Viganò sera-t-il sanctionné ? De Mattei remonte à la source !

Viganò sera-t-il sanctionné ? De Mattei remonte à la source !

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L’archevêque Viganò condamné pour avoir dit la vérité ?

par Roberto de Mattei
(Correspondance européenne (3) / Traduction de Marie P. pour La Porte Latine)

Le Professeur Roberto de Mattei, très bien renseigné sur les coulisses de l’affaire Viganò, annonce que le Pape François. a demandé au cardinal Francesco Coccopalmerio, et à quelques autres canonistes, d’étudier les sanctions canoniques à prendre contre l’ancien nonce apostolique aux USA.

La première sanction, pour avoir dit la vérité, serait la suspense a divinis. Quasiment tous les « futurs juges » de Mgr Viganò sont, d’une façon ou d’une autre, impliqués dans le scandale dénoncé par le « futur condamné ».

A suivre…

~ Rome le 6 septembre 2018 ~

L’archevêque Carlo Maria Viganò, qui a révélé l’existence d’un réseau de corruption au Vatican, mettant en cause les responsables, à commencer par les plus hautes autorités ecclésiastiques, sera-t-il condamné pour avoir dit la vérité ? Le pape François serait en réflexion sur ce point, s’il est vrai, comme plusieurs sources l’ont confirmé, qu’il a consulté le cardinal Francesco Coccopalmerio, et quelques autres canonistes, pour étudier les sanctions canoniques envisageables à l’encontre de l’archevêque, à commencer par la suspense a divinis.

Si cette nouvelle est confirmée, elle serait d’une extrême gravité, et même un peu surréaliste, si l’on considère que « l’expert » convoqué pour sanctionner Mgr Viganò serait précisément ce cardinal Coccopalmerio, accusé par l’ancien nonce des États-Unis de faire partie du “lobby gay” qui impose sa loi au Vatican.

Du reste, on ne peut oublier que le secrétaire du cardinal, Mgr Luigi Capozzi, est impliqué dans une affaire d’orgie gay, dans laquelle la position de son supérieur doit encore être clarifiée. Mais le problème de fond, naturellement, n’est pas là. L’Église catholique, en tant que société visible, est dotée d’un système pénal, à savoir le droit qu’elle détient de sanctionner les fidèles ayant commis des violations de sa loi. Il faut distinguer, à ce propos, péché et délit. Le péché correspond à une violation de l’ordre moral, le délit à une transgression de la loi canonique de l’Église, qui est différente bien sûr de la loi civile des États.

Tous les délits sont péchés, mais tous les péchés ne sont pas délits. Certains délits sont communs à la législation civile et à la législation canonique, comme le délit de pédophilie, mais d’autres délits ne le sont que pour le droit canonique et non pour le droit pénal des États.

L’homosexualité et le concubinage, par exemple, ne sont pas considérés comme des crimes par la majorité des États contemporains, mais ils restent de graves délits pour le clergé qui s’y expose et, comme tels, sont sanctionnés par le Droit canonique. N’est pas délit, en effet, toute action extérieure qui viole la loi, mais uniquement cette violation qui, en cas d’inobservance, prévoit une sanction selon le principe nulla pena sine lege.

Le code de Droit Canon, comme l’a récemment rappelé le père Giovanni Scalese sur son blog Antiquo Robore, considère comme un délit non seulement l’abus contre les mineurs, mais aussi d’autres péchés contre le sixième commandement, tels que le concubinage et la situation scandaleuse, qui comprend l’homosexualité (canon 1 395, §2 du Nouveau Code) (1) .

Ces distinctions ne semblent pas claires pour le pape François, qui proclame la “tolérance zéro” contre les délits civils, tels que la pédophilie, mais invoque « le pardon » et la miséricorde pour les « péchés de jeunesse », tels que l’homosexualité, en oubliant que ce délit figure dans les lois de l’Église. Mais voilà – et c’est bien là la contradiction – que les lois de l’Église sont invoquées pour frapper, non le clergé immoral, mais celui qui dénonce l’immoralité du clergé, comme Mgr Carlo Maria Viganò, dont le témoignage ne fait que s’inscrire dans la lignée des réformateurs de l’Église, de saint Pierre Damien à saint Bernardin de Sienne, grands fustigateurs de la sodomie.

Quelle est donc le motif de la punition canonique que l’on voudrait appliquer au courageux archevêque ? Le pape François pourrait répondre, comme dans la fable de Phèdre : je n’ai pas besoin de donner des motifs, je punis Quia nominor leo (2), parce que je suis le plus fort.

Mais lorsque l’autorité n’est pas exercée au service de la vérité, elle devient abus de pouvoir, et la victime de cet abus de pouvoir obtient une force que nul ne peut lui ravir : la force de la Vérité. En ce moment tragique de la vie de l’Église, la première chose que, non seulement les catholiques, mais l’opinion publique du monde entier, demandent aux hommes d’Église, c’est de « vivre sans mensonge » pour reprendre une expression célèbre de Soljenitsyne. Le temps des dictatures socialistes est révolu. C’est maintenant à la vérité de s’imposer.

Note
(1) 1395, § 2. Le clerc qui a commis d’une autre façon un délit contre le sixième commandement du Décalogue, si vraiment le délit a été commis par violence ou avec menaces ou publiquement, ou bien avec un mineur de moins de seize ans, sera puni de justes peines, y compris, si le cas l’exige, le renvoi de l’état clérical.
(2) « Parce que je m’appelle lion » – Phèdre, Fables Livre I, Fable V  » La vache, la chèvre, la brebis et le lion ».
(3) L’arcivescovo Viganò punito per aver detto la verità

Source : laportelatine.org/…/06_09_2018_viga…

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« Je ne dirai pas un mot à ce sujet »

par Roberto de Mattei, Correspondance Européenne, 31 aout 2018

« Je ne dirai pas un mot à ce sujet ». C’est en ces termes que, dans l’avion de retour de Dublin à Rome, le 26 août 2018, le pape François a réagi aux impressionnantes révélations de l’archevêque Carlo Maria Viganò, qui le mettaient directement en cause.

A la journaliste Anna Matranga (NBC), qui lui demandait si ce qu’avait écrit l’ancien nonce des Etats-Unis était véridique, le pape a en effet répliqué : « J’ai lu cette déclaration ce matin. Je l’ai lue et je dois vous dire sincèrement à vous et à tous ceux d’entre vous qui sont intéressés : lisez attentivement le document et jugez-en par vous-mêmes. Je ne dirai pas un mot à ce sujet. Je pense que la déclaration parle d’elle-même et que vous avez la capacité journalistique suffisante pour parvenir à vos propres conclusions. C’est un acte de confiance : quand il sera passé un peu de temps et que vous aurez fait vos conclusions, je parlerai peut-être. Mais je voudrais que votre maturité professionnelle fasse son travail ; ça vous fera du bien, vraiment. C’est bien ainsi ».

Un évêque brise le climat d’omertà et de connivence et dénonce, avec les noms et circonstances précises, l’existence d’un « courant favorable aux homosexuels qui entend changer la doctrine catholique sur l’homosexualité »et la présence de « réseau d’homosexuels, aujourd’hui répandus dans de nombreux diocèses, séminaires, ordres religieux, etc. », qui « agissent sous le sceau du secret et du mensonge avec la puissance des tentacules d’une pieuvre, broient des victimes innocentes, des vocations sacerdotales, et sont en train d’étrangler l’Église toute entière ».

Face à cette voix courageuse qui rompt le silence, le pape François se tait, et laisse aux médias le soin de juger, selon leurs critères politiques et mondains, bien différents des critères religieux et moraux de l’Église. Un silence qui paraît plus grave encore que les scandales mis en lumière par l’archevêque Viganò.
Cette lèpre s’est propagée après le Concile Vatican II, fruit d’une nouvelle théologie morale qui nie les absolus moraux et revendique le rôle de la sexualité, hétéro et homosexuelle, comme un facteur de croissance et de réalisation de la personne humaine.

L’homosexualisation de l’Église s’est opérée dans les années 1970 et 1980, comme en témoigne le livre, méticuleusement documenté, du prêtre Enrique Rueda, Thehomosexual network: private lives and public policy, paru en 1982. Pour comprendre combien la situation s’est aggravée depuis lors, il est indispensable de lire l’étude Omosessualità e sacerdozio. Il nodo gordiano – dei cattolici? (Poznań Theological Studies, 31 (2017), p. 117-143), du prof. Andrzej Kobyliński de l’Université Cardinale Stefan Wyszyński de Varsovie (journals.indexcopernicus.com/…/261531.pdf).

Kobyliński cite un ouvrage intitulé The Changing Face of the Priesthood: A Refection on the Priest’s Crisis of Soul, de Donald Cozzens, recteur du séminaire de Cleveland, Ohio, dans lequel l’auteur affirme qu’au début du XXIème siècle, le sacerdoce est devenu une “profession”, exercée majoritairement par des gays et que l’on peut parler d’«exode hétérosexuel du sacerdoce»(a heterosexual exodus from the priesthood). Kobyliński mentionne un cas emblématique : celui de l’archevêque de Milwaukee (Wisconsin), Rembert Weakland, figure de proue du courant progressiste et “liberal” américain.

« Weakland a, pendant des décennies, couvert les cas d’abus sexuels des prêtres, en promouvant une vision de l’homosexualité contraire à celle du magistère de l’Église catholique. A la fin de son mandat, il a également mis en œuvre une gigantesque malversation, dérobant près d’un million de dollars dans les caisses de son archidiocèse, pour payer son ex-partenaire qui l’accusait d’agressions sexuelles. En 2009, Weakland a fait son “coming out”, par la publication d’une autobiographie intitulée : A Pilgrim in a Pilgrim Church (Un pèlerin dans une Église pèlerine), où il reconnaissait qu’il était gay lui-même et qu’il avait eu, pendant des dizaines d’années, des rapports sexuels constants avec de nombreux partenaires. En 2011, l’archidiocèse de Milwaukee a fait faillite, à cause du nombre important d’indemnisations à verser aux victimes de prêtres pédophiles ».

En 2004 paru le John Jay Report, document préparé à la demande de la Conférence épiscopale américaine, où ont été analysés tous les cas d’abus sexuels sur mineurs de la part de prêtres et diacres catholiques aux USA, dans les années 1950-2002. «Ce document de près de 300 pages a une valeur d’information exceptionnelle –écrit Kobyliński –. Le John Jay Report a démontré le lien entre l’homosexualité et les abus sexuels sur mineurs de la part du clergé catholique. Selon le rapport de 2004, dans la très grande majorité des cas d’abus sexuels, il ne s’agit pas de pédophilie, mais d’éphébophilie, une dégénérescence qui ne consiste pas uniquement dans l’attraction sexuelle pour les enfants, mais pour les adolescents à l’âge de la puberté. Le John Jay Report a mis en évidence que 90% des prêtres condamnés pour abus sexuels sur des mineurs sont des prêtres homosexuels ».

Le scandale McCarrick n’est donc que le dernier volet d’une crise qui ne date pas d’hier. Et pourtant, dans la Lettre du Pape au Peuple de Dieu, et au cours de son voyage en Irlande, le pape François n’a jamais dénoncé ce désordre moral. Le pape estime que le problème principal dans les abus sexuels de la part du clergé n’est pas l’homosexualité, mais le cléricalisme.

A propos de ces abus, l’historien progressiste Alberto Melloni écrit que « François aborde finalement le délit sur le plan ecclésiologique : et il le confie à ce sujet théologique qu’est le peuple de Dieu. Au peuple, François dit sans détours que c’est le “cléricalisme” qui a mené à ces atrocités, et non un excès ou une carence de morale » (La Repubblica, 21 août 2018).

« Le cléricalisme, voilà l’ennemi !». La célèbre phrase prononcée le 4 mai 1876 à la Chambre des députés française par Léon Gambetta (1838-1882), membre éminent du Grand Orient de France, pourrait être attribuée au pape François. Mais il s’agit du mot d’ordre du laïcisme maçonnique du XIXème siècle et, c’est en l’appliquant que les gouvernements de la Troisième République française mirent en place dans les années qui suivirent un programme politique “anticlérical” dont les étapes furent la laïcisation intégrale de l’école, l’expulsion des religieux du territoire national, le divorce, l’abolition du concordat entre la France et le Saint-Siège.

Le cléricalisme dont parle le pape François est apparemment différent, mais au fond il l’identifie à cette conception traditionnelle de l’Église qui fut, au cours des siècles, combattue par les gallicans, les libéraux, les franc-maçons et les modernistes. Pour réformer l’Église en la purifiant du cléricalisme, le sociologue italien Marco Marzano suggère au pape François cette feuille de route: « On pourrait, par exemple, commencer à enlever complètement le gouvernement des paroisses aux curés, en les privant de ces fonctions de gouvernement (financière et pastorale) absolu et monocratique dont ils bénéficient aujourd’hui. On pourrait, en introduisant un élément démocratique important, rendre les évêques éligibles. On pourrait, en les remplaçant par des structures de formation ouvertes et transparentes, fermer les séminaires, institutions de la contre-Réforme dans lesquels le cléricalisme comme esprit de caste est encore aujourd’hui exalté et cultivé. On pourrait surtout supprimer la règle sur laquelle se fonde principalement le cléricalisme aujourd’hui (et qui est aussi à l’origine de la très grande majorité des crimes sexuels du clergé) : le célibat obligatoire. C’est précisément la chasteté prétendue du clergé, avec tout le corollaire de la pureté, sacralité qui l’accompagne, qui fonde le principal postulat du cléricalisme » (Il Fatto quotidiano, 25 août 2018).

Qui veut supprimer le cléricalisme, veut en réalité détruire l’Église. Et si l’on entend par cléricalisme l’abus de pouvoir que le clergé exerce quand il abandonne l’esprit de l’Évangile, il n’y a pas alors de pire clérical que celui qui renonce à stigmatiser des péchés très graves comme la sodomie et cesse de rappeler que la vie chrétienne doit nécessairement mener au Ciel ou à l’Enfer.

Dans les années qui suivirent Vatican II, une grande partie du clergé a abandonné l’idéal de la Royauté sociale du Christ et accepté le postulat de la sécularisation comme un phénomène irréversible. Mais quand le Christianisme se soumet au sécularisme, le règne de Dieu se voit transformé en un règne mondain et réduit à une structure de pouvoir. A l’esprit militant, on substitue l’esprit du monde. Et c’est l’esprit du monde qui impose le silence sur le drame que vit aujourd’hui l’Église.

Source : www.robertodemattei.it/…/je-ne-dirai-pas…

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