Le Pape n’aime pas les rigides… ni les américains

Le Pape n’aime pas les rigides… ni les américains

Sep 13, 2019 

Les catholiques américains blessés et choqués par les propos du Pape tenus dans l’avion vers l’Afrique, et à son retour au Vatican, lors de l’audience générale de cette semaine. Petit tour sur les réseaux sociaux par Dorothy Cummings McLean sur Life Site.

Mgr Charle Pope

Un prêtre américain au Pape: Je suis fatigué d’être méprisé et diabolisé par vous.

Dorothy Cummings McLean
Life Site News
12 septembre 2019
Ma traduction

Un prêtre américain largement reconnu et respecté a répondu aux récentes remarques du pape François sur les « jeunes prêtres rigides », disant dans un message sur les réseaux sociaux adressé au pape qu’il lui faut  » honnêtement et douloureusement, dire que je suis las d’être méprisé et diabolisé par vous ».

En route pour le Mozambique, le pontife argentin a dit que c’était un honneur pour lui d’être attaqué par les Américains. Dans un discours préparé à l’intention des évêques du Mozambique le 7 septembre, il les a mis en garde contre les « jeunes prêtres rigides« . De retour à Rome hier, le Pape François a de nouveau parlé de « rigidité« , en disant que « nous avons beaucoup, beaucoup d’écoles de rigidité » dans l’Église. Le pontife a aussi dit qu’il ne « craignait pas les schismes » et qu’il y avait eu beaucoup de schismes dans l’Église.
Tout en conseillant les évêques du Mozambique sur le choix d’hommes pour le ministère, le Pape François a dit :

« Je voudrais souligner une attitude que je n’aime pas, parce qu’elle ne vient pas de Dieu: la rigidité. Aujourd’hui, elle est à la mode, je ne sais pas pour ici, mais dans d’autres parties du monde, il est à la mode de trouver des gens rigides. De jeunes prêtres rigides, qui veulent sauver avec rigidité, peut-être, je ne sais pas, mais ils prennent cette attitude de rigidité et parfois – excusez-moi – de musée. Ils ont peur de tout, ils sont rigides. Prenez garde, et sachez que sous toute rigidité, il y a de sérieux problèmes. »

En réponse aux remarques du Pape François sur les Américains et les « jeunes prêtres rigides », Mgr Charles Pope a réagi sur les réseaux sociaux :

Santo Padre, ici, je ne ressens pas l’amour, je ne me sens pas accompagné par vous. Faites de la place dans votre cœur pour moi et d’autres comme moi. Je ne suis pas un jeune prêtre, mais je sais que vous n’aimez pas mon genre de sacerdoce. De plus, je suis un Américain et ce simple fait semble aussi être un problème à vos yeux. Je n’ai pas peur de tout ce que vous dites, mais je m’inquiète de l’ambiguïté de certains de vos enseignements et de la gravité de certaines de vos actions. Mais quand nous, vos fils moins favorisés, nous vous posons des questions, vous ne répondrez pas ou vous ne clarifierez pas. En tout cela, je suis toujours votre fils et je partage avec vous le sacerdoce de Jésus. J’attends de vous la sollicitude et la gentillesse dont vous dites que moi et d’autres comme moi, nous manquons. En attendant, je dois dire honnêtement et douloureusement que je suis fatigué d’être méprisé et diabolisé par vous.
Respectueusement
Carlo.

Le P. Raymond Blake [que mes lecteurs connaissent bien, ndt], un prêtre-blogger britannique, a fait circuler un cri-de-coeur (sic! en français dans le texte) sur Twitter, ajoutant: « Je ne considère pas cette continuelle critique de notre bien-aimé Saint-Père comme conforme au Christ, je la trouve douloureuse et destructrice de la foi et de l’unité, et contraire à l’action de l’Esprit Saint dans l’Église ».

Mark Lambert, un blogueur catholique américain, père de cinq enfants, a posté le message de Mgr Pope sur son blog . Il croit que des millions de catholiques ressentent le même sentiment d’abandon.

« En tant que fils abandonné par un père qui choisit l’immoralité plutôt que le devoir paternel, je reconnais le ton de ces commentaires », a écrit Lambert. « C’est celui d’un enfant blessé s’adressant à son père, essayant de comprendre pourquoi il l’abandonne… J’ai l’impression qu’il s’agit d’un sentiment que partagent des millions de catholiques alors que cette papauté continue de faire rage, en apparence sans aucun frein. Le déchaînement du pape François semble tout puissant, ne suscitant même plus de commentaires ».

Lambert voit cette expression du pouvoir comme un « contraste flagrant » avec l’impuissance du pape Benoît XVI, qui aurait dit à Mgr Fellay, de la Fraternité Saint-Pie X, que son « autorité papale s’arrête à cette porte ».

« Une critique juste est toujours bien reçue, du moins par moi ».

Lambert a aussi rejoint le chœur des voix catholiques troublées par le fait que le pape François affirme accueillir favorablement les critiques, et parle avec désinvolture d’un schisme dans l’Église.

A la suite de la fureur provoquée par les remarques inconsidérées du pontife sur les Américains, Jason Horowitz du New York Times a demandé au pape François [cf. Les propos du Pape dans l’avion] s’il avait « peur d’un schisme dans l’Église américaine »:

« Dans l’avion pour Maputo, vous avez reconnu avoir été attaqué par un secteur de l’Église américaine. A l’évidence, il y a de fortes critiques, et il y a même des cardinaux et des évêques, des télévisions, des catholiques, des sites Web américains – beaucoup de critiques. Même des alliés très proches ont parlé d’un complot contre vous, certains de vos alliés de la curie italienne. Y a-t-il quelque chose que ces critiques ne comprennent pas au sujet de votre pontificat, ou y a-t-il quelque chose que vous avez appris des critiques [venant des] États-Unis? Autre chose, avez-vous peur d’un schisme dans l’Église américaine et si oui, y a-t-il quelque chose que vous pourriez faire, un dialogue pour aider à l’éviter? »

En réponse, le pontife a dit qu’il voit la valeur de la critique et qu’il aime quand les gens le critiquent directement. Il pense qu’écrire des articles le critiquant et lui demandant une réponse est juste et montre « l’amour pour l’Église », mais « critiquer sans vouloir entendre la réponse et sans dialogue n’est pas vouloir le bien de l’Église ».
« C’est poursuivre une idée fixe, changer de pape, changer de style, créer un schisme, c’est clair, non? », a-t-il poursuivi.
« Une critique juste est toujours bien reçue, du moins par moi. »

Dans un éditorial intitulé « La papauté passive-agressive continue – et le Synode approche », Carl Olson de Catholic World Report a souligné l’évidence: le pape François n’a toujours pas répondu aux critiques concernant Amoris laetitia:

« Il y a eu des inquiétudes respectueuses et raisonnables – certaines exprimées de façon critique mais non scandaleuse – que François a ignorées de façon flagrante… Les fameux dubia soumis par quatre cardinaux (dont deux sont aujourd’hui décédés) en sont un exemple évident. Les dubia ont été soumis par écrit, les cardinaux ont demandé respectueusement une réponse, et ils voulaient une réponse…. Personne n’est venu, et personne ne viendra, j’en suis convaincu. Comme je l’ai noté en juin 2017: ‘Je serai abasourdi – et je n’utilise pas ce terme à la légère – si François accepte de rencontrer les quatre cardinaux, ou s’il répond formellement aux dubiaJe crois que François est satisfait de créer le désordre qui se répand actuellement dans l’Église, et même, parfois, de l’encourager encore plus par des affirmations douteuses‘ ».

Olson a aussi mis en doute l’affirmation selon laquelle François réfléchit à la bonne critique d’une manière « mûre, pastorale »:

« Alors que François fait la distinction entre la bonne et la mauvaise critique, lui et ses collaborateurs les plus proches (sans parler de ses défenseurs sur Twitter, qui sont à parts égales passifs et agressifs) s’adressent rarement, sinon jamais, vraiment à la bonne critique, ou la considèrent d’une manière mûre et pastorale… Dans de nombreux cas, ils déforment les faits ou attaquent ceux qui les présentent de bonne foi… En d’autres termes, François et compagnie disent clairement que toute critique est motivée par une haine irrationnelle, idéologique, politique et non-catholique à l’égard de François. Ils préfèrent faire de l’obstruction, détourner et même insulter plutôt que de dialoguer. »

Cependant, le biographe anglais du pape François, Austen Ivereigh, pense que le pontife a très bien décrit ses supposés critiques américains, « bien financés »: « La description par François de ceux qui critiquent avec des ‘pilules d’arsenic’ et de ceux qui ‘jettent le caillou et cachent ensuite la main’ est une description parfaite de l’opposition américaine bien financée », écrit Ivereigh sur Twitter.

Je n’ai pas peur des schismes.

En ce qui concerne les menaces à l’unité de l’Église, le pape François a dit au NYT qu’il y a eu de nombreux schismes tout au long de l’histoire de l’Église, y compris la « rupture bien connue de [l’archevêque] Lefebvre ».

« Il y a toujours des actions schismatiques dans l’Église, toujours, non? C’est une des actions que le Seigneur laisse toujours à la liberté humaine… Je n’ai pas peur des schismes, je prie pour qu’ils n’existent pas parce qu’il y a la santé spirituelle de beaucoup de gens [à considérer], non? Je prie pour qu’il y ait dialogue, qu’il y ait correction s’il y a une erreur, mais le chemin du schisme n’est pas chrétien. »

Mark Lambert a été horrifié par le ton de François:

« Il me semble franchement inconcevable qu’un pape parle d’une des pires choses qui puisse arriver à l’Église, comme ce Pape parle d’un possible schisme« … [ne pas craindre le schisme est « l’antithèse même du rôle de François en tant que Pape » car, comme l’affirme Lumen Gentium, l’évêque de Rome « est la source et le fondement perpétuel et visible de l’unité tant des évêques que de la compagnie entière des fidèles » (LG 23, CEC 882).
Lambert rappelle qu’en 2016, le pontife aurait dit: « Il n’est pas exclu que j’entre dans l’histoire comme celui qui a divisé l’Église catholique » et se demande si François considère le schisme « comme une sorte de plan pour sa papauté ».

Les remarques du pape François sur le fait de ne pas craindre un schisme ont été largement rapportées dans les médias catholiques et grand public du monde entier.