Un langage nouveau pour une nouvelle Église

et une nouvelle conception de la papauté. A travers trois affirmations « problématiques » récentes de François, Stefano Fontana décrypte ce qui se cache derrière ce « glissement sémantique » volontairement fumeux (4/1/2019)

LE LANGAGE DE FRANÇOIS, DÉLIBÉRÉMENT IMPRÉCIS

Stefano Fontana
www.lanuovabq.it/
4 janvier 2019
Ma traduction

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En quelques jours, le pape François a fait trois déclarations au contenu très problématique. D’abord, il a dit que Marie n’était pas née sainte. Puis il a dit que le christianisme est révolutionnaire. Enfin, qu’il vaut mieux être athée que d’aller à l’église et mal se comporter. Un langage délibérément imprécis.

En l’espace de quelques jours, le pape François a fait trois déclarations au contenu très problématique. D’abord, il a dit que Marie n’était pas née sainte, mais qu’elle l’était devenue parce qu’on ne naît pas saint, mais on le devient. Puis il a dit que le christianisme est révolutionnaire. Ensuite, il a affirmé qu’il vaut mieux être athée que d’aller à l’église et ensuite se comporter mal: «Il y a des gens qui sont capables de tisser des prières athées, sans Dieu, et ils le font pour être admirés des hommes. Et combien de fois voyons-nous le scandale de ces personnes qui vont à l’église et y restent toute la journée ou y vont tous les jours [*] et vivent ensuite en haïssant les autres ou en disant du mal des gens! Mieux vaut ne pas aller à l’église: vis comme ça, comme si tu étais athée. Mais si tu vas à l’église, vis comme un fils, comme un frère et donne un vrai témoignage, pas un contre-témoignage».

La première affirmation remet en question l’interprétation correcte du dogme de l’Immaculée Conception. La seconde s’oppose aux enseignements de nombreux pontifes qui ont enseigné l’incompatibilité entre le concept de révolution et la foi chrétienne. Le troisième est un enchevêtrement de questions théologiques et pastorales graves qui demandent à être décryptées à travers un travail précis d’exégèse qu’aucun croyant n’est capable de faire. D’où le « conflit d’interprétations » et l’égarement de beaucoup qui attendent au contraire du pape peu de mots, mais clairs. Semer la confusion, nous le faisons déjà assez nous-mêmes.

La troisième déclaration sur les athées et les habitués incohérents de la messe est, entre autres choses, en contradiction avec d’autres enseignements de François lui-même. On connaît l’affirmation controversée d’Evangelii gaudium, reprise dans la fameuse note 351 d’Amoris laetitia, selon laquelle «l’Eucharistie n’est pas un prix pour le parfait mais une aide pour le faible». En admettant que ce soit le cas, on ne voit pas bien pourquoi il est préférable d’être athée que d’aller à l’église tout en étant des chrétiens incohérents. La cohérence est ici exigée de manière absolue, alors qu’au nom d’une miséricorde supérieure, on ne demande plus aux divorcés remariés la cohérence de vivre comme frère et de sœur selon les indications de Familiaris consortion.84.

En tout cas, même en l’examinant en elle-même, la phrase présente des obscurités théologiques. L’athéisme, quand il est coupable, était autrefois considéré comme un péché. Aujourd’hui, de fait, ce n’est plus le cas, car on pense que Dieu se révèle à tous les hommes et donc aussi chez les athées. C’est pour cela qu’on cède les églises aux chaires des non-croyants et qu’on leur permet d’enseigner (dans l’église) que Dieu n’existe pas. L’athéisme est la situation de l’homme qui rejette consciemment Dieu. Comment est-il possible que cette situation de vie soit préférable à celle de ceux qui vont à l’église tout en n’étant pas capables d’être chrétiens jusqu’au bout dans la vie pratique? De cette manière, la cohérence devient le critère d’évaluation, plutôt que le contenu de vérité. Un athée cohérent serait préférable à un chrétien incohérent. Il peut être juste de critiquer l’hypocrisie, même si aujourd’hui (soyons sérieux…) combien vont à l’église chaque jour «pour être admirés par les hommes»? mais il est problématique d’indiquer la cohérence de l’athée comme une alternative.

La fréquence avec laquelle le Pape François prononce des phrases problématiques comme celles-là confirme un changement significatif dans le langage pontifical, sur lequel se concentrent depuis quelque temps chercheurs et observateurs. L’exemple maximal de ce nouveau code de communication a été Amoris laetitia. C’est un langage délibérément imprécis, allusif, évocatif, fumeux, volatile et ondulant. Un langage qui propose des questions sans réponse, des oppositions dialectiques sans synthèse, des polarités sans combinaison et utilise souvent des phrases comme «oui…mais» où le «mais» introduit non seulement des atténuations mais aussi des exceptions. C’est un langage par images avec des interprétations théologiques problématiques, plutôt que par concepts: la doctrine comme des pierres lancées, la tradition qui n’est pas un musée, le péché appelé fragilité, le confessionnal qui ne doit pas être unechambre de torture… C’est un langage qui ne ferme pas mais ouvre, ne précise pas mais pose des questions, ne confirme pas mais fait naître des doutes. Un langage «en tension», historique, biographique, existentiel, dynamique, qui procède par oppositions et contradictions et qui inquiète.

La question principale, face à ces changements évidents sur lesquels, je le répète, des livres et des livres ont déjà été écrits, est de savoir si, derrière ce changement de langage, il y a aussi un changement dans la conception même de la papauté. Le langage n’est jamais seulement langage. Quand on utilise de nouveaux mots pour indiquer les choses d’avant, cela signifie qu’une nouvelle doctrine est née, qui les voit d’une manière différente. Symétriquement, si l’on veut faire naître une nouvelle façon de penser, il faut parler différemment. En ce sens, le langage du Pape François est l’extrémisation cohérente du passage commencé avec Vatican II de la doctrine à la pastorale, de la nature à l’histoire, de la métaphysique à l’herméneutique. Et cela ne pouvait que finir par concerner aussi le rôle du pape dans l’Église.

NDT
[*] J’aimerais beaucoup savoir où François les a rencontrés!! nous ne devons pas vivre sur la même planète.

http://benoit-et-moi.fr/2019/actualite/un-langage-nouveau-pour-une-nouvelle-eglise.html

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