François et l’Imam – A propos de leur déclaration commune sur la « Fraternité universelle »

François et l’Imam

A propos de leur déclaration commune sur la « Fraternité universelle » (5/2/2019)

Je n’ai suivi que de très loin le voyage du pape dans les Emirats arabes, et je ne devrais donc pas porter de jugement… Je ne doute pas que parmi les nombreux discours prononcés (surtout ceux préparés dans les bureaux de la Curie), on trouverait facilement des « perles de sagesse » que d’autres recueilleront (pieusement) comme témoignages de sa rectitude doctrinale.
Mais le diable est dans les détails, dit-on, et ce fait a trouvé confirmation dans ce pontificat, entre autres, dans les fameuses « notes de bas de page » d’Amoris Laetitia.
Un lecteur attire mon attention sur un passage, disons, ambigu, dans la Déclaration commune du Pape et du Grand Imam d’Al-Azhar LA FRATERNITÉ HUMAINE POUR LA PAIX MONDIALE ET LA COEXISTENCE COMMUNE (w2.vatican.va)

La liberté est un droit de toute personne: chacune jouit de la liberté de croyance, de pensée, d’expression et d’action. Le pluralisme et les diversités de religion, de couleur, de sexe, de race et de langue sont une sage volonté divine, par laquelle Dieu a créé les êtres humains. Cette Sagesse divine est l’origine dont découle le droit à la liberté de croyance et à la liberté d’être différents. C’est pourquoi on condamne le fait de contraindre les gens à adhérer à une certaine religion ou à une certaine culture, comme aussi le fait d’imposer un style de civilisation que les autres n’acceptent pas.
(…)
[Ce document certifie] la forte conviction que les vrais enseignements des religions invitent à demeurer ancrés dans les valeurs de la paix ; à soutenir les valeurs de la connaissance réciproque, de la fraternité humaine et de la coexistence commune …

Ces propos dans la bouche du Vicaire du Christ sont pour le moins imprudents, sinon problématiques d’autant plus que, pour ce que j’en sais, ils sont totalement étrangers aux conceptions des musulmans. La dernière phrase du 1er paragraphe peut évidemment être retournée à leur profit, condamnent de la part des chrétiens toute tentative de conversion (je n’utilise pas le mot prosélytisme, qui est devenu un gros mot).

Mon lecteur commente:
«Dire que Dieu a voulu dans sa sagesse créatrice le pluralisme religieux, c’est dire qu’il a voulu que beaucoup aient une conscience erronée: c’est un blasphème».

Et je lis sur le site <Campari & de Maistre>

Le document « Fraternité humaine » publié aujourd’hui, dans lequel Bergoglio déclare avec l’Imam d’Al Azhar la valeur de la fraternité universelle, pourrait être commenté de plusieurs manières. Bien sûr, il n’y a pas trace dans le texte du Dieu unique et trinitaire, mais il y a une divinité partagée entre toutes les religions, qui semble avoir un diplôme en architecture.

Mais nous nous posons quelques questions:
– Si, comme il le dit, le document « Le pluralisme et la diversité des religions (…) sont une sage volonté divine, par laquelle Dieu a créé les êtres humains », pourquoi Jésus est-il venu pour être crucifié? S’est-il trompé? Que pense Bergoglio de la valeur de la Croix et de la Résurrection? Sont-ils nécessaires oui ou non ? S’il ne le pense pas, qu’attend-il de nous ?

– Si toutes les religions portent, comme le dit le document, de « vrais enseignements », pourquoi donc y a-t-il des prêtres, des évêques et des papes? A ce stade, qu’ils démissionnent tous et nous rendent l’argent.

Le passage en question n’a pas non plus échappé à Aldo Maria Valli, qui a choisi de le traiter sur le ton de l’humour (enfin… ce serait drôle si ce n’était si grave) à travers une interviewe imaginaire, que lui, journaliste de 2019, fait à Saint François d’Assise:

INTEEVIEW DE SAINT FRANÇOIS D’ASSISE

www.aldomariavalli.it
5 février 2019
Ma traduction

* * *

– Bonjour, saint François.
– Bonjour à toi. Que le Seigneur te donne la paix.

– Pareillement. Puis-je vous poser une question?
– Je t’en prie….

– C’est à propos de François.
– François?

– Oui, le pape François.
– Le pape François ?

– Oui, Jorge Mario Bergoglio: le Pape François.
– Ah!

– Qu’est-ce qu’il y a?
– Rien, rien. Donc, tu voulais savoir…

– Voilà, saint François, je voulais vous demander un jugement sur un passage de la Déclaration signée par François et le Grand Imam.
– Ils ont signé une déclaration ?

– Oui, à Abu Dhabi.
– Où est-ce? Près de Damiette?

– Pas vraiment. Mais ça n’a pas d’importance. Le fait est que dans la déclaration…
– J’imagine que le pape, pour témoigner de sa foi, a voulu entrer dans un grand feu, comme je l’ai fait en 1219 [Antidotes préventifs]….

– Pas vraiment, saint François. Aucun feu.
– Comment donc?

– Eh bien, vous savez, cela ne se fait plus.

– Oh, quel dommage. Et alors?

– Et donc le Pape et le Grand Imam ont signé cette Déclaration…
– Oh, bien. Le Grand Imam s’est converti au christianisme….

– Hum, pas vraiment.
– Mais s’il a signé…

– Oui, il a signé, mais pour dire qu’il est d’accord sur le dialogue, la coexistence, la tolérance…
– Et le pape n’a pas demandé au sultan….

– Au Grand Imam….
– Oui, d’accord, il n’a pas demandé au Grand Imam de se convertir à l’Evangile ?

– Euh, non….
– Comment cela?

– Non, cela ne se fait plus….
– Oh, c’est étrange. Mais le pape ne devrait-il pas annoncer l’Évangile à tous les hommes?

– Oui, mais là, voyez-vous, il y a la question du dialogue…
– Je ne comprends pas. Moi, j’avais un désir ardent: aller chez le sultan, prêcher la foi chrétienne aux musulmans et montrer une volonté totale de mourir pour Christ. C’est pourquoi j’ai rejoint l’armée croisée…

– Euh, je m’excuse, saint François….
– Qu’est-ce qu’il y a ?

– Aujourd’hui, ce n’est pas bien de parler de l’armée croisée...
– Oh, c’est étrange. Quoi qu’il en soit, disais-je, c’est pourquoi je suis allé là-bas, chez le prince musulman, et il m’a écouté volontiers. Mais quand je lui ai demandé de se convertir avec tout son peuple, il a hésité. Alors je lui ai proposé d’allumer un grand feu et je lui ai dit: Moi et tes prêtres entrerons dans le feu et ainsi tu pourras savoir quelle foi est la plus certaine et la plus sainte. Mais les prêtres musulmans se sont enfuis. Et puis j’ai dit: Je vais entrer dans le feu et si je sors indemne, tu te convertiras, mais il n’a rien voulu savoir à ce sujet.

– Je connais l’histoire, saint François. Mais maintenant, j’aimerais vous demander quelque chose.
– Oh, oui, bien sûr, demande…

– Il s’agit ici d’une phrase de la Déclaration, où il est dit: « Le pluralisme et les diversités de religion, de couleur, de sexe, de race et de langue sont une sage volonté divine ».
– C’est ce qu’il dit ?

– Oui.
– Oh, très bien. Je n’ai jamais rien entendu de tel. Donc, si je comprends bien, si la diversité des religions est la volonté de Dieu, moi, chrétien, je n’ai pas besoin de prêcher l’Evangile.

– C’est un peu cela.
– Mais si je ne prêche pas l’Evangile, quel genre de chrétien suis-je?

– C’est exactement ce que je voulais vous demander, cher saint François.
– Eh bien, je suis surpris. Je suis allé parmi les infidèles….

– Euh, saint François, s’il vous plaît….
– Qu’est-ce qu’il y a ?

– Infidèles, eh bien, on ne doit pas le dire….
– Oh, très bien. Et pourquoi?

– Parce que ça ne va pas. Vous savez, le dialogue, le respect…
– Eh bien, j’y suis allé pour conquérir la palme convoitée du martyre, pas pour signer… comment dites-vous?…

– Une déclaration.
– Voilà, pas pour signer une déclaration. Dans laquelle, en outre, il est écrit que ne pas être chrétien est la sage volonté de Dieu.

– Mais vous devez comprendre que les temps ont changé…
– Les temps… les temps. Mais la foi ne peut pas changer. Prêcher le Christ est notre devoir, en particulier aux Sarrasins….

– Euh, saint François, s’il vous plaît….
– Qu’y a-t-il encore?

– Les Sarrasins…. on ne peut pas dire cela.
– Oh, quels mots dois-je utiliser alors ?

– Ceux du dialogue, du respect….
– Dialogue? Respect? Mais vois-tu les gardes du sultan nous ont attaqués, nous ont battus avec des bâtons, nous ont mis enchaînés, et j’ai été forcé de crier pour les faire fuir !

– Autres temps, saint François. Maintenant, il y a la tolérance.
– Eh bien, c’est possible. Quoi qu’il en soit, j’ai dit clairement au Sultan: « Ce n’est pas par l’homme, mais par Dieu que nous avons été envoyés pour vous montrer, à vous et à votre peuple, le chemin de la santé et de l’annonce de l’Evangile ».

– Donc, cher saint François, je crois comprendre que la Déclaration signée ne vous plaît pas…
– Je ne sais pas quoi te dire. Elle me semble étrange. Mais le pape, après, il est resté?

– Bien sûr. Pourquoi cette question?
– Parce que moi, j’ai mais les choses au clair: « Je resterai », ai-je dit au Sarrasin…

– Saint François, s’il vous plaît....
– Ah oui…on ne doit pas dire sarrasin.

– Merci.
– J’ai donc dit au sultan : « Je resterai volontiers avec toi, si toi et ton peuple vous convertissez au Christ ». Mais je ne pense pas que le pape ait demandé quelque chose de ce genre, non?

– Non, en fait….
– Et puis, quand le sultan m’a critiqué pour la sainte entreprise…

– Sainte entreprise?…..
– Oui, la croisade.

– Saint François, soyez gentil, nous ne pouvons pas appeler la croisade « sainte entreprise ».
– Oh, très bien. Et pourquoi?

– Le dialogue, le respect….
– D’accord. Quand le sultan m’a critiqué pour la croisade, j’ai répondu avec fermeté: « Les chrétiens vous attaquent à juste titre, vous et la terre que vous avez occupée, parce que vous blasphémez le nom du Christ et éloignez de son culte autant de personnes que vous pouvez. Mais si vous vouliez connaître le créateur et rédempteur, le confesser et l’adorer, ils vous aimeraient comme si vous étiez eux-mêmes.

– Mais saint François….
– Qu’y a-t-il encore?

– C’était une autre époque.

– Et d’autres chrétiens, à ce que je vois.

– Peut-être. Quoi qu’il en soit, merci pour cette interview.
– Il n’y a pas de quoi. Que le Seigneur te donne la paix.

 

http://benoit-et-moi.fr/2019/actualite/franois-et-limam.html

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