Le pape François crée mercredi 28 juin cinq nouveaux cardinaux

Le pape François crée mercredi 28 juin cinq nouveaux cardinaux représentant l’Église plurielle qu’il appelle de ses vœux.

Malgré son âge et les résistances, il entend bien poursuivre son action réformatrice.

En novembre 2016, François avait créé 17 nouveaux cardinaux (ici, Anthony Soter Fernandez, archevêque de Kuala Lumpur).

En novembre 2016, François avait créé 17 nouveaux cardinaux (ici, Anthony Soter Fernandez, archevêque de Kuala Lumpur). / Tiziana Fabi/AFP

À ceux qui auraient eu l’idée saugrenue que le pape penserait à la retraite, François a apporté mardi 27 juin un cinglant démenti. « Quelqu’un qui ne nous veut pas de bien dit de nous que nous sommes la gérontocratie de l’Église », a-t-il souri lors d’une messe avec les cardinaux pour ses 25 ans d’ordination épiscopale. « C’est n’importe quoi ! Nous ne sommes pas des gérontes, mais des grands-pères qui transmettent leurs rêves aux jeunes d’aujourd’hui », a continué ce pape qui n’entend donc pas s’arrêter en chemin.

Malgré ses 80 ans, il reste d’ailleurs en bonne forme et si ses nombreux voyages du printemps ont pu le fatiguer, il témoignait ces derniers jours d’une belle vitalité. Tout juste a-t-il concédé à ceux qui lui demandaient de lever le pied une demi-heure de sommeil en plus cet été. « C’est ce qu’il appelle des vacances… », soupire, un brin désabusé, un de ses proches conseillers.

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Le réviseur général des comptes du Saint-Siège vient soudainement de démissionner

Et, sur le fond, François n’a aucune intention de freiner les réformes, malgré les difficultés des dernières semaines. La future constitution devant régir la Curie multiplie en effet les allers-retours entre canonistes, de puissantes féodalités internes résistant à la réforme, comme à la Congrégation pour l’évangélisation des peuples. Sur le plan financier, le réviseur général des comptes du Saint-Siège vient soudainement de démissionner, sans raison apparente ; peut-être un contrecoup des difficultés avec la puissante Administration du patrimoine du Siège apostolique, qui gère les biens du Vatican, et répugne à la transparence.

Enfin, alors que certains essayent de l’impliquer dans la mauvaise gestion d’affaires pédophiles en Argentine, les plus conservateurs font feu de tout bois, l’accusant de vouloir réviser Humanae vitae ou le sommant de faire « une profession de foi publique ». De leur côté, les quatre cardinaux frondeurs ont réécrit au pape pour dénoncer la « situation de confusion et de désarroi »… qu’ils ont eux-mêmes contribué à semer chez les fidèles.

Cette Église plurielle que le pape promeut

De l’avis de ses proches, François n’a, semble-t-il, cure de ces menaces. « Quand on lui en parle, il ramène sa main à l’envers par-dessus son épaule », confie un de ses conseillers. Au contraire, même : au-delà de la seule Curie romaine, le dernier conseil des cardinaux a réfléchi à une plus grande décentralisation de l’Église, évoquant un certain nombre de décisions, actuellement prises à Rome, qui pourraient dorénavant relever des conférences épiscopales. Les quatre cardinaux qui se lamentaient de voir « que ce qui est péché en Pologne est bon en Allemagne, ce qui est interdit dans le diocèse de Philadelphie est licite à Malte » en seront pour leurs frais.

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À l’inverse, les cinq cardinaux d’horizons divers que François doit créer mercredi 28 juin après-midi sont justement symboliques de cette Église plurielle que le pape promeut. Une Église aux visages différents qui sait s’adapter aux sociétés dans lesquelles elle est insérée pour mieux y porter l’Évangile.

Et parmi eux, le cas du Salvadorien Gregorio Rosa Chávez est emblématique : l’ancien collaborateur de l’archevêque martyr Oscar Romero restera évêque auxiliaire aux côtés de son archevêque de San Salvador qui n’est pas, lui, cardinal. En mettant fin aux « sièges cardinalices » – ces diocèses dont l’évêque devenait presque systématiquement cardinal –, François veut ainsi mieux distinguer entre le rôle de l’évêque local, au service de son diocèse, et celui du cardinal, au service du pape. Pour lui, il s’agit de bien souligner la nouvelle articulation qu’il souhaite, à l’avenir, entre la sphère romaine et les diocèses.

Nicolas Senèze, à Rome
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