Les Mystiques parlent du Ciel

Le Paradis, le Ciel, la Béatitude éternelle en Dieu
Torrent de jouissances infinies et toujours nouvelles


Les Mystiques parlent du Ciel

V. – CIEL

40. L’entrée d’un élu au paradis

Le Fils de Dieu, donnant à sainte Brigitte ses instructions, lui parla en ces termes d’un généreux chevalier qui avait pratiqué les vertus chrétiennes :  » Quand cet ami de mon cœur fut arrivé au dernier moment de sa vie et que son âme quitta son corps, cinq légions d’anges furent envoyées au-devant de lui. On entendit alors dans le ciel des voix mélodieuses qui résonnaient purement et qui disaient :  » Ô Seigneur et Père, n’est-ce pas là celui qui s’est attaché à vos volontés et qui les a parfaitement accomplies ? « Puis une voix de la part de la divinité, lui dit :  » Je t’ai créé et t’ai donné le corps et l’âme. Tu es mon fils et tu as fait la volonté de ton Père. Viens donc maintenant à ton Créateur tout-puissant et à ton Père très aimant. L’héritage éternel t’est dû, puisque tu es fils et puisque tu as été obéissant. Viens donc, ô mon doux enfant, je te recevrai avec joie et bonheur.  »

Une seconde voix, qui était celle de l’Homme-Dieu, lui dit :  » Viens à ton frère, car je me suis offert pour toi, j’ai répandu mon sang pour l’amour de toi. Viens à moi, car tu as suivi ma volonté ; viens à moi, car tu as versé sang pour sang, tu as donné vie pour vie et mort pour mort. Donc toi qui m’as suivi, viens à ma vie, à ma joie qui ne finira jamais.  »

Une troisième voix parla ainsi de la part du Saint-Esprit :  » Viens, ô mon chevalier, toi qui m’as tant désiré et en qui je me suis plu à établir mon séjour. Pour les travaux de ton corps, entre dans le repos ; en retour des tribulations de ton esprit, entre dans les consolations ineffables ; en récompense de ta charité et de tes généreux combats, entre en moi-même ;
je demeurerai en toi et tu demeureras en moi.  »

Ensuite les cinq légions d’anges firent résonner leur voix. La première disait :  » Allons au-devant de ce généreux soldat et portons devant lui ses armes ; c’est-à-dire présentons à notre Dieu la foi qu’il a gardée sans chanceler et qu’il a défendue contre ses ennemis.  »

La voix de la deuxième légion dit :  » Portons devant lui son bouclier et montrons à notre Dieu sa patience ; bien qu’elle soit connue de Dieu, elle en sera plus glorieuse par notre témoignage.  »

La troisième légion dit :  » Allons au-devant de lui et présentons à Dieu son glaive,
c’est-à-dire l’obéissance qu’il a rendue, tant dans les choses pénibles que dans les choses faciles.  »

La quatrième :  » Allons et rendons témoignage à son humilité, car l’humilité précédait et suivait toutes ses bonnes œuvres.  »

La cinquième voix dit :  » Donnons témoignage de son désir divin ; par lequel il soupirait après Dieu. A toute heure il pensait à Lui dans cœur ; il l’avait toujours en sa bouche, toujours dans ses œuvres ; il Le désirait par-dessus toutes choses ; pour l’amour de Lui, il s’est montré comme mort au monde. »

 » Voilà comment mon ami vient à moi et de quel prix il est récompensé. Et bien que tous n’aient pas répandu leur sang pour l’amour de mon nom, ils recevront néanmoins les mêmes récompenses, s’ils ont la volonté de donner leur vie pour l’amour de moi quand le temps et l’occasion s’en offriront. Vois que de biens apporte la bonne volonté.  » (Liv. II, ch. XI.)

41. Accueil fait par le Seigneur à l’âme glorifiée

Notre bon Seigneur, rapporte Julienne de Norwich, me dit : « Je te remercie de ce que tu as fait pour moi, et spécialement de ce que tu m’as consacré ta jeunesse. » Puis Dieu me montra trois degrés de béatitude au ciel pour l’âme qui l’a servi de bon cœur :
le premier, quand le Seigneur la remercie à sa sortie du purgatoire, remerciement si élevé et si glorieux qu’elle se sent comblée et suffisamment récompensée.
Le second, c’est que toute la cour céleste en est témoin, car Dieu fait connaître à tous les élus les services qu’on Lui a rendus.
Le troisième, c’est que la joie donnée à l’âme au moment où elle est ainsi remerciée doit durer toute l’éternité. (VIe Révélation, ch. XIV.)

 » Plus tu auras souffert, dit à Suzo, la Sagesse éternelle, plus tu seras reçu avec égards et dignité. Quelle joie cause cet honneur ! Combien l’âme et le cœur sont inondés de bonheur en se voyant loués et glorifiés par moi devant ton Père et toute l’armée céleste ! Je les louerai d’avoir tant souffert en cette vie, d’avoir tant combattu, d’avoir tant remporté de victoires.  »
(L’exemplaire, 2e traité, ch. XII.)

Notre-Seigneur dans l’Evangile nous déclare ainsi qu’il fera l’éloge des élus : « Venez les bénis de mon Père ; j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger, etc… – Courage, bon et fidèle serviteur, tu as été fidèle dans les petites choses. – Celui qui m’aura confessé devant les hommes, je le confesserai devant mon Père. – Alors, dit l’apôtre saint Paul, chacun recevra du Seigneur la louange qui lui sera due.  » (I Cor., IV, 5.)

42. Ce que perdent ceux qui n’ont pas d’amour

Une fois, raconte sainte Thérèse, pendant l’espace d’une heure et davantage,
Notre-Seigneur, se tenant toujours près de moi, m’avait découvert des choses merveilleuses : « Regarde, ma fille, ce que perdent ceux qui sont contre moi. Ne manque pas de le leur dire.  » (Vie, ch. XXXVIII.)

Sainte Catherine de Sienne, qui demeura morte pendant quatre heures et revint ensuite à la vie, avait vu et les peines des pécheurs dans l’autre monde et la gloire des élus.
Le Seigneur lui dit : « Tu vois de quelle gloire sont privés et de quelles peines sont punis ceux qui m’offensent. Retourne donc à eux pour leur montrer leur erreur, leur péril et le tort qu’ils se font. » (Vie, par le bienheureux Raymond, IIe part., ch. VI.)

Une parole semblable fut dite à Françoise de Bona après qu’elle eut été gratifiée
d’une connaissance très élevée de la Sainte Trinité :  » Ma fille, j’ai voulu te faire voir de quel bien se privent les pécheurs qui meurent dans leur péché.  » (Liv. III, ch. XIV.)

43. La gloire de Dieu que en Lui, en nous et en tout, c’est le ciel

Sainte Catherine de Bologne (1413-1483) eut une vision dans laquelle Notre-Seigneur lui apparut, environné d’anges et de saints, chantant ces paroles d’Isaïe (LX, 2) :
 » Et sa gloire sera vue en vous.  » Le Sauveur conduisit Catherine près de son trône et lui dit :  » Ma fille, écoutez ce chant et comprenez bien le sens de ces mots : » Et sa gloire sera vue en vous.  »  » (Petits Bollandistes, au 9 mars.)

44. Dieu tout en tous

Dans une vision, dit sainte Gertrude, où mon âme ressentait bien, dans les transports d’une joie parfaite, qu’elle était enrichie des jouissances de son Bien-Aimé, je compris le sens de ces paroles si pleines de douceur :  » Dieu sera tout en tous.  » (I Cor., XV, 28.)
Mon âme puisait, avec une avidité insatiable, ces paroles que le ciel présentait en un breuvage délicieux à l’ardeur de la soif :  » Comme je suis la figure de la substance de Dieu, mon Père, dans la divinité même, tu seras la figure de ma substance dans l’humanité et, comme l’air reçoit la clarté des rayons du soleil, de même tu recevras dans ton âme déifiée les écoulements de ma divinité : alors, pénétrée jusqu’aux moelles des rayons de ma lumière, tu deviendras capable d’une union plus familière avec moi.  » (Liv. II, ch. VI.)

Pendant que saint Paul de la Croix, méditant sur les fins dernières, considérait les joies du paradis, il entendit le Seigneur lui dire :  » Mon fils, au ciel, le bienheureux ne sera pas uni à moi comme un ami l’est à son ami, mais comme le fer pénétré par le feu.  » (Vie, ch. IV.)

45. Dieu au ciel aime à être loué dans ses élus

Après la mort de sainte Mechtilde, Gertrude vit trois rayons qui partaient du cœur de Dieu et passaient par l’âme de sa sainte amie pour se diriger sur tous les saints qui, en étant tout illuminés et réjouis, se mirent à louer pour elle le Seigneur, disant : » Nous vous louons pour la ravissante beauté de votre épouse, pour l’aimable complaisance que vous prenez en elle, pour l’union parfaite qui l’a faite une avec vous.  » Et comme Gertrude voyait que le Seigneur prenait un grand plaisir à ces louanges, elle lui dit : » Pourquoi, mon Seigneur, prenez-vous un si grand plaisir en cette âme ?  » Il répondit :  » Parce que, en sa vie, elle désirait par-dessus tout de me voir loué ; elle a conservé ce désir et je veux la rassasier de ma louange incessante.  » (VIIe part., ch. XVI.).

46. Nos bonnes œuvres au ciel chantent la louange de Dieu

La sœur Mechtilde avait un frère nommé Baudouin qui était dominicain. Le Seigneur,
lui parlant de ce frère, qui était fort vertueux et zélé, lui dit :  » J’ai appris et j’ai vu tous les travaux qu’il supporte, les lectures qu’il fait et les livres qu’il écrit : tout ce qu’il fait chantera un chant d’amour à ma louange devant ma famille éternelle et dira : Dieu grand, éternel, fort, admirable, alléluia ! Et j’exalterai sa tête et toutes ses forces, comme je l’ai fait pour toi,
non seulement dans l’ordre de la nature, mais encore dans celui de la grâce.  » (Liv. II, ch. XXI.).

47. Comment le Christ a été glorifié dans son corps

Mechtilde priant le Seigneur de rendre grâces à Dieu de sa résurrection future, Il lui dit :  » Je le fais présentement pour toi et pour chacun des miens, aussi volontiers que pour
moi-même, parce que je considère la gloire de mes membres comme la mienne elle-même,
et l’honneur qui leur est rendu comme rendu à moi-même. L’âme pour laquelle j’acquitte ainsi ces louanges et ces actions de grâces, tandis qu’elle est encore sur la terre, en recevra une grande joie dans les cieux.  » Et, comme Mechtilde cherchait en elle-même ce qu’avait été la glorification de l’humanité du Christ lors de sa résurrection, le Seigneur lui dit : « La glorification de mon corps a consisté en ceci, que Dieu le Père m’a donné tout pouvoir au ciel et sur la terre, en sorte que je fusse tout-puissant dans l’humanité comme dans la divinité, pour récompenser, élever et combler mes amis des témoignages de mon amour, selon toute la générosité de mes désirs. La glorification de mes yeux et de mes oreilles m’a donné de pouvoir pénétrer jusqu’au fond de tous les besoins et dans toutes les tribulations de mes fidèles, entendre et exaucer leurs vœux et leurs prières. Tout mon corps a aussi reçu cette gloire, que je puis être partout en l’humanité comme j’y suis en la divinité avec tous et chacun de mes amis, partout où je veux ; ce qu’aucun autre, si puissant qu’il soit, n’a jamais pu et ne pourra jamais.  » (Ire part., ch. XIX ; éd. Lat., p. 67.)

48. La mesure de l’amour méritoire est la mesure

de l’amour béatifié

Ecoutons Dieu disant à sainte Catherine de Sienne :  » l’âme juste qui termine sa vie dans la charité est éternellement liée à l’amour. Elle ne peut plus croître en vertu parce que le temps est passé, mais elle peut toujours aimer avec l’ardeur qu’elle a eue pour venir à moi,
et c’est cette ardeur qui est la mesure de sa félicité. Toujours elle me désire, et son désir n’est pas trompé ; toujours elle aime, toujours elle me possède : elle a faim et elle est rassasiée,
elle est rassasiée et elle a faim, sans jamais éprouver l’ennui de la satiété ni la peine de la faim.

Les élus de l’amour jouissent de mon éternelle vision ; ils participent au bien que j’ai moi-même, chacun selon sa mesure, et cette mesure est l’amour qu’ils avaient en venant à moi. Parce qu’ils ont eu ma charité et celle du prochain, et qu’ils sont unis ensemble par une charité générale et particulière qui vient du même principe, ils jouissent et participent, par la charité, au bien de chacun, et ce bonheur s’ajoute au bonheur universel qu’ils ont tous ensemble ; ils jouissent avec les anges, parmi lesquels les saints sont placés, selon les différentes vertus qu’ils ont eues dans le monde avant d’être unis ici dans les liens de l’éternelle charité.  » (Dialogue, ch. XLI.)

49. Participation au bonheur

de ceux que nous avons le plus aimés sur la terre

 » Ils participent surtout, d’une manière particulière, au bonheur de ceux qu’ils aimaient plus étroitement sur la terre. Cet amour était un moyen d’augmenter en eux la vertu :
ils étaient les uns pour les autres des occasions de glorifier mon nom en eux et dans leur prochain et comme l’amour qui les unissait n’est pas détruit dans le ciel, ils en jouissent avec plus d’abondance, et cet amour augmente leur bonheur.

Ne crois pas que les élus jouissent seuls de leur bonheur particulier ; il est partagé par tous les habitants du ciel, par les anges et par mes enfants bien-aimés. Dès qu’une âme parvient à la vie éternelle, tous participent au bonheur de cette âme, cette âme participe au bonheur de tous ; la coupe de leur bonheur ne s’agrandit pas et elle n’a pas besoin d’être remplie, car elle est pleine et ne peut plus dilater ses bords ; mais leur joie, leur félicité,
leur ivresse s’augmentent à la vue de cette âme ; ils voient que ma miséricorde l’a sauvée de la terre par la plénitude de la grâce et ils se réjouissent en moi du bonheur que cette âme a reçu de ma bonté. Cette âme est heureuse en moi, dans les âmes et dans les esprits bienheureux, parce qu’elle voit et goûte en eux la bonté et la douceur de ma charité.  » (Dialogue, ch. XLI.)

50. Les élus embrasés de charité ont soif du salut des âmes

 » Les désirs des élus s’élèvent toujours vers moi pour le salut du monde ; leur vie a fini dans l’amour du prochain et cet amour ne les a pas quittés ; ils ont passé avec lui par la porte de mon Fils bien-aimé, en prenant le moyen dont je te parlerai bientôt. Remarque qu’ils conservent et conserveront ce lien de l’amour que n’a pas brisé la mort.  » (Ibid.)

51. Union parfaite à la volonté de Dieu

 » Ils sont unis à ma volonté et ils ne peuvent vouloir que ce que je veux, parce que leur libre arbitre est enchaîné par la charité, de sorte que la créature raisonnable qui se sépare du temps et meurt en état de grâce, ne peut plus pécher. Sa volonté est si unie à la mienne
qu’en voyant un père, une mère, un fils dans l’enfer, elle ne peut en souffrir ; elle est même heureuse de les voir punis, parce que ce sont mes ennemis ; elle ne peut être en désaccord avec moi en la moindre chose, et tous ses désirs sont satisfaits.  » (Dialogue, ch. XLI.)

52. Désir des élus toujours rassasiés

 » Le désir des bienheureux est de me voir honoré en vous, pèlerins voyageurs, qui précipitez sans cesse vos pas vers la mort. Le désir de ma gloire leur fait désirer votre salut, qu’ils me demandent toujours pour vous. Je satisfais à ce désir, pourvu que dans votre aveuglement vous ne résistiez pas à ma miséricorde. Ils désirent aussi avoir la récompense de leur corps, et ce désir n’est pas une peine, quoiqu’il ne soit pas satisfait sur-le-champ, parce qu’ils jouissent de la certitude qu’il le sera un jour ; et ils ne souffrent pas d’attendre, car rien ne manque à leur félicité.  » (Dialogue, ch. XLI.)

 » Le bonheur principal des bienheureux est d’avoir leur volonté pleine de ce qu’ils désirent ; en me désirant ils me possèdent et me goûtent sans aucun obstacle, car ils ont laissé le poids de leur corps, qui était une force opposée à l’esprit… Quand l’âme est délivrée du corps, sa volonté est satisfaite, elle désirait me voir, elle me voit, et cette vision fait sa béatitude. Qui me voit me connaît ; qui me connaît m’aime et qui m’aime me possède, moi,
le Bien suprême. Cette possession apaise et remplit sa volonté, elle comble le désir qu’il avait de me voir et de me connaître.  » (Dialogue, ch. XLV.)

53. Gloire et béatitude du corps

 » Ne crois pas que la béatitude du corps après la résurrection ajoute à la béatitude de l’âme ; car il s’ensuivrait que tant qu’elle n’aurait pas son corps l’âme n’aurait qu’une béatitude imparfaite, ce qui ne peut être, parce que rien ne manque à sa perfection.
Ce n’est pas le corps qui donne la béatitude à l’âme, mais c’est l’âme qui donne la béatitude au corps ; elle l’enrichira de son abondance, lorsqu’au jour du jugement elle se revêtira de la chair dont elle s’était séparée.

Comme l’âme est de venue immortelle et immuable en moi, ainsi le corps, par l’union avec elle, deviendra immortel ; il perdra sa pesanteur, il sera subtil et léger. Le corps glorifié passera à travers tous les obstacles et ne craindra ni l’eau ni le feu : non par sa vertu, mais par la vertu de l’âme, qui est un privilège de grâce, à elle accordé par l’amour ineffable qui me
l’a fait créer à mon image et à ma ressemblance. Non, l’œil de ton intelligence ne peut voir, l’oreille entendre, la langue raconter et le cœur comprendre la félicité des bienheureux.

Quel bonheur ils ont de me voir, moi qui suis le souverain bien ! Quel bonheur ils auront quand leur corps sera glorifié ! Ils n’en jouiront qu’au jugement dernier, mais ils ne souffrent pas d’attendre, parce que rien ne manque à la béatitude dont l’âme déborde et qu’elle épanchera sur son corps.  » (Dialogue, ch. XLI.)

54. La communion céleste ou l’union délicieuse des corps glorieux

au corps glorifié de Notre-Seigneur Jésus-Christ

 » Que te dire de cette joie ineffable des corps dans l’humanité de mon Fils unique,
qui vous a donné la certitude de votre résurrection ! Ils tressailliront dans ses plaies, qui sont restées fraîches et ouvertes sur son corps, afin de crier sans cesse miséricorde pour vous vers moi, le Père éternel et souverain, et tous seront conformes à Lui dans la joie et l’allégresse. Oui, par vos yeux, vos mains, votre corps tout entier, vous serez unis aux yeux, aux mains,
au corps de l’aimable Verbe, mon Fils bien-aimé. Etant en moi, vous serez en Lui, parce qu’il est une même chose avec moi.  » (Dialogue, ch. XLI.)

55. Toujours avides et toujours rassasiés

 » Quand l’âme est séparée de son corps, son désir est rempli et l’amour est sans peine. L’âme alors est rassasiée, mais elle l’est sans dégoût, parce qu’étant rassasiée elle a toujours faim, sans avoir la peine de la faim ; elle déborde d’une félicité parfaite et elle ne peut rien désirer sans l’avoir. Elle désire me voir et elle me voit face à face ; elle désire voir la gloire de mon nom dans mes saints et elle la voit dans la nature angélique et dans la nature humaine.  » (Dialogue, ch. XLI.)

56. Les élus voient reluire la gloire de Dieu sur la terre

et même dans les enfers

 » La vue de l’âme bienheureuse est si parfaite, qu’elle voit la gloire et l’honneur de mon nom, non seulement, dans les habitants du ciel, mais encore dans ceux de la terre.
Qu’il le veuille ou non, le monde me rend gloire. Il est vrai qu’il ne le fait pas comme il le devrait, en m’aimant par-dessus toute chose ; mais moi je trouve dans les hommes la louange et la gloire de mon nom, puisqu’en eux brillent ma miséricorde et la grandeur de ma charité.

Je leur laisse le temps et je ne commande pas à la terre de les engloutir pour leurs fautes ; je les attends, au contraire, et je dis à la terre de leur donner ses fruits, au soleil de les éclairer et de les échauffer de ses rayons, je conserve au ciel la régularité de ses mouvements,
et je répands ma miséricordieuse bonté sur toutes les choses qui sont faites pour eux.
Non seulement je ne les leur retire pas à cause de leurs fautes, mais encore je les donne au pécheur comme au juste, et même souvent plus au pécheur qu’au juste, parce que le juste peut souffrir et que je le prive des biens de la terre pour lui donner plus abondamment les biens du ciel. Ainsi ma miséricorde et ma charité brillent sur eux.

Quelquefois, les persécutions que les serviteurs du monde font supporter à mes serviteurs éprouvent leur patience et leur charité ; elles ne servent qu’à me faire offrir par eux d’humbles et continuelles prières : elles tournent ainsi à la gloire et à l’honneur de mon nom ;
qu’il le veuille ou non, le méchant sauve ma gloire, même par ce qu’il fait pour m’offenser. (Dialogue, ch. LXXX.)

De même que les pécheurs servent dans la vie à augmenter les vertus de mes serviteurs, de même les démons dans l’enfer sont les bourreaux et les ministres de ma justice sur les damnés. Ils servent aussi mes créatures qui, dans leur pèlerinage terrestre, désirent arriver à moi, leur fin. Ils les servent en exerçant leur vertu par des attaques et des tentations de toute sorte, en les exposant aux injures et aux injustices des autres, afin de leur faire perdre la charité ; mais en voulant dépouiller mes serviteurs, ils les enrichissent en exerçant leur patience, leur force et leur persévérance. De cette manière ils rendent gloire et honneur à mon nom.  » (Dialogue, ch. LXXXXI.)

57. La vue des péchés cause de la compassion,

mais non de la tristesse dans le cœur des élus

 » L’âme, au ciel, voit l’offense qui m’est faite ; elle ne peut plus, comme autrefois, en ressentir de la douleur, elle en éprouve seulement de la compassion ; elle aime sans peine et prie toujours avec charité pour que je fasse miséricorde au monde. En elle la peine est passée, mais non la charité. Le Verbe, mon Fils, vit finir, dans la mort douloureuse de la croix,
la peine du désir de votre salut qui le tourmentait, mais le désir de votre salut n’a pas cessé avec la peine.

De même les saints, qui ont la vie éternelle, conservent le désir du salut des âmes,
mais sans en avoir la peine ; la peine s’est éteinte dans leur mort, mais non l’ardeur de la charité. Ils sont comme enivrés du sang de l’Agneau sans tache et revêtus de la charité du prochain. Ils ont passé par la porte étroite, tout inondés du sang de Jésus crucifié,
et ils se trouvent, en moi, l’océan de la paix, délivrés de l’imperfection, c’est-à-dire de la peine du désir, car ils sont arrivés à cette perfection où ils sont rassasiés de tout bien.  » (Dialogue, ch. LXXXII.)

La bienheureuse Osanne de Mantoue fur ravie, à l’âge de douze ans, dans le ciel, où il lui fut donné de contempler la splendeur des saints. Ce spectacle embrasa son cœur d’un tel amour qu’elle eût souhaité ne plus revenir sur la terre. Le Tout-Puissant lui dit :  » J’ai voulu, ma fille bien-aimée, te faire entrevoir la gloire des vierges et des martyrs, afin que le souvenir de cette incomparable félicité te préserve de toute souillure et te rende fidèle et diligente dans mon service.  »

58. L’âme immergée dans la joie céleste

Dieu le Père donna à sainte Marie-Madeleine de Pazzi cette instruction sur le bonheur du ciel :  » Vois, ma fille, la différence qui existe entre un homme qui boit un verre d’eau et un autre qui se baigne dans la mer. On dit du premier que l’eau entre en lui, parce qu’elle passe de sa bouche dans son estomac pour le rafraîchir ; mais on dit du second qu’il entre dans la mer, parce que la quantité d’eau qui la compose est si grande que des armées entières peuvent y entrer et s’y perdre sans qu’il en reste le moindre vestige. Ainsi en est-il de l’âme.
Les consolations qu’elle reçoit en ce monde ne font qu’entrer en elle, comme l’eau dans un vase très étroit, en sorte qu’elle ne peut les recevoir que dans une mesure fort bornée.
C’est ce qui faisait dire à une de ces âmes, comblée de douceurs, en déplorant la petitesse de son vase qui ne pouvait en contenir autant qu’elle aurait voulu :  » Assez, Seigneur, assez.  » Dans le ciel, au contraire, on entre dans la joie de son maître, on se plonge dans un océan sans fond de douceurs et de consolations ineffables, c’est-à-dire en Dieu même, qui sera tout en tous. Au-dedans de vous, en dehors de vous, au-dessus de vous, autour de vous, devant vous et derrière vous, tout sera joie, allégresse, douceurs et consolations, parce que de tous côtés vous trouverez Dieu. Erit Deus omnia in omnibus. «  (Ire part., ch. XXII.)

59. Dieu se complait dans ses élus et les élus

se complaisent en Dieu

 » Dans le ciel, a dit encore à la même sainte le Père éternel, les âmes bienheureuses ne cessent de se réjouir dans la complaisance de mon Essence divine. Elles trouvent dans cette complaisance un plaisir inénarrable et une grande gloire, ce qui fait que je me complais aussi grandement en elles ; et cette complaisance réciproque de moi en elles et d’elles en moi produit dans les anges d’ineffables transports d’allégresse et fait le bonheur de tout le paradis.  » (IVe part., ch. XIII.)

60. Douceurs correspondantes aux douleurs de l’exil

Le Seigneur dit à Gertrude au sujet d’une élue :  » Parce que sa plus grande douleur a été dans son bras, elle me tient embrassé avec une si grande gloire de béatitude qu’elle désire avoir souffert cent fois davantage.  » (Liv. V, ch. III.)

 » Je te laisse plus longtemps sur la terre, dit le Sauveur à Gertrude-Marie, pour te rendre plus heureuse au paradis. Tu cherches à me faire plaisir, à me glorifier ; je te glorifierai un jour.  » (30 octobre 1907.)

Un jour, après la communion, raconte Marie-Aimée, Notre-Seigneur me montra qu’on verrait un jour dans les âmes toutes les pensées de leur vie, leurs sentiments, affections et intentions. (Vie, ch. XVIII.)

61. Chaque genre d’œuvre vertueuse

aura une récompense particulière

Le Seigneur donna un jour à sainte Gertrude cette instruction :  » Comme le corps se compose de plusieurs membres, unis entre eux, ainsi l’âme est constituée de diverses affections, telles que la crainte, la douleur, la joie, l’amour, l’espérance, la haine, la pudeur. Selon que l’homme se sera exercé pour ma gloire en chacune de ces affections, autant il trouvera en moi de joies ineffables et inestimables. A la résurrection, lorsque ce corps mortel revêtira l’incorruptibilité, chaque membre recevra une récompense spéciale pour chacune des œuvres qu’il aura accomplies, et pour chacun des exercices pratiqués en mon nom et pour mon amour. Mais l’âme recevra une bien plus noble récompense pour chacun des mouvements de sainte affection, qui l’auront pour mon amour émue ou pénétrée de componction.  » (Liv. III, ch. LXIX.)

Un jour de Toussaint, sainte Gertrude eut la vision du ciel. Puis le Seigneur lui montra répandus et mêlés parmi les saints du ciel tous les fidèles militant encore sur la terre chacun selon ses mérites. Par exemple ceux qui vivant honnêtement dans le mariage s’exercent aux bonnes œuvres dans la crainte de Dieu paraissaient adjoints aux saints patriarches.
Ceux qui méritent de connaître les secrets de Dieu semblaient réunis aux prophètes.
Ceux qui s’adonnent à la prédication et à l’enseignement de la sainte doctrine étaient réunis aux apôtres, et ainsi des autres. Elle vit aussi que les martyrs avaient dans leurs rangs les religieux qui vivent sous l’obéissance. Les saints martyrs recevaient dans la partie de leur corps où ils ont souffert pour le Seigneur un éclat spécial et une délectation d’une puissance inappréciable. De même les religieux pour toutes les délicatesses qu’ils se sont refusées dans les sens de la vue, du goût, de l’ouïe, dans la promenade ou la conversation ou pour autres semblables sacrifices, ont au ciel la même récompense que les martyrs. (Liv. IV, ch. LV.)

62.  » Les justes brilleront comme le soleil

dans le royaume de mon Père  » (Matth., XIII, 45)

Paroles du Seigneur à sainte Mechtilde :  » en sa résurrection, le corps sera sept fois plus brillant que le soleil, et l’âme sept fois plus brillante que le corps, qu’elle reprendra comme un vêtement, répandant la lumière dans tous ses membres comme le soleil dans un cristal.
Et moi je pénétrerai toutes les parties les plus intimes de l’âme d’une lumière ineffable et ainsi brilleront-ils dans le séjour céleste, corps et âme, à jamais.  » (Ve part., ch. XIV.)

63. Les élus dans les chœurs des anges

 » Tu m’as prié pour Gilia, dit le Seigneur à Marguerite de Cortone, par amour pour toi et pour ses œuvres vertueuses je la placerai au paradis dans l’ordre des chérubins.  »
(Ch. VIII, § 6.) Et quelques temps après :  » Réjouis-toi aujourd’hui avec le frère Giunta (franciscain, confesseur de la sainte pénitente et auteur de sa Vie) de voir sa chère fille Gilia admise, selon ma promesse, dans le chœur des chérubins.  » (Ch. IX, § 31.) Gilia était une amie intime de la sainte pénitente. Le Seigneur dit un jour à celle-ci :  » Tu sais que Joannellus et Gilia, ta compagne, ont voulu, pour imiter ta vie pénitente, mortifier leur corps à l’excès et ont ainsi abrégé leur vie.  » (Ch. X, § 14.) Comme Marguerite priait pour Gilia qui venait de mourir, un ange lui dit :  » Elle sera pour un mois en purgatoire, elle n’y souffrira que des peines légères, pour s’être laissée aller à la colère par excès de zèle.  » Le Seigneur envoya quatre anges pour la délivrer du purgatoire. (Ch. IX, §§ 30 et 31.)

64. Chaque élu jouit du bonheur de tous

 » Dans le ciel, ma fille, dit à sainte Marie-Madeleine de Pazzi le Père éternel,
chaque bienheureux ne se réjouit pas moins de la gloire des autres que de la sienne propre, parce que l’amour, comme tu le sais, met tout en commun, et que le ciel est la demeure du sincère et parfait amour. Je dirai plus : la perfection de cet amour est si grande qu’une âme,
en voyant une autre revêtue d’une gloire plus éclatante qu’elle-même parce qu’elle a eu sur terre une plus grande charité, se réjouit plus de cette gloire étrangère que de la sienne propre. Ainsi s’augmente la gloire de chaque âme bienheureuse, à mesure que sa charité se dilate, puisqu’elle participe à la gloire de toutes les autres ainsi qu’à celle des anges et de tous les esprits glorifiés par moi dans le ciel. Vois, ma fille, quel abîme de gloire.  »
(Ire part., ch. XXIII.)

Le Seigneur dit à Mechtilde :  » loue ma bonté dans les saints, que j’ai gratifiés d’une telle béatitude, qu’ils abondent de tous biens, non seulement en eux-mêmes, mais la joie de l’un s’accroît de la joie de l’autre, au point qu’il se réjouit plus de son bonheur qu’une mère de l’élévation de son fils unique, ou qu’un père du triomphe et de la gloire de son fils. Ainsi chacun d’eux jouit des mérites particuliers de tous dans une douce charité.  »
(Ire part., ch. XXIV.)

http://jesusmarie.free.fr/ciel.html

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