Un ancien prisonnier témoigne : « Sur la route de Saint-Jacques, j’ai vu la Transfiguration ! »

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Pour la troisième année, l’aumônerie de la prison de Saint-Quentin-Fallavier (Isère) organise une sortie de cinq jours pour un petit groupe de détenus de longue durée. Témoignage d’un ancien prisonnier, qui a bénéficié de la première sortie sur la route de Saint-Jacques.

« Je n’étais pas sorti de prison depuis huit ans, sauf une fois pour un entraînement. Le matin du 24 octobre 2014, nous étions quatre détenus, plus cinq accompagnateurs, à monter dans un minibus. Direction Le Puy-en-Velay. Il faisait jour, mais il nous a bien fallu une demi-heure pour réaliser où nous étions. On se regardait, c’était comme dans un rêve. Cette sortie, on en parlait depuis des mois. Mais entre y penser et la vivre… Ça changeait de la “vue tunnel” entre quatre murs. Je me souviens des voitures : il y avait plein de nouveaux modèles. Et puis nous nous sommes arrêtés.

Sur le Chemin, tous les sens se mettent en éveil

Il faisait grand beau temps. Sortir, sentir la fraîcheur de l’air dans ses poumons, l’odeur du foin sec, entendre les oiseaux, voir le ciel, les arbres, les couleurs des fleurs sauvages. Et puis prendre le sac à dos, sentir son poids, sentir l’effort dans les montées : tous les sens se mettent en éveil, et c’est l’extase !

Je suis passé par deux prisons. Dans la première, on m’a dit que j’étais un “détenu modèle”, dans la seconde “irréprochable”. Il paraît même que je suis “suradapté”, d’après le psychologue, et la juge d’application des peines m’a reproché de n’avoir jamais demandé d’autorisation de sortie. Mais, comme on me l’avait refusée pour les funérailles de ma mère…

Avant la prison, même si j’avais été enfant de chœur, j’avais perdu ma pratique religieuse. J’étais marié, j’avais des enfants, je travaillais beaucoup, trop, j’étais aussi engagé dans un syndicat, et tout le reste est passé à l’as. Le mariage n’a pas tenu, la deuxième union non plus, et ça a été la dégringolade…

Du groupe de détenus, j’étais le seul à aller à la messe ou au culte chaque dimanche. Tout de suite, j’avais aimé l’humanité, la bonne ambiance de ces réunions ; il y avait des catholiques, des baptistes, des pentecôtistes, des évangéliques. Et puis, on m’a donné une bible, que j’ai lue, j’avais aussi un livre de prière, des magazines chrétiens et j’écoutais la prière, les émissions religieuses sur RCF. Je faisais du yoga. Il y avait aussi des musulmans, avec qui nous avions des relations de respect mutuel, dans l’échange.

Le soir, je disais merci pour ce qui avait été beau, pour les échanges…

Nous avons marché cinq jours. Je pensais à Jésus qui a dit : “Je suis le Chemin.” Parfois, quand le sac était lourd, je me disais aussi qu’il avait porté sa croix, pour avoir au bout du chemin autre chose qu’un gîte d’étape. Et j’oubliais ma douleur.

Chaque soir, notre aumônier faisait un bilan, chacun disait ce qui l’avait marqué mais, non, ce n’était pas une prière. Dans mon lit, je faisais “péter le caillou”, comme les Frères salésiens me l’avaient appris à l’école : je disais merci pour ce qui avait été beau, pour les échanges, pour l’égalité entre nous. Un matin, au réveil, j’ai vu à ma droite l’aumônier en caleçon en train de s’habiller. Je me suis retourné : le major était dans la même tenue. J’ai ri intérieurement, mais je me suis dit que c’était ça, l’humilité, l’égalité. Et ça faisait du bien.

Notre dernière étape, c’était Conques. On nous a proposé les laudes et la messe, le matin. À 7 heures, les chanoines sont entrés en file dans la basilique. Parmi eux, il y avait nos aumôniers. Vraiment, leurs visages étaient tellement rayonnants que j’en ai pleuré. Je me suis dit que j’avais vu la Transfiguration. Après, pendant la messe, j’ai découvert que les trois autres détenus étaient là aussi, juste à côté de moi. Et je me suis dit qu’on n’évangélisait pas par des discours, mais par l’exemple. »

Source : Famille Chrétienne – 19/02/2016 – Par Sybille d’Oiron

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