Synode: historique, enjeux, perspectives, par Antonio Ureta

Synode: historique, enjeux, perspectives, par Antonio Ureta

8 Oct 2019 | 

Longue et passionnante interview par Giuseppe Rusconi (« Rosso Porpora ») de « l’intellectuel catholique chilien conservateur sur les origines, le développement, la concrétisation de l’idée d’un Synode pour l’Amazonie ». Le tout sur le ton familier de la conversation, donc très agréable à lire.


Synode Amazonie

José Antonio Ureta: La prise de pouvoir

Giuseppe Rusconi
Rosso Porpora
2 octobre 2019
Ma traduction

Ample entretien avec l’intellectuel catholique chilien conservateur sur les origines, le développement, la concrétisation de l’idée d’un Synode pour l’Amazonie. ‘Lumen gentium‘ et ‘Gaudium et Spes‘. La théologie (qui a échoué) de la libération a mis les plumes du chaman; la lutte politique est devenue une lutte culturelle. Les graines de Santo Domingo et d’Aparecida (où fut sensibilisé Jorge Mario Bergoglio). La « minorité progressiste » au pouvoir dans l’Église. Le risque grave d’une Église  » archipel « , où chaque communauté locale est une Église au visage différent.

Du 6 au 27 octobre 2019 se tiendra au Vatican le Synode des évêques de la région Panamazonique pour réfléchir sur le thème « L’Amazonie: nouvelles voies pour l’Église et pour une écologie des intégrale« . Nous espérons que les saints Anges Gardiens, dont c’est la fête aujourd’hui, feront leur devoir avec un engagement des grandes occasions.

Annoncé lors de l’Angélus du 15 octobre 2017, le Synode a déjà été esquissé dans ses grandes lignes par le Pape Bergoglio lors de la rencontre avec les peuples amazoniens, à Puerto Maldonado (Pérou) le 19 janvier 2018:

« Chaque culture et chaque cosmovision qui reçoivent l’Évangile enrichissent l’Eglise par la perception d’une nouvelle facette du visage du Christ. L’Église n’est pas étrangère à votre situation et à vos vies, elle ne veut pas être étrangère à votre mode de vie et à votre organisation. Pour nous, il est nécessaire que les peuples autochtones modèlent culturellement les Églises locales amazoniennes. Et à ce sujet, j’ai été très heureux d’entendre un diacre permanent de votre communauté lire l’un des extraits de Laudato si’. Aidez vos évêques, aidez vos missionnaires, afin qu’ils se fassent l’un d’entre vous, et ainsi en dialoguant ensemble, vous pourrez façonner une Église avec un visage amazonien et une Église avec un visage indigène. C’est dans cet esprit que j’ai convoqué, pour l’année 2019, le Synode pour l’Amazonie dont la première réunion, en guise de Conseil pré-synodal, se tiendra ici, aujourd’hui, cet après-midi ».

vatican.va


C’est un chemin qui s’est développé jusqu’au 17 juin 2019, avec la conférence de presse pour la présentation de l’Instrumentum laboris. 114 évêques des circonscriptions ecclésiastiques de la Région panamazonique (Antilles, Bolivie, Brésil – pas moins de 58 – Colombie, Equateur, Pérou, Venezuela), ainsi que 13 chefs de dicastère de la Curie romaine seront présents au Synode, 33 membres par nomination pontificale, 15 supérieurs généraux, 19 membres du conseil pré-synodal, la Secrétairerie générale du Synode avec les 25 collaborateurs du secrétaire spécial (le célèbre cardinal jésuite désigné Michael Czerny, un ultra pro-migrant), 55 auditeurs. 6 délégués fraternels, 12 invités spéciaux (dont l’ancien Secrétaire général de l’ONU Ban Ki-Moon, le célèbre économiste Jeffrey Sachs, le célèbre climatologue Hans Schellnhuber, partisan de la théorie du réchauffement climatique).

Sur les origines lointaines de ce Synode et l’importance des enjeux, nous avons interviewé le Professeur José Antonio Ureta, connu ici en Italie surtout pour son récent livre « Le changement de paradigme du Pape François. Continuité ou rupture dans la mission de l’Église? » (Instituto Plinio Correa de Oliveira) et pour son intense activité éditoriale. Né il y a 68 ans à Santiago du Chili, Ureta a étudié le droit à l’Université catholique locale et est disciple de l’intellectuel brésilien Plinio Correa de Oliveira, fondateur de l’association catholique conservatrice « Tradition Famille Propriété » (TFP). Il est actuellement chercheur à la section française. Il a collaboré à la naissance de la ‘Fundacion Roma‘, fondée en 2000, l’une des associations chiliennes les plus influentes dans le domaine de la vie et de la famille. Il a été très actif au sein des TFP chilienne, brésilienne, canadienne et d’Afrique australe.


JOSE’ ANTONIO URETA: UNE IDÉE QUI VIENT DE LOIN, DE L’ÉPOQUE DU CONCILE VATICAN II

Professeur Ureta, nous sommes ici pour écouter ce que vous avez à dire sur un sujet très délicat et controversé, à un moment très turbulent au sein de l’Église catholique. Alors…. comment en est-on venu à convoquer un Synode pour la région panamazzonienne ?

L’idée vient de loin, des années 60 et 70. Et, à mon avis, dans le cas présent on est obligé d’affronter la réalité d’une minorité qui a conquis le pouvoir dans l’Église grâce à toute une série de manœuvres qui ont duré des décennies, qui ont eu lieu même en Suisse… (allusion plaisante à la nationalité de Giuseppe Rusconi)

En Suisse… là où résonne le cocorico?

(rires) Oui, bien sûr. Ce sont des manœuvres qui ont été et sont l’œuvre d’une minorité qui sait qu’elle est une minorité et qui entend mettre en sécurité dans un délai très court toutes les réformes ecclésiales possibles afin d’avoir la certitude que le chemin emprunté devient irréversible.

Peut-on supposer que tout est parti d’une certaine interprétation du Concile Vatican II ?

Oui, déjà pendant le Concile, mais massivement par la suite, une fracture interprétative s’est créée. D’un côté, il y a ceux qui considéraient que les documents du Concile étaient en continuité avec la tradition de l’Église, de l’autre, il y a ceux qui pensaient que le Concile avait rompu avec cette tradition. Les premiers, réprésentés par la revue Communio, les seconds (dans leur partie ‘progressiste’), par la revue Concilium. Les premiers privilégièrent la constitution dogmatique Lumen Gentium, pour laquelle l’Église, bien ancrée spirituellement, devait être une lumière pour le monde; les seconds préféraient Gaudium et Spes, qui privilégiait une Église attentive à l’évolution sociale, à la mesure de l’histoire. Ces deux attitudes étaient évidemment fondées sur les travaux du Concile.

La grande diversité d’interprétations du Concile s’est-elle reflétée aussi dans le magistère pontifical ?

On peut observer que dans son pontificat Paul VI a donné évidence et force au courant de Gaudium et Spes. En revanche, les pontificats de Jean-Paul II et de Benoît XVI ont mis Lumen gentium au premier plan. Le peuple catholique a suivi cette dernière indication à une large majorité. Il est vrai qu’entre-temps les catholiques les plus « progressistes » avaient quitté l’Eglise. Cependant, si, comme nous l’avons dit, ceux qui sont restés dans l’Église ont partagé la majorité de la priorité accordée à Lumen Gentium, il faut noter qu’au niveau de nombreux épiscopats et de nombreuses universités, c’est l’autre courant qui s’est imposé. Aujourd’hui, il a conquis le pouvoir au niveau universel et entend poursuivre l’agenda « progressiste », en le concrétisant en peu de temps. D’où Amoris laetitia, les Synodes pour la famille…. Bref, là où, par exemple dans le domaine de la morale, Jean-Paul II avait fixé des limites claires, suivi ensuite par Benoît XVI avec le renforcement des « principes non négociables », le courant au pouvoir a repoussé les frontières et les a dépassées.

… les dernières déclarations du Pape François dans sa conversation avec les Jésuites du Mozambique sur la ‘rigidité’ et les ‘fixations’ du soi-disant’cléricalisme’, le montrent clairement une fois de plus. Les enjeux semblent aujourd’hui concerner principalement l’environnement, les migrants, les commérages, avec une exception pour droit à la vie et pour la colonisation idéologique….

Oui, c’est cela. Et puis aussi: sur le plan social, le Pape François a organisé trois rencontres avec les mouvements populaires…

DES MOUVEMENTS POPULAIRES EN CHUTE LIBRE. FREI BETTO: NE PLUS PARLER DE THÉOLOGIE DE LA LIBÉRATION, MAIS D’ÉCOLOGIE.

Deux à Rome (2014 et 2016) et une en Bolivie, à Santa Cruz de la Sierra en 2015… des rencontres qui sont au centre du livre présenté le 24 septembre 2019 à la Curie générale des Jésuites, sous la direction de Guzman Carriquiry Lecour et Gianni La Bella (Libreria editrice vaticana). La préface est du Pape François, qui a d’emblée voulu donner une grande visibilité aux mouvements populaires….

Cependant, il faut aussi souligner qu’en réalité, ces mouvements populaires ne sont plus si importants et n’affectent pas beaucoup l’opinion publique: leur prestige est réduit à peu de chose en Amérique latine, en raison du développement vénézuélien et de la catastrophe des partis marxistes partout où ils ont pris le pouvoir. Les mouvements étaient un cheval de bataille du marxisme….mais désormais ils n’ont aucune chance de l’emporter! Même Frei Betto, le Brésilien de soixante-quinze ans, grand défenseur de la théologie de la libération, en est conscient: dans une vidéo, il a recommandé à un groupe d’adeptes de ne plus parler de théologie de la libération, parce que cela sonne mal dans les médias, mais de lever la bannière de l’écologie, car l’écologie est tellement à la mode….

L’AMAZONIE EST L’ENDROIT IDÉAL POUR CONCRÉTISER LAUDAT SI’

Venons-en donc au Synode très « écologiste » pour la Panamazonie….

Puisqu’il y a cette croyance répandue que l’Amazonie est le poumon du monde – un canular – il devient très facile de créer de fortes émotions autour du sujet, afin d’espérer que le Synode réussira à concrétiser l’encyclique bergoglienne Laudato Sì, autrement dit en poussant les catholiques à prendre des positions écologiques très marquées dans leurs vies quotidiennes.

De ce point de vue, le journal de la Conférence épiscopale italienne, Avvenire, est tellement avant-gardiste qu’il a coloré en vert son site en ligne pendant tout le week-end du 27 au 29 septembre (“Fridays for Future”, “Saturdays for Future”)….

Significatif de la dérive plutôt mondaine et « horizontale » de l’Église. Et puis il y a autre chose à dire: l’Amazonie est la région idéale également parce qu’il y a une pénurie de prêtres et elle peut donc servir de tête de pont pour faire officiellement l’expérience d’un nouveau ministère low cost, celui des viri probati, qui dans cette région, seraient les leaders des communautés indigènes. Ils deviendraient prêtres à temps partiel dans une zone limitée (celle de leur communauté), un fait qui n’a jamais existé dans l’histoire de l’Église. Ici, nous serions confrontés à la transformation du prêtre catholique en pasteur protestant, émanation directe de sa communauté. Il faut rappeler que déjà dans les années soixante-dix, c’était une demande du célèbre théologien brésilien Leonardo Boff….

UN FIL ROUGE DES ANNÉES SOIXANTE-DIX À NOS JOURS

Les années soixante-dix… alors, il y a un fil rouge (c’est vraiment le cas de le dire) qui relie cette période au Synode Panamazonique….

Absolument. En 1968 s’est tenue la deuxième Conférence générale de l’épiscopat latino-américain de Medelin, avec l’option préférentielle pour les pauvres, par laquelle l’Église lutte aux côtés des mouvements révolutionnaires. Au fil des ans, ce choix s’est avéré être un échec substantiel. D’une part, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi a condamné le côté marxiste de la théologie de la libération. D’autre part, on a assisté à l’effondrement de l’Union soviétique. La théologie de la libération a donc été recyclée en toute une série d’autres mouvements, dont l’un est la théologie indienne….

Recyclé? Voulez-vous dire que la théologie de la libération, défaite, s’est déguisée avec les plumes du chaman ?

Voyez-vous, historiquement, il y a quatre personnes à l’origine de la théologie de la libération. Dans l’intervalle entre les deuxième et troisième sessions de Vatican II, une rencontre a eu lieu à Petropolis, la ville impériale brésilienne, entre le théologien péruvien Gustavo Gutierrez, Leonardo Boff, le théologien autrichien Ivan Illich (lié à l’Amérique latine, mort en 2002), le théologien argentin Lucio Gera (originaire du Frioul, mort en 2012). A cette occasion, les quatre promettaient de mettre en pratique le « Schéma XIII », dont était issue Gaudium et Spes: c’est-à-dire qu’en Amérique latine, il fallait promouvoir les réformes postulées par les mouvements révolutionnaires marxistes. C’est là qu’est née la théologie de la libération. Lucio Gera crée alors en Argentine les « prêtres du Tiers Monde », qui se mêlent à des groupes terroristes. A ce propos, la réaction du monde catholique a été si forte que Gera est revenu sur ses pas, a reconnu que ça n’allait pas et a donc conçu la ‘théologie du peuple’. Selon laquelle la force révolutionnaire n’est plus les mouvements d’extrême gauche, mais le peuple latino-américain qui réagit à l’oppression de l’impérialisme occidental. Il ne s’agit plus d’une lutte politique, mais d’une lutte culturelle….

LUCIO GERA ET LA ‘THÉOLOGIE DU PEUPLE’, DONT JORGE MARIO BERGOGLIO EST IMPRÉGNÉ

Jorge Mario Bergoglio a certainement bien connu Lucio Gera….

C’est un disciple de Lucio Gera. C’est Gera qui a écrit plusieurs textes préparatoires à la IIIe Conférence générale de l’épiscopat latino-américain de Puebla, en 1979. A Puebla, une première métamorphose par rapport à Medelin a déjà été esquissée: les questions purement politiques et économiques ont été atténuées et l’importance des questions culturelles relatives aux peuples confrontés à la mondialisation croissante a commencé à être soulignée. En 1992, voici la quatrième conférence, à Saint-Domingue (pour le cinquième centenaire de la découverte de l’Amérique et le début de son évangélisation) et c’est là que, pour la première fois, on a explicitement parlé d’inculturation et des peuples indigènes. Le théologien indigène équatorien Vicente Zaruma a observé à juste titre que, tandis que la théologie de la libération s’occupe principalement du peuple comme classe sociale et des aspects matériels connexes, la théologie indienne en souligne la culture et la religiosité. Des discours similaires sont repris non seulement à Saint-Domingue, mais aussi – renforcés – en 2007 lors de la Vème Conférence d’Aparecida….

CONFÉRENCE GÉNÉRALE 2007 À APARECIDA: BERGOGLIO PRÉSIDENT DU COMITÉ POUR LA RÉDACTION DU TEXTE FINAL

Et à Aparecida, le président de la Conférence épiscopale argentine de l’époque a joué un rôle clé: il a présidé la commission pour la rédaction du document final….

À Aparecida, l’intention était d’introduire explicitement la théologie indienne dans le document final, comme il ressort clairement des premières ébauches. Le successeur de Joseph Ratzinger à la tête de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, le Cardinal Joseph Levada (décédé il y a quelques jours) s’est alors donné beaucoup de mal pour supprimer cette référence. Mais les présidents de 16 des 22 conférences épiscopales présentes ont demandé que la théologie indienne soit remise dans le texte. Levada s’est de nouveau opposé et a expliqué que cette théologie était encore quelque chose de très discutable et ambigu.
La nouvelle demande a été rejetée lors du vote, bien que plusieurs références indirectes à la théologie indienne demeurent dans le texte. Je veux rappeler ici ce que le Pape Benoît XVI a dit le 13 mai 2007 dans le discours d’ouverture de la Conférence, bien conscient que le sujet serait discuté:

« L’utopie de redonner vie aux religions précolombiennes, en les séparant du Christ et de l’Eglise universelle, ne serait pas un progrès, mais plutôt une régression. En réalité, il s’agirait d’un retour vers un moment historique ancré dans le passé »

vatican.va


En d’autres termes : on ne peut pas revenir en arrière et ressusciter le paganisme au nom de l’inculturation.

C’est précisément à Aparecida que, selon le cardinal Hummes, Jorge Mario Bergoglio a pris à cœur la question de l’Amazonie, stimulé par les discours de divers évêques brésiliens….

Du reste, à peine l’archevêque de Buenos Aires a-t-il été élu pape, le cardinal Claudio Hummes lui-même lui a suggéré de relancer le sujet amazonien… et, de son côté, Erwin Kräutler, évêque d’origine autrichienne et émérite de Xingu en Amazonie, a noté que la question des viri probati, en raison de la pénurie des prêtres, pouvait être posée à cette occasion. C’est ce qui s’est passé. Désormais, la minorité qui avait été un peu mise de côté au sommet de l’Eglise avec Jean-Paul II et Benoît XVI, a conquis le pouvoir et poursuit sans hésitation la concrétisation de l’agenda établi.

INSTRUMENTUM LABORIS: IL POSTULE L’ÉTUDE OBLIGATOIRE DE LA THÉOLOGIE INDIENNE. UNE ANALYSE DE L’ANNÉE 2001 PAR LE CARDINAL LOZANO BARRAGAN

Dans l’Instrumentum laboris, on valorise ouvertement la théologie indienne, dont (n. 93.d.3) l’enseignement est même réclamé « dans toutes les institutions éducatives »….

Oui, partout. A ce stade, il faut rappeler la description de la théologie indienne telle qu’elle figure dans un rapport de 2001 qui condense la pensée de trente auteurs. Il a été écrit par le cardinal mexicain Javier Lozano Barragan à l’occasion de la cinquième session plénière de la Commission pontificale pour l’Amérique latine (à l’époque, les principaux problèmes se posaient au Chiapas mexicain). Lisons un passage significatif:

« Dans les cultures indiennes (selon cette théologie), une vraie révélation est donnée. Il y a donc deux révélations, celle des traditions et celle de la Bible. Vient d’abord l’histoire des peuples indigènes, puis la Bible pour la soutenir. Les traditions indigènes ont préséance sur la Bible. Ces traditions sont l’autre Bible, un critère de la Bible chrétienne. Les traditions sont l’autre révélation de Dieu. L’histoire du peuple indigène est son Ancien Testament ».


En résumé: leur mythologie constitue la « semence de la Parole ». La Bible ? Une autre histoire paradigmatique d’une autre libération qui peut tout au plus servir de source d’inspiration, mais qui ne peut interférer dans l’histoire du peuple indien. L’Église catholique ne peut donc pas prétendre être la seule source de salut: « L’Église institutionnelle doit cesser d’être enseignante et devenir l’élève des peuples indigènes » pour que de la théologie indienne émerge « une nouvelle Église indienne, avec ses nouvelles valeurs, ministères et institutions ».

Le texte vieux de dix-huit ans du Cardinal Lozano Barragan est très clair. Aujourd’hui, en regardant les noms des participants au Synode, nous trouvons, par exemple, celui du célèbre théologien Paulo Suess, membre influent du Conseil Pré-Synodal et l’un des rédacteurs de l’Instrumentum laboris….

Suess, un naturalisé brésilien d’origine allemande….

…eh, ces Allemands jouent un rôle important dans le Synode, le principal financement des différentes activités missionnaires ‘progressistes’ en Amazonie provenant d’Allemagne

Ou. Je dirais que les Allemands chez eux auront leur propre Synode (qui promet d’être très délicat pour les relations avec Rome) et un autre à l’étranger, sur lequel ils auront en tout cas beaucoup d’influence… Paulo Suess coordonne le département de missiologie – qu’il a également fondé – de l’Université de l’Assomption de Sao Paulo au Brésil. Il est un grand défenseur de l’inculturation et affirme que la théologie indienne trouve en elle-même une source de salut. On peut dire qu’il est un disciple de l’Ecole française postmoderne, donc de Lyotard, Foucault, Guattari, Derrida, etc… qui nie que l’objectivité existe et prétend que tout est conditionné par sa propre expérience et sa propre culture. Pour Suess, chaque peuple doit se développer par lui-même, sans interférence. La seule chose que l’on puisse faire, c’est dialoguer. Et le dialogue sert à affirmer dans ce cas l’identité culturelle des peuples amazoniens. Bref, pour Suess « extra culturam, nulla salus ».

LE MYTHE SURRÉALISTE DU ‘BON SAUVAGE’ EN HARMONIE AVEC LA PACHAMAMA (TERRE MÈRE)

Dans l’Instrumentum laboris, le mythe du  » bon sauvage  » panthéiste revient abondamment et de façon positive.
Citons:

(n. 20) « Un regard contemplatif, attentif et respectueux sur les frères et sœurs, mais aussi sur la nature – sur l’arbre-frère, la soeur-fleur, les frères-oiseaux, les frères-poissons… jusqu’aux aux petites sœurs – fourmis, larves, champignons ou insectes – permet aux communautés amazoniennes de découvrir comment tout est lié, de valoriser chaque créature, de voir le mystère de la beauté de Dieu qui se révèle en elles toutes et de vivre en amitié »….

Il y a déjà deux évêques qui ont dénoncé le caractère complètement surréaliste qui dans l’Instrumentum Laboris est donné des peuples amazoniens. Mgr José Luis Azcona Hermoso, d’origine espagnole, ancien missionnaire et maintenant prélat émérite de l’île brésilienne de Marajò (à l’embouchure du fleuve Amazone), affirme que la vision qui se dégage de ce document est romantique et complètement fausse. De son expérience, il apparaît que les Indios (qu’il a défendus à plusieurs reprises contre la traite des femmes et des enfants) ne sont pas ces modèles de vertu décrits. Ils n’ont pas le concept d’une famille monogame, ils vivent dans une promiscuité totale, ils sont souvent ivres et violents. Nous avons nous aussi beaucoup de vices, beaucoup de comportements horribles, mais nous ne sommes jamais décrits comme innocents depuis le Paradis terrestre… Un évêque allemand au Pérou, Mgr Strotmann Hoppe, dit la même chose.

CERTAINES TRIBUS PRATIQUENT ENCORE L’INFANTICIDE

Est-il vrai que certaines tribus amazoniennes pratiquent encore l’infanticide ?

Oui, ils sont une vingtaine sur 400. Par exemple, les femmes yanomanes ont le pouvoir de décider de la vie et de la mort de leurs enfants. Il arrive encore, par exemple, que des bébés handicapés ou des jumeaux soient tués après la naissance.

Mais la loi brésilienne le permet-elle ?

Pour l’instant, oui, mais une proposition visant à interdire la pratique barbare (« loi de Muwaji », du nom d’une Indienne qui a refusé il y a quelques années de tuer son fils handicapé) est en discussion au Parlement. Approuvé par la Chambre, il est en attente d’examen par le Sénat. Le débat est animé et l’affirmation de l’universalité des droits de l’homme est mise en opposition par certains avec l’autonomie garantie par l’État brésilien aux tribus les plus isolées.

Pour nous, ce sont des choses incompréhensibles… À propos des Indiens: la plupart d’entre eux vivent maintenant dans des zones urbaines….

…et veulent s’intégrer. Ils savent qu’ils sont en retard, même par rapport au reste du Brésil. Leur espérance de vie est d’un peu plus de quarante ans, vingt ans de moins que la moyenne brésilienne et quarante ans de moins que la nôtre. Habituellement, lorsqu’une institution gouvernementale visite les communautés dans la forêt, la première question posée concerne le moment de l’arrivée de l’électricité. L’électricité est donc considérée comme le tapis roulant de l’insertion dans le monde contemporain.

LA PLUPART DES INDIENS VEULENT S’INTÉGRER

Même en marge du Synode, ici à Rome, il y aura des représentants des tribus indiennes opposées à l’exploitation de leur territoire et qui auront comme camp de base pour leurs activités l’église de la Transpontina, Via della Conciliazione….

Ils sont manipulés par des missionnaires et des ONG, tout comme Greta Thurnberg. Mais ils ne représentent pas le peuple indépendant, qui attend au contraire, dans sa grande majorité, le progrès avec impatience.

L’opinion publique occidentale est souvent impressionnée par les photos et les vidéos documentant les incendies dans la forêt amazonienne….

C’est une autre manipulation médiatique. Les incendies brésiliens cette année ont été inférieurs à la moyenne. Entre autres choses, je note que dans la Bolivie d’Evo Morales, ils ont été beaucoup plus nombreux et beaucoup plus graves. Bolsonaro veut empêcher les incendies de la terre et de la forêt; la loi prévoit de lourdes amendes pour les agriculteurs qui le font. En fait, il faut se rappeler que plus de 60% du territoire brésilien est une réserve, presque aussi grande que l’Europe entière. Ceux qui y vivent veulent souvent exploiter les richesses minérales ou la fertilité de la terre. Ils protestent donc contre les contraintes imposées par l’État, se demandant pourquoi il ne nous est pas donné de s’enrichir de la richesse sur laquelle reosent leurs pieds. Pourquoi voulez-vous nous laisser sous-développés ?

SYNODE : LA PROPOSITION D’UNE ‘ÉGLISE À VISAGE AMAZONIEN’ SERA MAINTENUE. ET L’EXHORTATION APOSTOLIQUE QUI SUIVRA ACCEPTERA, DANS UNE NOTE DE BAS DE PAGE, AD EXPERIMENTUM, L’ORDINATION DES VIRI PROBATI….

A ce stade, Professeur Ureta, nous vous demandons de prévoir les résultats du Synode….

Parmi les participants, il y en a qui ont du bon sens, mais je prévois qu’il n’y aura pas les résistances massives qui ont émergé publiquement pendant les Synodes sur la famille: la pression médiatique est très forte, les courants dominants ont été renforcés et ont en main la conduite de l’assemblée. Je pense que oui, il y aura des discussions et que les textes – après la campagne de critique publique (jusqu’aux accusations d’apostasie et d’hérésie) de nombreux cardinaux – seront peut-être purifiés de la louange sans critique de la cosmovision indienne. Mais les principes de l’inculturation et de « l’Église à visage amazonien » resteront. Puis suivra une Exhortation apostolique, dans laquelle une note de bas de page acceptera ad experimentum l’ordination des viri probati, des prêtres low cost, peut-être d’authentiques chamans. Vous savez qu’il y a des missionnaires qui postulent clairement un ministère « thérapeutique » pour ces derniers, afin d’assurer l’harmonie avec la Mère Terre, Pachamama, mentionnée comme telle trois fois dans l’Instrumentun laboris ?

Des histoires de chamans… Et l’évangélisation des Indiens ?

Mais que dites-vous là? Pas d’évangélisation : c’est nous qui devons être évangélisés par les disciples de la Pachamama… Lisez le n. 102 de l’Instrumentum laboris :

« Ce processus (Ndr: de conversion) se laisse encore surprendre par la sagesse des peuples indigènes. Leur vie quotidienne est un témoignage de contemplation, d’attention et de relation avec la nature. Ils nous apprennent à nous reconnaître comme faisant partie du biome et coresponsables de son soin aujourd’hui et à l’avenir. Nous devons donc réapprendre à tisser des liens. (…) Les peuples amazoniens primitifs ont beaucoup à nous apprendre (…) ».

Bref, nous devons désapprendre et réapprendre, nous dépouiller de notre rationalité occidentale. Enfants de Fides et Ratio, nous devons comprendre fides comme foi dans les mythes de la nature, alors que nous devons vraiment oublier la ratio, comme étant trop abstraite.

Concluons. L’annonce de la convocation du Synode a été faite par le Pape François à l’Angélus du 15 octobre 2017 – après la canonisation de cinq martyrs, deux Brésiliens et trois Mexicains – avec ces mots: « Acceptant le désir de certaines Conférences épiscopales d’Amérique latine, ainsi que la voix de différents pasteurs et fidèles venus du monde, j’ai décidé de convoquer une Assemblée spéciale du Synode pour la région panamazonique, qui aura lieu à Rome en octobre 2019. Le but principal de cette convocation est d’identifier de nouvelles voies pour l’évangélisation de cette partie du Peuple de Dieu, en particulier les indigènes, souvent oubliés et sans perspective d’un avenir serein, également à cause de la crise de la forêt amazonienne, un poumon d’importance capitale pour notre planète ».
L’intention est annoncée à l’échelle régionale, … mais l’impression grandissante est que ce Synode peut avoir des conséquences importantes pour l’Eglise catholique tout entière…

C’est certain. L’introduction espérée d’un état intermédiaire entre prêtre et laïc constitue une révolution démocratique au sein de l’Église. Comme le souhaitait Léonard Boff en 1972: il y a des communautés isolées, elles n’ont pas de prêtre, elles restent sans l’Eucharistie qui est le centre de la vie communautaire… la communauté doit pouvoir élire des responsables pour célébrer l’Eucharistie, car en fin de compte, les ministères appartiennent à la communauté. Tout comme la bourgeoisie s’est appropriée les moyens de production au détriment du prolétariat, les prêtres se sont appropriés les moyens symboliques de sanctification. Les sacrements doivent être collectivisés et c’est la communauté qui doit élire son leader. C’est mieux si cela se fait par rotation, parce qu’ici aussi le cléricalisme menace, ce que le Pape François condamne comme ‘perversion’ de l’Église ». Le ballon d’essai (en français dans le texte), c’est l’Amazonie. Mais comme presque partout il y a une pénurie de prêtres, la contagion amazonienne est assurée. Par exemple, en Allemagne, les oreilles seront très attentives… ‘Nous le voulons nous aussi’ « .

Et puis il y a le reste…

L’idée que chaque Église doit assumer un visage local. Au fond, l’Église deviendrait un archipel aux mille visages, avec des communautés différentes les unes des autres. Chez les orthodoxes, la liturgie est la même, malgré les divisions. Dans notre pays, la liturgie ne serait pas la même et nous connaîtrions un bric-à-bracde rites, y compris chamaniques. Théologie africaine, indienne, asiatique, européenne…… Ce serait la fin de l’Église catholique. Un archipel aux mille visages. Je ne sais pas si c’est ce que pense le pape Bergoglio lorsqu’il parle de l’Église comme d’un polyèdre. D’ailleurs, il l’avait déjà insinué à la fin d’Amoris laetitia: les problèmes locaux doivent être résolus au niveau local.


Il ne reste plus qu’à prier.