Conférences de presse en altitude: le drame d’un pape bavard

Conférences de presse en altitude: le drame d’un pape bavard

28 Nov 2019 

François parle de tout… sauf de religion. Formidable réflexion du Père Longenecker qui a lu – rapidement – le compte rendu de la dernière représentation papale dans l’avion de retour du Japon. Du reste d’un maigre intérêt et aussi vite oubliée (elle n’a eu aucun écho dans les médias grand public, et seuls quelques irréductibles de la Cour s’en sont fait l’écho)

Le problème qu’élude le Père Longenecker (après tout, comme il le dit, le Pape est son boss), c’est que François, en plus de répéter les slogans les plus éculés du politiquement correct, pontifie – c’est le cas de le dire – au niveau du café du commerce, dans une langue approximative, sans réelle maîtrise des sujets qu’il aborde. Seuls les journalistes italiens – sans doute parce qu’ils le connaissent mieux, le « fréquentant » de plus près – ont osé soulevé le problème de son « impréparation » culturelle.


La Reine et le Pape dans l’avion

Père Dwight Longenecker
dwightlongenecker.com
27 novembre 2019
Ma traduction

Le Saint-Père a suivi sa tradition désormais bien établie de tenir une conférence de presse dans l’avion sur le chemin du retour d’une visite internationale. Encore une fois, j’ai lu la transcription et je suis étonné de voir à quel point le plus grand chef religieux du monde parle peu de religion. Ce qui est encore plus troublant, c’est que le leader chrétien le plus visible du monde, celui dont la voix porte le plus, ne parle que très peu de Jésus-Christ, et ce qui est encore plus décevant, c’est que le leader des catholiques du monde parle très peu de tout ce qui est spécifiquement catholique.

Oui, oui, je sais que les journalistes voulaient lui poser des questions sur l’énergie nucléaire, la politique en Bolivie, la question de savoir si les enfants devraient avoir des journées pyjamas à l’école, le problème du poids du dirigeant de la Corée du Nord, les problèmes du capitalisme, la corruption de la Banque du Vatican, la destruction de la forêt tropicale, l’avenir des voitures électriques, la coiffure de Greta Thurnberg, les abus sexuels chez les Bouddhistes d’Irlande du Nord et si les robinets en plaqué or à Bahrain, étaient éthiques ou pas.

Pourquoi se sent-il obligé de s’engager dans toutes ces bavardages? Je ne veux pas critiquer le pape trop sévèrement. C’est le pape. Je suis prêtre catholique. C’est mon patron. Parfois, vous avez un bon pape. Parfois, vous avez un mauvais pape. Souvent, vous avez un pape médiocre. Maintenant, c’est lui le pape. Plus tard, nous aurons un autre pape, mais je déplore le fait que ce pape se sente obligé d’offrir son opinion sur presque tout, et qu’il ait des opinions fermes sur la plupart des choses, mais il parle rarement clairement et fermement des seules choses sur lesquelles un pape est censé être clair et ferme: la morale et le dogme catholiques. Sur ces questions, il est sceptique, mais sur la peine de mort, l’armement nucléaire, l’immigration, le capitalisme, l’environnement, etc. il donne son opinion très clairement.

Hélas. Si seulement il avait regardé The Crown, en particulier cet épisode fantastique où la vieille Reine Mary enseigne à la nouvelle Reine Elizabeth comment devenir un monarque. Le conseil est simple: « Tais-toi. » Dans un autre épisode, la Reine, à présent expérimentée, a une conversation similaire avec un jeune prince Charles. Il rebondit avec enthousiasme, anxieux de s’impliquer pour essayer de changer le monde. HMQ (Her Majesty Queen) lui dit que ce n’est pas son rôle. Il doit se taire et garder un visage impassible. « Même un sourire ou un rire indiquera votre approbation de telle ou telle chose, et votre approbation ou désapprobation n’est pas permise. »
Il répond : « Mais les gens veulent savoir ce que je pense! »
HMQ répond: « Non, pas du tout ». Elle aurait dû ajouter: « Ils veulent seulement savoir ce que vous pensez pour pouvoir déformer vos propos et vous utiliser pour promouvoir leur propre agenda ».

C’est le piège de tous ceux qui ont une position publique, et plus le profil est élevé, plus le piège est grand.
Il doit être tellement tentant, lorsque l’on dispose d’une plate-forme mondiale, d’offrir des opinions sur presque tout en pensant que cela fera une différence. Ce n’est pas le cas. L’action fait une différence. Pas les opinions.

Le deuxième problème avec les conférences de presse du pape est qu’il parle à peine de la religion et encore moins du christianisme et des spécificités du catholicisme. Est-ce que personne ne s’en est aperçu? S’il doit faire des conférences de presse, il devrait utiliser la papauté comme une tribune (bully pulpit).
C’est une opportunité de prêcher l’évangile au monde entier par les canaux des médias. Ici, il a un avion rempli d’un public captif de journalistes du monde entier. C’est l’occasion de prêcher « le Christ crucifié » pour appeler le monde à la repentance et à la foi dans le Christ, pour inviter le monde entier à rencontrer la miséricorde aimante de notre Dieu….et il parle de tout SAUF de l’évangile.

Mettons qu’on lui pose des questions sur les finances du Vatican. Au lieu de parler longuement de la réforme, il pourrait mentionner brièvement les efforts qui sont faits, mais aborder ensuite la question de la cupidité, du péché originel et de la nécessité pour tous de se repentir et de se tourner vers le Christ afin de trouver un véritable accomplissement et une vie abondante.

Enfin, le pire dans ces interviews et le fait d’avoir un pape si bavard, c’est que tout le monde finisse par se déconnecter, bâille et décroche, et ce serait une grande perte parce que la papauté est une tribune, et il n’y a rien de pire pour un leader que d’être ignoré.

Quand il s’agit de déclarations publiques, quelqu’un dans son équipe de communicants devrait dire au pape que « moins, c’est plus« .

http://www.benoit-et-moi.fr/2020/2019/11/28/conferences-de-presse-en-altitude-le-drame-dun-pape-bavard/