En attendant le Synode sur l’Amazonie

d’Octobre prochain. Célibat sacerdotal: des changements importants se profilent. Comme il l’avait déjà expliqué, François s’apprête à enclencher sur ce sujet brûlant aussi des « processus irréversibles ». Article d’AM Valli (7/5/2019)

François au Pérou, janvier 2018

LE MODÈLE « AMORIS LAETITIA » SE PROFILE-T-IL POUR LE CÉLIBAT SACERDOTAL?


Aldo Maria Valli 
7 mai 2019
Ma traduction

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Des changements radicaux dans l’Église catholique en ce qui concerne la morale sexuelle, le célibat sacerdotal et le rôle des femmes. Volà ce que pévoit l’évêque allemand Franz-Josef Overbeck, évêque d’Essen, lequel selon <Katholisch.de>, le site officiel de la Conférence épiscopale allemande, a déclaré aux journalistes que le prochain synode consacré à l’Amazonie portera à une «rupture» dans l’Eglise, à tel point que «rien ne sera plus pareil».

Evêque pro-Lgbt, connu pour vouloir changer l’enseignement catholique sur l’homosexualité, Mgr Overbeck est certain qu’au Synode, outre l’exploitation du milieu naturel et la violation des droits humains au détriment des populations vivant dans les territoires amazoniens, il sera question de morale sexuelle; et les évêques s’occuperont aussi de la structure hiérarchique de l’Église, de ce qu’est un prêtre (Priesterbild) et de la diminution du nombre des fidèles catholiques en Europe et Amérique latine.

L’assemblée spéciale du synode des évêques de la région panamazonique, prévue au Vatican du 6 au 27 octobre, sera donc selon Mgr Overbeck utilisé pour un débat sur plusieurs transformations, comme la fin du célibat, désormais jugée nécessaire. Il s’agit de «défis», dit l’évêque, dont François «est bien conscient» parce que sa perpective est une «perspective sud-américaine» très opportune, étant donné que la «structure eurocentrique» de l’Église catholique doit être éliminée. «Le visage de l’Église locale en Amérique du Sud est féminin», dit Overbeck, et de cela aussi, il faut tenir compte.

Ce n’est pas un mystère que certains secteurs de l’Église voudraient utiliser le synode sur l’Amazonie pour mettre fin au célibat obligatoire des prêtres. Mais quelle sera la stratégie ?

À cet égard, lors de la conférence de presse de l’avion de retour du Panama, lorsqu’on lui a demandé s’il était possible d’imaginer que le pape permettra aux hommes mariés de devenir prêtres, Bergoglio a donné une réponse ambivalente. Si d’un côté, citant Paul VI («Je préfère donner ma vie avant de changer la loi du célibat»), il a dit: «Personnellement, je pense que le célibat est un don à l’Église», d’un autre côté, il a ajouté: «Il ne resterait une possibilité que dans des endroits très lointains», comme les «îles du Pacifique».

François a cité ensuite «un livre du Père Lobinger, intéressant» dans lequel l’auteur affirme qu’«un homme âgé marié peut être ordonné», et il a poursuivi: «Je crois que le thème doit être ouvert en ce sens: là où il y a le problème pastoral à cause du manque de prêtres. Je ne dis pas que nous devrions le faire, parce que je n’ai pas réfléchi, je n’ai pas assez prié à ce sujet. Mais les théologiens doivent étudier».

Bergoglio dit donc d’une part qu’il est contre l’abolition du célibat dans l’Église latine, mais d’autre part qu’il ouvre «quelques possibilités dans des endroits lointains» et où il y a «le problème pastoral du manque de prêtres». Ce qui laisse prévoir qu’à part les «endroits très lointains», tout évêque qui a des problèmes à cause de la rareté des vocations (c’est-à-dire presque tous dans le monde) peut y avoir recours.

Mais qui était le père Lobinger dont Bergoglio a parlé? Et qu’a-t-il dit?

Né en 1929, il reçut l’ordination épiscopale en 1988 et partit comme missionnaire dans le diocèse sud-africain d’Aliwal, où il resta jusqu’en 2004, date à laquelle, à l’âge de soixante-quinze ans, il démissionna. Le livre auquel le Pape fait référence est «Prêtres pour demain. De nouveaux modèles pour des temps nouveaux», dans lequel Lobinger propose la catégorie appelée homegrown clergy (clergé local ou prêtres communautaires), ou «prêtres de type corinthiens», pour les distinguer des prêtres traditionnels ou pauliniens.

Ces prêtres communautaires seront des prêtres résidents âgés, pour la plupart mariés et ayant leur propre travail. Formés non pas au séminaire mais à travers des cours, ils ne porteront pas l’habit sacerdotal et s’occuperont de gestion de la communauté, des célébrations liturgiques et de l’administration des sacrements. Mais, selon Lobinger, ils ne devraient pas être utilisés seulement dans les endroits les plus reculés, mais partout où ils sont nécessaires.

Toujours selon Lobinger, «si certains diocèses faisaient ce pas, ce serait un signe d’espérance. D’autres diocèses et paroisses pourraient alors voir comment ils pourraient se développer, dans l’espoir de surmonter la pénurie actuelle de prêtres», et on pourrait aussi imaginer, plus tard, l’emploi de femmes ayant les mêmes responsabilités.

Parmi les membres de la commission préparatoire du Synode sur l’Amazonie figure un évêque brésilien, Mgr Erwin Kräutler, qui admire les thèses de Lobinger et soutient depuis longtemps la nécessité de conférer le sacerdoce aux hommes mariés et de procéder à l’ordination de diaconesses.

C’est précisément Lobinger qui a révélé la rencontre entre Kräutler et François, en 2014, rencontre au cours de laquelle le Pape a dit que «les Conférences épiscopales devraient faire des propositions».

Voici donc la perspective: tout comme en matière de communion aux divorcés remariés, chaque conférence épisode a donné ses propres lignes interprétatives d’Amoris Laetitia, pour le célibat des prêtres, la même logique pourrait être suivie.

http://benoit-et-moi.fr/2019/actualite/en-attendant-le-synode-sur-lamazonie.html

En attendant le Synode sur l’Amazonie (suite)

Le cardinal Hummes, que François a nommé Relateur général, annonce un Synode historique. Article de Giuseppe Nardi (8/5/2019) 

>>> En attendant le Synode sur l’Amazonie

Le cardinal Hummes

« LE SYNODE SUR L’AMAZONIE POURRAIT S’AVÉRER HISTORIQUE » 
(CARDINAL CLAUDIO HUMMES)


katholisches.info 
G. Nardi
6 mai 2019
Traduction d’Isabelle

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(Brasilia) Le cardinal brésilien Claudio Hummes se dit « heureux » d’avoir été nommé rapporteur général du Synode sur l’Amazonie par le pape François et annonce que ce synode pourrait être « historique ».




Le pape François a convoqué, du 6 au 27 octobre, un synode spécial sur l’Amazonie qui aura pour thème : « Amazonie : nouveaux chemins pour l’Eglise et pour une écologie intégrale ». 
Dans les coulisses de ce synode, une cheville ouvrière de très haut rang : le cardinal brésilien Claudio Hummes, archevêque émérite de Sao Paulo, qui fut, durant quelques années, préfet de la Congrégation romaine pour le Clergé. Il appartient au courant progressiste, qui manifeste beaucoup de « compréhension » envers la théologie de la libération.
La convocation du Synode sur l’Amazonie est liée à des questions écologiques et aux droits des peuples indigènes. Le Vatican parle surtout de l’évangélisation des Indiens, présentée comme une priorité. Ceux-ci vivent, dispersés, dans l’immense bassin de l’Amazone et leur nombre en tout cas n’excède pas 250 000. 
Depuis 2015, on considère dès lors qu’il existe un véritable agenda « secret » du synode: l’abolition du célibat sacerdotal et l’introduction de prêtres mariés. On sait qu’Hummes figure parmi les plus éminents militants en faveur de l’abolition du célibat pour le clergé séculier et même de l’admission des femmes au sacerdoce.

Ces tendances sont connues depuis avril 2014 au moins, plus précisément depuis l’audience accordée par le pape François à l’évêque de mission émérite Erwin Kräutler, natif d’Autriche. Cela n’a pas empêché François de convoquer le Synode sur l’Amazonie, — comme le souhaitaient Kräutler et Hummes. Plus précisément, François a donné alors le « feu vert » à Kräutler, en répondant à ses suggestions par une invitation à lui soumettre des « propositions courageuses ».

François sait pertinemment que Kräutler et Hummes appartiennent à l’aile gauche de l’Eglise et qu’ils veulent l’abolition du célibat sacerdotal et l’introduction du sacerdoce féminin. Il les a pourtant chargés tous les deux de préparer le Synode sur l’Amazonie: Hummes en tant que président du Réseau panamazonien des Eglises (REPAM) et Kräutler en tant que président de la section brésilienne de ce même REPAM. 
Tout indique que l’introduction de prêtres mariés (que l’on justifie par la « pénurie » endémique de prêtres, pour laquelle on refuse d’autres solutions ) doit créer un précédent. Des documents internes parlent ouvertement de « nouvelles formes » du sacerdoce et des ministères du culte — expression qui renvoie aussi aux femmes. 

Une autre pièce de la mosaïque de l’attaque imminente sur le sacrement de l’ordre est la nomination, samedi dernier, du cardinal Hummes comme rapporteur général du Synode sur l’Amazonie. Il revient, entre autres, au rapporteur général de définir, lors de son allocution d’ouverture, les orientations fondamentales.
François a simultanément nommé deux secrétaires particuliers pour le synode. Lors du synode sur la famille, cette tâche avait été dévolue à l’archevêque italien Mgr Bruno Forte, qui en avait par la suite révélé les dessous explosifs.
Les deux secrétaires spéciaux du Synode sur l’Amazonie nommés par François sont: 

o Mgr David Martinez de Aguirre Guinea OP, vicaire apostolique de Puerto Maldonado au Perou ;
o P. Michael Czerny SJ, sous-secrétaire de la Section des migrants et des réfugiés du Dicastère pour le service du développement humain intégral. Ce dicastère fut créé, durant l’été 2016, par François qui, depuis lors, dirige en personne la section des migrants et des réfugiés.

La nouvelle a été annoncée lors de l’assemblée de printemps de la Conférence épiscopale brésilienne réunie à Aparecida. Sur le site internet de la Conférence épiscopale brésilienne se trouve ce qui suit :

Don Claudio nous a dit qu’il avait appris la nouvelle dans un grand sentiment de responsabilité, car le Synode est très important et pourrait bien être historique. « Je remercie le pape pour sa confiance dans les gens, sa confiance en moi, et je veux donner le meilleur de moi-même pour m’acquitter de ce service ».

Et, plus loin :

Don Claudio s’est dit heureux de pouvoir accomplir cette tâche au service du grand amour qu’il porte à l’Amazonie, heureux aussi de tout le processsus de développement accompli depuis la convocation du Synode par le pape François en 2017. Il souligne l’importance du document préparatoire rédigé par le REPAM, en collaboration avec les évêques de toute la région panamazonienne et avec le secrétariat général des synodes, un organe du Vatican.