Ce que cache le Synode

Ce que cache le Synode

En réalité, il n’est qu’un prétexte, et le mariage des prêtres un chiffon rouge. Préfigure-t-il l’avènement d’un catholicisme qui n’a plus rien de catholique (en vérité déjà bien enraciné sur le terrain)? Est-ce la victoire définitive des Boff, Rhaner, Kasper et autres Kühn? L’Instrumentum Laboris laisse craindre le pire (27/6/2019)

LA NÉO-ÉGLISE AMAZONIENNE


Francesco Lamendola 
www.ricognizioni.it 
21 juin 2019
Ma traduction (les caractères gras sont de moi)

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Désormais, il est clair que le prochain Synode extraordinaire sur l’Amazonie sera le lieu où la contre-église maçonnique du ** Pape Bergoglio jettera le masque et où ouvertement, à la lumière du soleil, sans jamais le dire explicitement (ce ne serait pas dans son style: son style est le mensonge), proposera aux fidèles un « catholicisme » qui n’aura plus rien de catholique, pas même les apparences; qui donnera naissance à une nouvelle religion panthéiste, naturaliste, animiste, appréciée des sorciers et des chamans, sans l’ombre de la véritable doctrine et du magistère de toujours. 

Ce sera la reprise des thèmes et de l’approche que nous avons vus dans l’encyclique Laudato sì, à laquelle avait été appelé à collaborer le tristement célèbre ex-frère franciscain Leonardo Boff, figure de proue de la théologie de la libération, déjà condamné par la Congrégation pour la doctrine de la foi (c’étaient d’autres temps): parce que le document préparatoire du synode, l’Instrumentum laboris, a été écrit en grande partie par quelqu’un qui pense pareil, l’évêque émérite brésilien d’origine autrichienne Erwin Kräutler, autre personnage ultra-progressiste et moderniste qui a fait ses preuves pendant 35 ans d’activité épiscopale en Amérique latine, de 1980 à 2015, se présentant comme un des prélats les plus radicaux de toute l’Église catholique. 

En d’autres termes, Bergoglio, selon sa tactique habituelle, appelle pour rédiger les documents les plus importants de son pontificat des personnalités discutées et discutables, qui dans l’Eglise catholique, ou même en marge de celle-ci, représentent la pensée d’une petite minorité de théologiens ultra-progressistes, et prétendent imposer leurs idées à tous les croyants, abusant de leur pouvoir et exigeant ensuite que tout le clergé et tous les fidèles respectent les directives imposées par le lobby maçonnique et les observent.

L’attention de beaucoup s’est focalisée sur l’abolition presque certaine du célibat ecclésiastique, qui sera présenté, selon le texte préparatoire, comme l’exception nécessaire à la règle, là où il y a une pénurie de prêtres, comme dans l’immense région amazonienne. Comme dans la meilleure tradition radicale, l’exception servira de tête de bélier pour démolir la règle: une fois la brèche ouverte, le reste tombera aussi comme un fruit mûr.

Il faut prêter attention au langage, à la duplicité jésuite et à la subtile malice avec laquelle les mots sont manipulés et truqués: le célibat sera exalté, en paroles bien sûr, comme un don précieux; mais un don n’est pas une obligation, évidemment; et donc, une fois transmise l’idée que c’est un don, il sera facile pour la contre-Église maçonnique de l’utiliser comme on le fait souvent avec les dons: atteindre un but non déclaré et contourner l’obstacle de la règle établie par l’Église. 

Toutefois, ce n’est pas seulement l’attaque contre le célibat ecclésiastique qui doit susciter les préoccupations des croyants, mais toute la structure doctrinale, pour ainsi dire, du document préparatoire du synode pour l’Amazonie. Comme les catholiques auraient déjà dû le comprendre d’après la publication de Laudato si, le 24 mai 2015 (quatre ans se sont écoulés; et qu’ont fait les catholiques pendant tout ce temps, auraient-ils dormi, par hasard?), Bergoglio et la clique des cardinaux maçonniques qui l’ont élu veulent remplacer par une nouvelle religion avec un fond écologique, panthéiste et chamanique, celle fondée par Jésus Christ et établie par ses Apôtres. Cette opération doit être placée dans le contexte sud-américain, où l’écologie profonde, véhiculée par l’Europe et les Etats-Unis, comble le vide idéologique laissé par le marxisme, après la chute des régimes communistes au niveau mondial. 

Les théologiens de la libération et tous les membres du clergé et les fidèles qui l’ont embrassée, ont également accepté avec elle la substance de la vision historico-politique du marxisme, fondée sur une critique unilatérale du capitalisme et sur un matérialisme irréligieux, ainsi que sur un pragmatisme exaspéré, une authentique religion du ‘faire’. Restés orphelins, du moins officiellement, du marxisme, mais pas disposés à changer d’avis et encore moins à faire amende honorable face à l’échec mondial du communisme et aux décombres qu’il a laissés dans sa chute (et que les catholiques, impitoyablement persécutés par tous les régimes communistes, devraient bien connaître), les évêques, les prêtres et les laïcs d’Amérique du Sud, imprégnés de matérialisme, d’humanitarisme et de philanthropie progressiste, ont adopté avec enthousiasme la vision de l’écologie profonde comme substitut de leur amour perdu: elle joue, dans leur perception (il nous semble qu’il serait excessif de parler de leur pensée), le rôle que la lutte de classe jouait avant. 

Cette superposition des idées et des valeurs non catholiques avec de la doctrine catholique ne surprend donc pas: pas même à l’âge d’or de la théologie de la libération, ils n’ont déclaré ouvertement leur marxisme; fidèles au style de l’hypocrisie jésuite, ils étaient des marxistes non déclarés, éventuellement ils disaient volontiers qu’ils partageaient l’analyse marxiste de la société et de ses conflits, pas la perspective de fond. De la même manière, quand le Synode extraordinaire sur l’Amazonie aura lieu, ils nieront avec indignation qu’ils soint matérialistes, panthéistes et animistes, et au contraire, c’est exactement ce qu’ils sont. Leur désir est de faire de l’Église catholique une Église « amazonienne », dominée par un sens très fort de la nature, un véritable naturalisme, privé de la Grâce, qui remplacera le culte du Dieu unique, révélé aux hommes et incarné dans la Personne de Jésus Christ, selon la doctrine de l’Église.

En même temps, l’Amazonie est la terre des Indiens, ils vont donc essayer de substituer l’idéologie indigène, dernière édition révisée et corrigée du vieux mythe délirant du Bon Sauvage, au catholicisme « romain ». Et en premier lieu, ils opposeront une « sagesse » primitive, un « sens de la nature » indigène, une « communion entre l’homme et son environnement », et une vénération du divin présent dans la nature elle-même, à la doctrine catholique rigide, vieille et obsolète qui a émergé du Concile de Trente, si terriblement anthropocentrique, ethnocentrique, eurocentrique et romano-centrique. 

Bref, ils tenteront de compléter le travail du Concile [Vatican II], c’est-à-dire de démolir l’échafaudage de la doctrine catholique, en utilisant le bagage idéologique indigéniste et écologiste, introduit clandestinement par esprit franciscain de fraternité avec tous le vivant et par la sagesse ancestrale des hommes primitifs qui savent comment vivre en harmonie avec la nature. Ici aussi, il s’agit d’une sorte de repli idéologique, d’autant plus mortifère qu’il n’est ni admis ni explicitement reconnu (donc source de mauvaise conscience): le bon sauvage de l’Amazonie, avec ses bons sorciers et ses bons chamans, est le substitut du bon révolutionnaire marxiste, du guerillero des Tupamaros ou du Sendero Luminoso, lesquels, vaincus sur le terrain, reviennent par la fenêtre après avoir été chassés par la porte. 

Le paradoxe est donc le suivant: une idéologie politique vaincue et rejetée y compris dans ses lieux d’origine, d’un bout à l’autre de l’Amérique latine, se transforme aujourd’hui en cheval de Troie pour percer la citadelle de l’Eglise romaine et permettre aux évêques européens ultra-progressistes, notamment allemands, tous disciples de Karl Rahner, Walter Kasper et Hans Küng, de réaliser le but qu’ils se sont fixés depuis l’époque du Concile: subvertir l’Église de l’intérieur; ou, comme l’a dit l’habile moderniste Ernesto Buonaiuti, pour changer Rome avec Rome. 

Or, changer l’Église par l’Église elle-même, et sans que la majorité du clergé et des fidèles s’en aperçoivent et s’en rendent compte (parce que c’est vraiment de cela qu’il s’agit: c’est-à-dire d’un coup d’État insidieux plus que d’une révolution), n’est pas quelque chose qui peut être fait à la lumière du soleil; ou plutôt, cela peut être fait à la lumière du soleil, mais après avoir bombardé les fidèles, pendant des années, des décennies, de mots d’ordre catholiques seulement en apparence, mais dans la réalité subtilement imprégnés d’hérésies. Pendant des années, pendant des décennies, cette mystification s’est faite à travers le langage et, en fin de compte, les catholiques, qui ne le sont plus, mais qui le croient toujours, prennent ces mots dans le sens de l’hérésie insidieuse, pas dans le sens catholique orthodoxe. Par exemple, depuis que le monde est monde, dialoguer signifie parler avec l’autre; et parler est une bonne chose, aussi longtemps que c’est possible et tant que cela n’équivaut pas à renoncer à être soi-même; mais à partir du Concile, il y a eu une véritable traduction du sens, et « dialogue » est devenu le mantra destiné à faire passer une idée non catholique, c’est-à-dire qu’on doit renoncer à convertir les non-catholiques, à commencer par les protestants, car ce ne serait pas respectueux envers l’interlocuteur, doté d’égale dignité. 

Voilà le piège: faire croire que le principe laïc et laïciste de la liberté religieuse s’applique aussi au catholicisme; que chaque foi est équivalente aux autres, et qu’il n’y a pas de fausses religions, car ce serait manquer de respect à leurs adeptes. Jésus, le Grand, l’Unique modèle, parlait à tous, mais il ne dialoguait pas, si par là nous voulons dire qu’il mettait la Vérité au même niveau que toute autre « vérité » humaine. Jésus a enseigné et l’a fait avec autorité, il n’a pas dialogué.

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