Bébés sur mesure – ARTE

 

Documentaire « Bébés sur mesure », sur la PMA, GPA, etc… réalisé par Thierry Robert, diffusé sur Arte en octobre 2017.

« Science sans conscience n’est que ruine de l’âme », écrivait Rabelais dans Gargantua.
Plus le temps passe et plus on a le sentiment que la science croît de façon inversement proportionnelle à la conscience.

Un documentaire aussi passionnant qu’inquiétant intitulé Bébés sur mesure (91 minutes), réalisé par Thierry Robert, a été diffusé sur Arte le 10 octobre. Il décrit de façon chronologique, en faisant intervenir une foule de témoins et acteurs du secteur médical, ainsi que des parents et des mères porteuses, l’évolution de la technique de procréation.

En 1978, le premier bébé-éprouvette, Louise Brown, voyait le jour au Royaume-Uni, suscitant un torrent de polémiques. En France, ce fut Amandine, en 1982. Moins de quarante ans plus tard, la fécondation in vitro (FIV) représente 3 % des naissances dans les pays occidentaux, et trois pour mille ailleurs dans le monde.

Le marché de la procréation médicalement assistée avoisinera les vingt milliards de dollars en 2020. Pour assouvir leur désir d’enfant, les couples stériles, homosexuels ou atteints de maladies héréditaires se tournent vers la procréation médicalement assistée, voire la gestation pour autrui. Les fictions imaginées par Huxley ou le cinéaste Andrew Niccol dans Bienvenue à Gattaca seraient-elles en train de prendre vie à une vitesse que nul n’aurait pu soupçonner ? L’eugénisme semble petit à petit gagner toutes les sphères du champ de la procréation, avec toujours le même motif : la joie de contribuer à donner à quelqu’un l’enfant tant désiré.

Il est désormais possible de choisir le sexe de son enfant, et jusqu’à la couleur de ses yeux, en opérant une sélection des embryons avant l’implantation. En 2015, le Parlement britannique a donné son feu vert à la mise en œuvre du protocole des bébés à trois ADN, provenant de trois parents, pour lutter contre une maladie génétique touchant les mitochondries.

Un monde techniciste à 100%.

On trouve au Danemark la plus grande banque de sperme au monde, et celui-ci sert à répondre à tous types de demandes.

C’est un nouveau marché. Il y a un catalogue en ligne et les demandeurs font défiler les profils des donneurs en scrutant toutes leurs caractéristiques, taille poids, âge, voix et même parfois QI, ainsi que leur écriture manuscrite afin de cerner leur personnalité. 25 000 à 35 000 échantillons reposent dans de l’azote liquide à basse température. Selon la qualité du sperme, l’acheteur déboursera de quarante à mille euros.

En gage de qualité, seuls 10 % des candidats donneurs sont sélectionnés. « La crème de la crème », insiste un scientifique qui y travaille. « C’est un marché : il y a l’offre, et la demande. » Tout est très simple. Le sperme est envoyé à domicile par courrier UPS, avec un kit d’application. La femme se l’introduit dans le vagin, quelques recommandations pratiques sont à respecter. Au nez et à la barbe de la loi française qui interdit la facturation de sperme – réservé strictement aux couples stériles – des personnes s’en procurent via l’étranger.

Tout ceci ressemble fort à l’argument employé par Christiane Taubira lorsqu’elle octroya la nationalité française, en 2015, à des enfants nés de GPA à l’étranger. Au nom de l’hypocrisie de la coexistence de deux situations similaires – GPA légale dans certains pays, illégale en France – cette pratique devient, par glissements successifs, de plus en plus acceptable en France.

Encore plus loin dans la sophistication et la déshumanisation, une start-up lyonnaise, Kallistem, parvient aujourd’hui à fabriquer des spermatozoïdes humains in vitro. Des millions d’embryons pourraient ainsi être produits et passés au « screening » (dépistage) génétique.

En Inde, on découvre les arcanes d’une grosse usine à bébés, de réputation internationale, la clinique Akanksha Infertility. Les mères porteuses sont rémunérées par de riches couples stériles. « Je n’ai pas d’argent, ils n’ont pas d’enfant, je leur donne un enfant, ils me donnent de l’argent, on s’aide mutuellement », explique pragmatiquement l’une d’entre elles. A la fin, les parents prennent le bébé et ne reviennent jamais. La mère porteuse ne le voit pas.

« Allez voir un professionnel pour avoir un bébé, gardez le sexe pour le plaisir », explique un scientifique. Ainsi s’opère une dissociation totale de l’acte sexuel et de la procréation. Il faut que dans tous les pans de la vie, la performance soit mise au premier plan. Tout risque, même un strabisme, doit être éliminé. « Ceux qui portent des mutations de ces maladies ne sont pas censés naître. » Il existe une valeur économique inscrite dans les chromosomes. Le raisonnement va jusqu’à juger coupables d’irresponsabilité ceux qui disséminent de mauvais gènes dans la nature : vous polluez la population, et donc les pollueurs paient. Au fond, tous ces myopes, les handicapés, et les malades en général ne coûtent-ils pas trop cher à la Sécurité sociale ?

De façon inquiétante, les utopies qu’on pressentait au XXe siècle se réalisent sous nos yeux, conclut un professeur. Dans le grand toboggan eugéniste, la demande de bébés parfaits est-elle devenue inéluctable ? Dans un monde sans Dieu… il semblerait que oui.

 

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