Le monde catholique n’est pas dupe du discours de Macron

Le monde catholique n’est pas dupe du discours de Macron

Samuel Pruvot, journaliste à Famille chrétienne, a recueilli quelques réactions suite au discours du président aux Bernardins.

Un évêque anonyme :

« Je ne suis plus impressionné par ce genre de discours. Si tout était si simple, il ne faudrait pas une heure pour le dire. »

Mgr Pierre-Marie Carré, vice-président de la conférence épiscopale et archevêque de Montpellier, juste avant le discours présidentiel :

« C’était une occasion de dialoguer devant témoins et pas uniquement dans l’intimité d’une réunion à huis-clos.  Je ne sais pas ce qu’il en sortira mais c’est une manière de prendre date. Nous allons le prendre au mot ! »

Le père Stalla-Bourdillon, aumônier des parlementaires via le Service pastoral d’études politiques (SPEP) :

« On a tendu au Président une perche… et il nous en a tendu beaucoup d’autres ! Il a mis la barre assez haut, à nous d’être à son niveau. Il a appelé les catholiques à réveiller la conscience du politique. Ce n’est pas, je crois, un discours politicien. Il en va de notre rôle dans l’édification de notre corps social. Bref, ce discours est inspirant. » « Une question essentielle, c’est la capacité du Président à faire évoluer le cadre législatif tout en respectant les convictions des uns et des autres. Il a raison de rappeler que nos convictions ne peuvent s’imposer à l’ordre politique. Le discours de l’Eglise ne peut être injonctif. Cela dit, le discours du Président légitime aussi notre capacité à ne pas être toujours d’accord avec lui. Lors du quinquennat précédent, c’était autre chose… Le politique faisait et on était prié de suivre… Désormais, nous avons le droit de ne pas être d’accord et on nous demande de le dire avec des arguments en raison. Autrement dit, Emmanuel Macron assume que certaines choses puissent évoluer sur le plan législatif et que les catholiques en soient insatisfaits. Dans les relations entre l’Eglise et l’Etat, il y a un inconfort pour les deux parties. Le jour où nous serons tous confortablement installés, il y aura un problème ! »

Joseph Thouvenel vice-président de la CFTC :

« Son discours est intéressant. Mais ce qui m’irrite, c’est de voir la non-conformité entre les paroles et les actes ! Emmanuel Macron vient de faire la critique du matérialisme mais comment cela se traduit-il dans ses valeurs ? Ne fait-il pas passer le matérialisme avant la transcendance quand il fait ouvrir les grandes surfaces le dimanche ? On ne peut pas faire l’éloge des bénévoles et interdire en même temps la capacité du bénévolat !? C’est la même chose avec la bioéthique. Il a parlé de la dignité de la personne humaine mais il entend porter une législation sur le droit de donner la mort avec l’euthanasie. »

Philippe de Roux, du mouvement Refondation :

« Emmanuel Macron a été gentil avec les catholiques. Mais il ne suffit pas d’être gentil, il faut être vrai. Sur certains sujets je demeure forcément insatisfait. Il ne suffit pas de citer Mounier pour défendre la notion de personne. En politique, il y a toujours l’épreuve des faits. C’est vrai que le réel est complexe mais la question centrale reste celle de la vérité. Une injection létale de chlorure de potassium qui provoque un arrêt cardiaque, c’est une vérité concrète… Macron doit choisir : il ne peut être en permanence sur le mode du ‘en même temps’. A la fois personnaliste et individualiste. Il y a chez lui une jonction entre son libéralisme économique et son libéralisme culturel que nous devons interroger. »

Quant à l’abbé Grosjean, comme à son habitude, il appelle à la bienveillance, alors que nous sommes en plein rapport de force sur les questions cruciales de l’euthanasie et de la bioéthique :

Le discours est-il exempt de toute critique? Bien sûr que non! Plusieurs affirmations nécessiteraient d’être précisées ou discutées. Il y aurait même des objections à faire. La principale à mes yeux concerne l’affirmation selon laquelle – sur les questions éthiques – la parole de l’Église devrait être «questionnante» et non «injonctive». Bien sûr, nos prises de parole ne doivent pas empêcher le dialogue et les questions. Mais c’est aussi la mission de l’Église et des catholiques de rappeler qu’il y a des «lignes rouges» en éthique, des repères éthiques fondamentaux qui ne se questionnent pas, qui ne se négocient pas, sous peine de fragiliser ces «digues d’humanité». Quand le président du Conseil Consultatif National d’Éthique explique «qu’il ne sait pas ce qu’est le bien ou le mal» ou que «tout est relatif», c’est notre devoir d’affirmer et de défendre clairement ces repères qui protègent les plus fragiles ou les plus petits. On pourrait d’ailleurs faire remarquer à Emmanuel Macron que la France fait de même quand elle défend les droits de l’homme dans le monde. Il y a des droits qui ne se questionnent pas! La parole de la France n’est alors pas «questionnante» mais bien «injonctive». C’est sa force et son devoir. Ce sera aussi celui de l’Église.

Tout cela suffit-il à lever le doute et le soupçon? Ce discours est-il une habileté politique de plus, une stratégie d’un Président qui serait très fort pour dire à chacun ce qu’il a envie d’entendre? Ou est-ce un discours fondateur qui marque une nouvelle étape dans les relations entre l’Église et l’État, dans la reconnaissance et la prise en compte de la réflexion des catholiques et de leur engagement nécessaire comme citoyens? Cela dépend de lui et de nous. Il faut maintenant que les actes suivent: ce discours nous engage, lui et nous.

À nous, catholiques, d’être au rendez-vous de l’engagement, de façon «libre» et «intempestive» comme nous y sommes invités. À nous de ne pas rester sur le banc des remplaçants, comme le dit le Pape François, pour ne pas laisser la partie se jouer sans nous! Il se peut que nous ayons des doutes sur l’état du terrain ou le respect des règles du jeu, mais le pire serait de rester hors de ce terrain qui nous est pourtant confié. Il nous faut y être, sans complexe, humblement mais solidement, chacun selon sa vocation, ses talents, son discernement sur les moyens à prendre et la place à tenir dans le jeu.

Au Président, à son gouvernement et à sa majorité de prouver que tout cela n’était pas qu’une façon de nous faire habilement accepter de nouvelles transgressions éthiques dans quelques mois… L’attente qui peut naître d’un tel discours est forte. La déception qui pourrait en résulter serait immense et sans doute bien difficile à réparer. Les catholiques sont bienveillants et ils veulent construire, mais ils savent aussi se souvenir. En tout cas, ils partagent la certitude avec le Président que l’Église doit rester «un de ces points fixes dont notre humanité a besoin au creux de ce monde devenu oscillant, un de ces repères qui ne cèdent pas à l’humeur des temps.» Et pour cela, on pourra compter sur eux.

https://www.riposte-catholique.fr/perepiscopus/le-monde-catholique-nest-pas-dupe-du-discours-de-macron

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