La revanche des jésuites

Jacques Dupuis

Du site <Le Cronache di Papa Francesco>: un livre récent de Gerard O’Connell, journaliste américain proche du pape, relate ses entretiens avec le jésuite belge Jacques Dupuis (+ 2004), théologien dissident sanctionné par la CDF en 1988 – et précurseur de la fameuse déclaration d’Abou Dabhi (5/5/2019)

ATTAQUE CONTRE WOJTYLA ET RATZINGER. LA REVANCHE DES JÉSUITES TRENTE ANS APRÈS.


cronicasdepapafrancisco.com 
29 avril 2019
Ma traduction

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Les jésuites de Pedro Arrupe ont lutté pour le droit d’appliquer le Concile Vatican II – son «esprit» – et malgré les continuels appels de quatre papes (Paul VI, Jean-Paul Ier, Jean-Paul II et Benoît XVI) ils ont continué sur cette voie diabolique. Maintenant que l’un d’eux est assis sur le trône de Pierre, ils n’ont plus de freins.




Notre attention a été attirée par un livre récemment publié en Italie: son titre, «Il mio caso non è chiuso. Conversazioni con Jacques Dupuis» [le livre est paru en 2017 sous le titre Do Not Stifle the Spirit(n’étouffez pas l’esprit): Conversations with Jacques Dupuis], et son auteur est le journaliste américain Gerard O’Connell (*), correspondant au Saint-Siège du mensuel jésuite America.

Ce n’est pas notre intention de faire de la publicité à un tel livre, mais, malgré nous, nous sommes obligés d’en parler, étant donné l’importance des arguments avancés.
Mais de quoi s’agit-il exactement ?
Le livre n’est autre que le comte-rendu des conversations – comme le dit le titre lui-même – que le vaticaniste américain a eues avec le théologien Jacques Dupuis, peu avant sa mort en 2004.

Qui est ce théologien? C’est un jésuite belge dont le «cas» fit beaucoup de bruit dans les années 90.
Dupuis enseignait à l’Université grégorienne, celle dirigée par la Société d’on ne sait plus quel Jésus, jusqu’au 17 octobre 1988, date à laquelle la Congrégation pour la Doctrine de la Foi le releva de ses fonctions en raison de ses «opinions dangereuses», ainsi que de ses «graves erreurs» et ses «ambiguïtés doctrinales».
Ce jésuite belge était en fait un fervent partisan du syncrétisme religieux. Ses livres les plus célèbres, Jésus-Christ à la rencontre des religions(Éditions Desclée de Brouwer, Paris, 1989) et Vers une théologie chrétienne du pluralisme religieux, (Éditions du Cerf, Paris, 1997), ont connu un grand succès dans le monde entier et ont été traduits en plusieurs langues.

En résumé, que disait Dupuis ?
Disons qu’il a été le «précurseur» du Document sur la Fraternité humaine pour la paix mondiale et la coexistence commune – signé à Abou Dabhi par le Grand Imam et aussi par un Vicaire du Christ, l’actuel Pape François, confrère de Dupuis – selon lequel «le pluralisme et la diversité des religions, couleurs, sexes, races et langues sont une sage volonté divine, avec laquelle Dieu créa les êtres humains». Cette expression est inacceptable, car il s’agit d’une véritable hérésie, que le confrère vêtu de blanc de Dupuis n’a pas voulu rectifier, et qui en a même, comme on dit, «rajouté une couche».
À l’époque de Dupuis – il y a seulement 30 ans ! – ces déclarations étaient évidemment inacceptables pour le Saint-Siège. Le général de la Compagnie de l’époque, le père néerlandais Peter Hans Kolvenbach (1928-2016) et le père Giuseppe De Rosa (1921-2011) – progressistes mais fidèles aux directives du Pape – intervinrent et, en particulier, ce dernier démolit le livre Vers une théologie chrétienne du pluralisme religieux dans les colonnes de la Civiltà Cattolica.
Comme Dupuis continuait à persévérer dans l’hérésie, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi dut intervenir. Malgré les appels répétés, tant privés que publics – en particulier dans les personnes du Préfet de l’époque, le Cardinal Joseph Ratzinger, et ses collaborateurs, les futurs cardinaux Bertone et Amato, qui ont toujours agi avec l’approbation du Pape Jean-Paul II -, le jésuite belge n’a jamais voulu se rétracter, il a continué jusqu’au bout à soutenir l’orthodoxie de ses thèses, dans un livre publié à titre posthume.

Nous nous sommes demandés pourquoi les jésuites ont décidé de «dépoussiérer» la figure de leur confrère qui, sauf repentance in extremisque Dieu seul peut connaître, a persévéré diaboliquement dans l’erreur.
Nous allons essayer d’en énumérer les principales raisons. Nous admettons qu’il s’agit là de nos considérations personnelles, mais nous avons plusieurs indices – et différentes preuves – qui les appuient.
Commençons par rappeler, entre autre, que Gérard O’Connell, l’auteur de ce livre-interview sur Dupuis, en plus d’être salarié des jésuites, est aussi l’un des «courtisans» de la Casa Santa Marta, le mari d’Elisabeth Piqué, biographe et connaissance de longue date du pape François. Il est rare que ces conjoints écrivent quelque chose sans en informer ou sans avoir l’approbation du jésuite vêtu de blanc.
Une des raisons, comme on peut facilement le deviner, est de relancer le pluralisme religieux, fondamental pour le Pape François, déjà soutenu en 2013 par la célèbre phrase: «Je crois en Dieu. Pas dans un Dieu catholique, il n’y a pas de Dieu catholique, il y a Dieu».
Une autre raison est que le pape régnant fera d’une pierre deux coups: poursuivre le démantèlement de l’ex-Saint-Office, qui fut pendant des siècles le rempart de la défense de la foi, et saper les figures de ses prédécesseurs immédiats, Jean Paul II et Benoît XVI, très aimés des fidèles catholiques, qui se réfèrent encore à leurs magistères respectifs. De quelle façon?
Dans ces conversations, Dupuis accuse le cardinal Ratzinger et ses collaborateurs (Bertone, Amato, etc.) d’«être incapables de saisir la vérité de sa proposition», en plus de leur lancer l’accusation ignoble – indirectement aussi à Jean-Paul II – d’être la cause de sa mort.
O’Connell, tout aussi ignominieusement, prétend raconter, à partir de documents secrets du Vatican, «les modalités des procès doctrinaux sous Jean Paul II et le cardinal Joseph Ratzinger» que «Jacques Dupuis a vécus dans sa chair, jusqu’aux conséquences extrêmes (le stress du procès du Vatican lui a causé les troubles physiques qui ont provoqué sa mort), la dureté anonyme de l’inquisition ecclésiastique: délations, investigations secrètes, accusations ensuite retirées, terres brûlées autour, continuels soupçons».
Qu’on nous passe l’ironie, mais on croit lire un résumé du Nom de la Rose!
Et puis, nous demandons-nous, O’Connell, de qui a-t-il obtenu ces documents secrets, de l’actuel Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, le jésuite Ladaria? Pour ceux qui ne le savent pas, l’Espagnol Ladaria est un «bergoglien» de la première heure, qui en 2014, a participé à une conférence en l’honneur de l’hérésiarque jésuite Karl Rahner.
Peut-on vraiment imaginer Wojtyla et Ratzinger comme d’impitoyables psychotiques torturés?
Eventuellement, on peut et on doit leur reprocher de ne pas avoir été assez intransigeants pour condamner les jésuites comme Dupuis, de ne pas avoir eu le courage de supprimer définitivement la Compagnie de qui sait quel Jésus, devenue la diabolique agit-prop de toutes les hérésies, quand l’occasion s’est présentée.
Nous ne pouvons pas laisser passer la propagande de Dupuis comme une espèce de «martyr blanc», alors que les vrais martyrs, comme ceux massacrés au Sri Lanka à Pâques cette année – précisément par les adeptes des religions si chères à ce jésuite belge – sont méconnus de l’actuel successeur de Pierre, un autre jésuite, mais en blanc.
Il est vrai que Dupuis affirmait que «Jésus-Christ a été la seule passion de ma vie», mais cette petite phrase de telenovelas latino-américaine, aurait aussi été signée par tous les hérésiarques, du prêtre Arius (256-336) [à l’origine de l’hérésie dite arienne] au moine Martin Luther (1483-1546).
D’ailleurs, de quel Jésus-Christ parlons-nous? Peut-être celui de la comédie musicale blasphématoire Jesus Christ Superstar, dont la transposition cinématographique a été influencée justement par certains jésuites américains?
Comme si cela ne suffisait pas, le «cas Dupuis» servira au jésuite vêtu de blanc pour avoir aussi une plus grande autorité dans le démantèlement de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, dont il a été questions ces jours-ci [cf. François va-t-il liquider l’héritage de Benoît?, 13/1/2019], et que nous avions anticipé le 18 février 2018. A cette date, en effet, nous avons publié une lettre d’une employée du Vicariat [Un cri de douleur en provenance de Rome, 16/2/2018], qui nous avait été envoyée en mai 2017, dans laquelle, entre autres nouvelles – qui se sont toutes vérifiées par la suite – on apprenait que le Pape François voulait transformer la Congrégation pour la Doctrine de la Foi en une sorte de congrégation pour «la pastorale de la foi».
Il se peut qu’on nous accuse de conspirationisme. Eh bien, nous répondons avec une certitude absolue qu’un complot contre l’Église catholique existe et qu’il a été élaboré par le Diable, le grand ennemi de notre salut, dont les Jésuites – inconsciemment? peut-être oui, peut-être non… qui sait ! – sont devenus les meilleurs alliés.



NDT
(*) O’Connell couvre le Vatican depuis 30 ans, mais son importance est maintenant à son apogée étant donné qu’il est marié à Elisabetta Piqué, la journaliste argentine préférée du Pape Bergoglio, à qui il a accordé un accès privilégié.
Si le nom de O’Connell apparaît sur une information publiée par le bureau de presse du Saint Siège, il peut en toute sécurité être considéré comme la ligne officielle de la Domus Sanctae Marthae.(cf. benoit-et-moi.fr/2015-II)
O’Connell vient de publier The Election of Pope Francis: An Inside Account of the Conclave That Changed History.

http://benoit-et-moi.fr/2019/actualite/la-revanche-des-jesuites.html