion : « Ordonner prêtre un homme marié signifierait diminuer la dignité du mariage et réduire le sacerdoce à une simple fonction ».

Le titre même du livre semble suggérer une intention précise des deux auteurs, une sorte d’appel du coeur pour la défense du sacerdoce catholique, en particulier du célibat…

Ce n’est pas seulement un appel du cœur, mais c’est une prière confiante! En ouverture du livre, nous trouvons écrit:

« Avec tous les prêtres, nous prions: Seigneur, sauve-nous! Nous périssons! Le Seigneur dort pendant que la tempête fait rage. Il semble nous abandonner aux vagues du doute et de l’erreur. Nous sommes tentés de nous abandonner au désespoir. Les vagues du relativisme submergent la barque de l’Eglise de tous les côtés. Les apôtres ont eu peur. Leur foi s’est attiédie. L’Église Aussi semble parfois vaciller. Au cœur de la tempête, la confiance des Apôtres dans la puissance de Jésus semble s’effriter. Nous aussi, nous vivons ce mystère. Nous avons cependant le sentiment de nous trouver dans une paix profonde, car nous savons que celui qui dirige la barque est Jésus. Nous sommes conscients qu’elle ne peut jamais couler, qu’elle seule peut nous conduire au port du salut éternel ».

.

(page 23 de l’édition française)

Professeur, pendant que vous vous occupiez de la traduction de ce livre, les polémiques ont commencé à faire rage. L’impression qu’on en a eue est que ce livre, pour reprendre Manzoni, « ne devait pas se faire » (non s’avesse da fare)…


A vrai dire, quand les polémiques ont éclaté, la traduction était déjà prête depuis plusieurs jours, déjà livrée à l’éditeur. Dans un premier temps, je me suis même amusé à suivre les nouvelles qui rebondissaient et se poursuivaient de tous côtés avec la prétention de représenter des scoops extraordinaires… alors qu’au contraire, pour m’exprimer à nouveau avec les mots du pape François, ils n’étaient rien d’autre qu’une « falsification […] de plus en plus sophistiquée » qui atteignait des niveaux exponentiels. En tout cas, à ce propos, ce que j’ai déjà observé plus haut est valable… il n’est pas dans mon intention d’y faire référence à nouveau. En outre, il y a la déclaration de l’éditeur David Cantagalli, qui clôt définitivement l’affaire. Je voudrais cependant ajouter une dernière information personnelle qui, lorsque je repense au tapage qui a été fait avant même la lecture du texte dans l’édition française, suscite maintenant toute mon hilarité. En travaillant sur le texte, j’étais en effet tombé sur une note brève, assez marginale, à propos de laquelle j’avais pris la peine d’envoyer une observation au Pape émérite dans un esprit de profonde humilité, craignant qu’elle ne provoque d’éventuelles critiques… Quelle naïveté de ma part d’y penser !