Le PAPE DICTATEUR par Marc-Antoine Colonna -21-


Le PAPE DICTATEUR par Marc-Antoine Colonna -21-

La Vieille Garde

L’opposition au Cardinal Pell a été dirigée par quatre cardinaux qui ne s’intéressent pas seulement à retarder la réforme financière, mais aussi à remettre les structures du Vatican dans la position antérieure à l’apparition de Pell. Nous pouvons commencer par le Cardinal Domenico Calcagno, qui est président de l’APSA depuis 2011 et qui est le plus scandaleux des quatre. Gianluigi Nuzzi, dans l’un de ses commentaires les plus éloquents, décrit Calcagno comme « le prélat intrigant et savant connaisseur des secrets de la Curie » (73). Avant d’être nommé à la Curie, Calcagno avait été Évêque de Savone, où entre 2002 et 2003 il a ignoré les cas répétés de violences sexuelles contre des mineurs par un de ses prêtres, le déplaçant simplement dans une autre paroisse. Ce qui est encore plus choquant, c’est que Calcagno fait toujours l’objet d’une enquête pour des transactions immobilières qui ont nui aux finances du diocèse (74). C’est un constat, sous le pontificat de François, que ce passé n’est pas jugé incompatible avec la tenue de l’un des postes financiers clés au Vatican.

Giuseppe Versaldi, Président de la Préfecture des Affaires Économiques de 2011 à 2015, est un autre cardinal qui, à première vue, semble avoir disparu du champ financier. En 2014, le Cardinal Versaldi a été surpris, dans un appel téléphonique intercepté, informant le chef de l’hôpital Bambino Gesù du Vatican de ne pas faire savoir au Pape que 30 millions d’euros des fonds de l’hôpital avaient été détournés(75). La réponse à cette découverte, un an après sous le pontificat du Pape François, fut d’une légèreté révélatrice. Le Cardinal Versaldi a perdu la Préfecture des Affaires Économiques mais a été récompensé en étant nommé Préfet de la Congrégation pour l’Éducation Catholique, poste qu’il occupe encore aujourd’hui. De là, il entretient des relations constantes avec le Cardinal Calcagno et ne ménage aucun effort pour récupérer son ancien pouvoir.

Le troisième cardinal à remarquer est Giuseppe Bertello, Président du Gouvernorat de l’État de la Cité du Vatican, dont le manque d’enthousiasme pour la transparence a été constaté dès les premières étapes des efforts de réforme. Gianluigi Nuzzi décrit les réponses obstruantes que lui et son Secrétaire Général ont données fin 2013 aux demandes d’informations financières formulées par la Commission pour la réforme(76). Ce que Calcagno, Versaldi et Bertello ont en commun, c’est qu’ils ont tous été amenés au Vatican par le Cardinal Bertone lorsqu’il était Secrétaire d’État. Cette association a été jugée toxique dans les premières étapes du pontificat de François, et on a supposé que leurs têtes allaient bientôt rouler. En fait, ils sont toujours au pouvoir et ont fait preuve d’une résistance extraordinaire.

Au-dessus de ces trois derniers se trouve le Secrétaire d’État, le Cardinal Pietro Parolin. Sa résistance au nouveau régime de transparence prétendument introduit par le Pape François a été bien documentée par Gianluigi Nuzzi (77), mais sa principale caractéristique est sa détermination à ne pas abandonner une once de son énorme pouvoir. Dans cette cause, il a immédiatement identifié le Cardinal Pell comme l’ennemi principal, et il s’est consacré au cours des trois dernières années à retarder ses efforts de réforme et à réduire son pouvoir. En cela, le Pape François lui a donné la main libre, lui accordant à maintes reprises ses demandes pour qu’il se débarrasse de la nouvelle structure financière qui semblait avoir été mise en place en 2014.

Il convient de noter qu’aucun des quatre cardinaux mentionnés ne peut être considéré comme représentant une caste curialiste vouée à la préservation du contrôle contre un pape réformateur. Tous sont arrivés à leurs postes assez récemment, les Cardinaux Calcagno, Versaldi et Bertello ayant été installés par le Secrétaire d’État Bertone la même année, 2011, tandis que le Cardinal Parolin a été nommé par le Pape François lui-même en 2013. Ce pour quoi ils se battent, ce n’est pas pour un système de gouvernement traditionnel, mais pour un système qui a pris sa forme actuelle, avec tous ses abus, à une époque très récente.


(73) Nuzzi, « Merchants in the Temple » (Les Marchands du Temple), p.113. Les linguistes peuvent être intéressés à noter que « calcagno » signifie en italien « talon ».

(74) Article dans « Lettera 43 » du 21 mai 2017 de Francesco Peloso : « Vaticano, la guerra tra dicasteri finanziari frena la riforma del papa » (Vatican, la guerre entre les services financiers freine la réforme du pape). Peloso écrit : « Le cardinal Calcagno est resté à la tête de l’APSA, sous enquête pour des activités immobilières qui finissent par endommager les caisses du diocèse. Pourtant, il est toujours à sa place. »

(75) Agenza Nazionale Stampa Associata, 20 juin 2015 : Nina Fabrizio et Fausto Gasparroni, « Crac Divina Provvidenza : spunta cardinale Versaldi : ’Tacere al Papa 30 milioni sull’ Idi. » Ce type de malversation n’était pas nouveau : deux ans plus tôt, 400 000 euros avaient été détournés des fonds du Bambino Gesù pour rénover l’appartement du Cardinal Bertone, alors Secrétaire d’État (cf. note 85 ci-dessous).

(76) Nuzzi, op. cit., p.81. [Via Crucis p.107]

(77) Nuzzi, op. cit., pp.53-54 et 169-170. [Via Crucis p.70-71 et 218-220.]

(traduit de l’anglais : The Dictator Pope (Marcantonio Colonna) )

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