Abus sexuels, célibat des prêtres, regard sur le pontificat : le cardinal Barbarin répond au journal « Le Monde »

Le cardinal Barbarin ici lors d’un audience au Vatican pour les personnes en situation de précarité, en novembre 2016. – RV

12/08/2017 11:32
 

(RV) Le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, a répondu à une longue interview dans le quotidien français « Le Monde« , à l’approche du 15e anniversaire de sa nomination à la tête de l’archevêché de Lyon.

Le cardinal Barbarin, qui devra répondre à une citation à comparaître de victimes du père Bernard Preynat, un prêtre de son diocèse accusé d’avoir sexuellement agressé des enfants d’un groupe de scouts dont il avait la charge jusqu’en 1991, revient sur cette affaire douloureuse qui a fait l’objet d’une très forte médiatisation depuis un an et demi. «Une procédure judiciaire visant le père Preynat est en cours, précise l’archevêque de Lyon dans cet entretien. Mais, comme elle était ralentie par différents recours, j’ai décidé d’ouvrir sans plus tarder un procès canonique. Pour cela, j’ai dû demander à Rome de lever la prescription des faits. Le pape a donné son accord. Le procès canonique est en cours. Il a lieu à l’officialité de Lyon, mais aucun des juges n’est de Lyon. Beaucoup a été fait. Tous ceux qui voulaient parler ont été entendus.» Le cardinal Barbarin précise par ailleurs qu’en accord avec le procureur de la République, cette procédure canonique a été suspendue le temps de laisser à la justice civile mener une nouvelle procédure enclenché à la demande des victimes.

Concernant les mesures mises en œuvre dans le diocèse de Lyon pour lutter contre les abus sexuels, le cardinal précise avoir écarté de toute responsabilité pastorale quatre prêtres, et avoir mis en place une formation obligatoire pour l’ensemble du clergé lyonnais. Concernant les prêtres venant d’autres diocèses, les évêques de leurs diocèses d’origine doivent désormais donner une assurance écrite sur le fait qu’aucune plainte ni condamnation. Par ailleurs, une ligne téléphonique a été ouverte pour centraliser d’éventuels signalements.

Il reconnaît toutefois des erreurs dans le traitements des affaires anciennes, antérieures à la mise en place des nouvelles normes mises en place par la conférence épiscopale au début des années 2000 : «Tout ce qui avait été préconisé, y compris par le pape François, l’avait été pour le présent et l’avenir. A deux reprises, j’ai suspendu des prêtres et saisi la justice lorsque j’ai eu connaissance de faits récents, en 2006 et en 2014. La question qui s’est posée à moi dans l’affaire Preynat, c’est que remontaient à la surface des faits d’il y a quinze ou vingt ans. J’ai frappé un peu à toutes les portes pour demander conseil : qu’est-ce qu’on fait pour les faits anciens ? Personne ne m’a donné de réponse satisfaisante. Moi-même, je réalise aujourd’hui que ma réponse d’alors n’était pas à la mesure de l’enjeu.»

Tout en réfutant le fait d’avoir «couvert» des actes pédophiles, le cardinal Barbarin reconnaît un manque de réactivité face à la blessure des victimes, toujours vive plusieurs décennies après les faits : «La non-rétroactivité est une notion juridique, mais pas sociale, explique-t-il. Les gens disent : puisque le Pape François a dit qu’un prêtre pédophile ne peut avoir aucun ministère, vous auriez dû l’arrêter. Mais c’est une « loi » qui tombe en 2014. Si on avait compris la force et l’impact de cette décision du Pape, elle aurait dû être appliquée immédiatement à tous même pour des faits très anciens.»

Le cardinal Barbarin appelle explicitement à ce que le Pape reçoive les victimes : «Les victimes attendent un signe fort, qui leur dise : oui, votre souffrance a été entendue. Je trouve que ce serait bien que le Pape François les reçoive. Le cardinal O’Malley, qui dirige la commission pontificale contre les abus sexuels, voudrait une lettre signée du pape pour chacune des victimes.»

Le cardinal salue par ailleurs «l’attitude résolument pastorale» du Pape François. «On voit que son désir le plus profond est de faire comprendre aux hommes à quel point ils sont aimés. Quand bien même leur vie est chahutée, difficile, marquée par la souffrance, ils ne doivent pas se sentir exclus.(…) Et je crois que la grande action pastorale du pape François, c’est de nous montrer que la parole de Dieu est une force stimulante pour chacun. Il essaie de nous sortir du permis et du défendu.»

Enfin l’archevêque de Lyon évoque le cas d’un prêtre médiatique dans son diocèse, le père David Gréa, qui a quitté le ministère sacerdotal pour se marier. Alors que cette décision a relancé le débat sur le célibat des prêtres, le cardinal précise son attachement au maintien du célibat sacerdotal, tout en précisant que cela n’engage pas la doctrine catholique en tant que telle. «Le célibat des prêtres n’est pas un dogme, c’est une discipline de l’Eglise. Elle peut changer. Elle a toujours été confirmée, notamment depuis le concile Vatican II. En 2005, Pape depuis six mois, au synode sur l’Eucharistie, Benoît XVI a demandé aux évêques s’ils voulaient discuter de la question du célibat des prêtres, s’il fallait changer cette discipline. Le cardinal Sfeir, qui était alors patriarche de l’Eglise maronite, dans laquelle des hommes mariés peuvent devenir prêtres, a expliqué que le célibat est une grande chance pour l’Eglise latine et il a parlé de son pays qui, depuis 1975, dans les années de guerre civile au Liban, a vu presque tous les prêtres mariés partir, pensant à protéger leur famille. Mais les célibataires sont restés. C’est une réflexion très forte ; elle montre que le célibat est un don radical, au service de tous. En tout cas, la question demeure ouverte. Faut-il changer ? Ce n’est pas sûr. Personnellement, je ne le crois pas.»

(CV- Le Monde)

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