Cardinal Gerhard Ludwig Müller

Fin décembre dernier, le magazine allemand “Die Zeit” a interrogé le Cardinal Gerhard Ludwig Müller. Quelques passages-clés :

Die Zeit : Que répondez-vous à ceux qui insultent le Pape François en le traitant d’hérétique ?

Card. Müller : L’hérétique est un Catholique qui, avec obstination, nie une des vérités de foi contenue dans la révélation et imposée par l’autorité de l’Église. Ce point devrait être strictement vérifié. En ce qui concerne les critiques du Pape : on n’attend d’aucun Catholique qu’il approuve toutes les déclarations, les mesures et le style des responsables de l’Église. A l’inverse, pour ceux qui critiquent ceux qui critiquent : celui qui vénère un haut dignitaire de l’Église comme une popstar n’a rien compris à la véritable nature de l’autorité dans l’Église.

Toute espèce de culte de la personnalité ne pourrait être qu’une méchante caricature de la sympathie naturelle que tout Catholique doit avoir pour le Pape. Et d’ailleurs aussi pour son Évêque et pour le curé de sa paroisse. Die Zeit : L’image que vous avez en Allemagne (…) d’adversaire des réformes vous dérange-t-elle ?

Card. Müller : Par réforme j’entends le renouvellement religieux et spirituel de l’Église dans le Christ et non pas la réalisation d’un programme, à force d’agitation plutôt que d’arguments.

Die Zeit : Votre carrière académique a commencé par une dissertation sur un héros protestant, Dietrich Bonhoeffer. Qu’avez-vous appris de lui ?

Card. Müller : Je cite ce que Bonhoeffer lui-même disait en 1943 du national-socialisme, à savoir que : « Tout grand déploiement extérieur de puissance, qu’il soit de nature politique ou religieuse, frappe de stupidité une grande partie de l’humanité ».

Ce qui compte, ce n’est pas d’emboîter le pas à la majorité, mais d’être à l’unisson de la vérité. C’est là l’attitude du Chrétien.

Die Zeit : (…) Un mot à présent sur “l’arrogance de la créature”, si vous voulez bien ?

Card. Müller : Par cette expression, je vise la théorie philosophique selon laquelle l’homme serait incapable de connaître la vérité, raison pour laquelle il ne pourrait y avoir de témoignage légitime de la vérité de la révélation de Dieu. La foi, dans cette hypothèse, ne peut être qu’imposture ou illusion. Toute prétention à la vérité d’une religion révélée serait à priori une idéologie de domination et une blessure infligée à la liberté de tous ceux qui ne croient pas. Je m’inscris en faux contre cela ! Les sceptiques métaphysiques ne peuvent prétendre à la vérité de leurs prémisses sans se mettre en contradiction avec eux-mêmes. Leur scepticisme ne leur donne pas le droit d’accuser les croyants de fondamentalisme et de leur attribuer, en bloc, une propension latente à la violence.

Die Zeit : Puisque nous parlons de violence… Nous faisons actuellement l’expérience que, dans les pays plutôt marqués par le laïcisme, règne la liberté religieuse et qu’en revanche, les pays où l’empreinte de la foi est forte connaissent des troubles, notamment dans le monde musulman. L’Église doit-elle en tirer la conclusion : mieux vaut un peu moins de piété, mais la paix ?

Card. Müller : Les Chrétiens ont eu, dans l’ancien empire romain, de mauvaises expériences avec le pluralisme religieux pacifique. Et que la liberté religieuse soit mieux garantie dans les pays fortement laïcisés me semble relever du “on dit”. Il y a trop d’exemples du contraire. Il suffit de penser à la révolution française et aux batailles culturelles anticléricales du XIXe siècle, en Prusse et en Italie. Ou encore aux dictatures athées en Allemagne, en Union Soviétique, en Albanie, en Corée du Nord.

Ce n’est pas l’attitude laïciste des puissants, mais plutôt la reconnaissance générale des droits fondamentaux dans une démocratie libre qui garantit la liberté religieuse.

Die Zeit : A la fin de l’année [2017], vous fêterez vos 70 ans. Le Pape Benoît vous a félicité. Le voyez-vous encore souvent ?

Card. Müller : Régulièrement, et aussi souvent que sa santé le permet. J’édite ses œuvres complètes en 16 volumes chez Herder. Il y a donc beaucoup à discuter ensemble.

Die Zeit : Vous était-il plus facile d’être préfet sous le pontificat de Benoît XVI ou sous celui de François ?

Card. Müller : Le premier m’a appelé à cette charge et le second a mis un terme à mon mandat.

Die Zeit : Depuis bientôt six mois, vous n’êtes plus préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi. Quel point positif voyez-vous au fait de ne plus occuper une telle position de pouvoir ?

Card. Müller : Le concept de pouvoir est ambivalent. Dans la position d’autorité ecclésiale ou profane, le pouvoir est la possibilité de soutenir les autres et de bien conduire une communauté. Mais nous savons aussi que les puissants abusent de leur pouvoir sur les hommes. Jésus à dit à ses disciples : « Parmi vous il ne doit pas en être ainsi » (Matthieu 20, 26). Remplir sa tâche et son devoir à l’égard de l’Église est autre chose que suivre la logique du pouvoir dans le mauvais sens du terme.

Pro-liturgia

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