Lettre ouverte au pape François

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Chers lecteurs, nous avions déjà communiqué cette lettre, mais l’auteur a ajouté de nouveaux paragraphes adaptés à ce qui se passe actuellement.

Sainte lecture,

frère Jonathan

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Très Saint-Père, lors de votre premier Angélus place Saint Pierre, il y a quatre ans, vous appeliez Walter Kasper « un théologien très bien, un bon théologien »… À l’un de vos cardinaux, qui vous faisait remarquer que le livre dont vous parliez contenait plusieurs propositions hérétiques, vous répondiez que cela entrait par une oreille et sortait par l’autre. En effet dans son livre « Jésus le Christ » le même Cardinal Kasper enseigne que « Jésus n’est pas le Fils de Dieu, n’est pas ressuscité, que les miracles sont des paraboles » etc… Est-ce cela que vous appelez un « bon théologien » ? Pardonnez-moi, Sainteté, mais je voudrais comprendre… Serait-il possible que vous soyez dupe ou, pire, complice – car qui ne dit mot consent –, et que vous encouriez la même sentence d’excommunication ? Ailleurs encore, vous louez sa théologie comme « une théologie sereine, à genoux ». « Sereine » ? « À genoux » ? Peut-être, mais devant le monde et les ennemis de la sainte Église alors, pas devant Dieu ! Serait-il possible que, sous couvert de miséricorde, vous en arriviez à trahir l’enseignement du Christ et des apôtres dont vous êtes le dépositaire ? Ou bien le pape est plus juste et plus miséricordieux que Dieu ? Mais ne serait-ce pas un blasphème ?

Malgré le filial respect que je vous dois, si vous êtes vraiment fils de l’Église, pour éviter l’anathème ne devriez-vous pas prendre vos distances et écarter de tels hommes, car Kasper n’est pas seul, vous le savez sûrement mieux que moi, et pourtant ces hommes sont promus aux postes les plus stratégiques. Et l’on entend partout jubiler les ennemis de l’Église, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de celle-ci. Les contestataires d’hier – hérésiarques de profession – ont pris le pouvoir, et détruisent pierre par pierre l’édifice usurpant le nom et l’autorité de Jésus-Christ. Seriez-vous derrière eux ? Serait-ce même possible ?

Ensuite, sous couvert de miséricorde et de compréhension, peut-on faire de la pastorale au cas par cas ? D’ailleurs, doit-on dissocier dogme et pastorale ? Je vous laisse juge. Mais la Foi et la pratique traditionnelles de l’Église l’ont conduite à la formulation de ces dogmes toujours aptes à dire la foi catholique et capables d’orienter la marche de l’Église au milieu de ce monde, vers la patrie céleste.

À propos d’Amoris Laetitia, le mariage n’est-il pas une institution naturelle, que Jésus lui-même a élevée au rang de sacrement, et dont il a proclamé l’indissolubilité ? Ne craignez-vous pas – en favorisant les interprétations les plus hétérodoxes de ce document ambigu – de laisser croire que le divorce est désormais approuvé par l’Église et que l’adultère n’est plus un péché mortel ? Que faites-vous alors des dix commandements et de la Parole même du Fils de Dieu ? Mais j’oubliais : « Jésus n’a pas répondu clairement aux casuistes pharisiens » et «  ceux qui veulent suivre les commandements font preuve de trop de prudence. »

À suivre la ligne d’une certaine exégèse, pour laquelle tout n’est que recomposition tardive, ne risque-t-on pas de tout déconstruire ? La famille elle-même, déjà si malmenée, et la société dont elle est la cellule de base ?

N’y a-t-il pas un danger, une tentation funeste – causant la perte des âmes – à vouloir édulcorer l’Évangile pour le rendre acceptable à ce monde ? Jésus n’a pas promis à ses disciples la paix avec le monde, le succès, la popularité, mais les persécutions et le salut à ceux qui auront été fidèles jusqu’à la mort. Saint Pierre lui-même a tenté de détourner Jésus de sa Passion. Bien qu’assisté du Saint-Esprit dans l’exercice de votre ministère pétrinien, vous n’êtes pas à l’abri de cette tentation.

Saint-Père, dites-moi donc dans quelle mesure l’on peut modifier la pastorale sans affecter à plus ou moins long terme la doctrine ? Communion aux personnes divorcées et « remariées » civilement, reconnaissance des éléments « positifs » des unions « libres », des unions de personnes du même sexe… Amoris laetitia nous inquiète. Et maintenant on entend s’élever des voix en faveur de prêtres mariés (changement qui aboutirait au mariage des prêtres, n’en doutons pas) ; pour un diaconat féminin, pour l’intercommunion avec les luthériens moyennant une prière eucharistique expurgée du récit de l’institution de l’Eucharistie, pour ne pas heurter nos frères séparés. Ne doit-on pas avoir la même foi pour communier au même mystère ? Celui qui mange ce pain sans discerner le corps du Christ, ne mange-t-il plus sa condamnation ? Saint Paul avait-il tort de l’enseigner ?

Jean-Paul II et Benoît XVI n’ont cédé à aucune pression, à aucun lobby. Ils ont été clairs et sans équivoques sur tous ces sujets. L’Esprit Saint se contredirait-il aujourd’hui ? Ce qui était mal hier, serait-il devenu bien aujourd’hui ?

Je suis d’avis qu’il faille exercer la miséricorde envers les personnes en tenant compte de l’histoire et du chemin des personnes concrètes, mais sans concession en ce qui concerne la vérité. L’adultère, la fornication, l’homosexualité et l’homicide ne sont pas des voies de salut, loin s’en faut ! Ce sont des actes intrinsèquement mauvais et des péchés mortels qui mènent à la ruine et l’homme et la société. Sans cette exigence de vérité, être trop tolérant avec les personnes revient à approuver leurs actes, et à encourir le même jugement. Ne tremblez-vous pas à la pensée du jugement de votre âme, si toutes ces digues que vous semblez vous employer à fissurer de toute manière, venaient à rompre ?

Je crois qu’aujourd’hui de nombreux pasteurs ont trop peur de blesser ou, ce qui est plus grave, de déplaire à leurs fidèles. Mais il ne s’agit pas de plaire à des hommes, dit saint Paul aux Galates, mais à Dieu. Sans quoi nous ne serions plus serviteurs du Christ. Notre langage doit être clair : « Oui ? Oui. Non ? Non. » Tout le reste vient du Malin (Mt 5, 37). Je n’invente rien, à moins d’avoir mal lu l’Évangile. Prêcher un autre évangile, c’est encourir l’anathème, l’excommunication, même pour les apôtres – y compris donc pour le pape – et pour les anges (Galates 1, 9-10). Nous en sommes là.

Après cette avalanche de questions, sainteté, je me permets – ne vous en déplaise – de formuler une certitude : Le véritable ressourcement de l’Église n’est pas dans sa conformité à l’esprit du monde. Il est dans le cœur du Christ, dans sa miséricorde et dans la fidélité à l’Évangile. Dans une vraie vie de conversion. Combien de martyrs, et saint Jean-Baptiste le premier, pour avoir osé reprocher l’adultère du roi Hérode, ont été mis à mort, tels les saints Thomas More et John Fischer ?

Et nous, nous braderions la vérité au nom d’une curieuse miséricorde ? Que Dieu nous en préserve et nous en délivre ! Amour et Vérité se rejoignent, Justice et Vérité s’embrassent, dit le psaume 84 : alors seulement la joie peut-elle jaillir, de cette étreinte et d’aucun autre accommodement avec l’esprit de ce monde…

Face à toutes les contrefaçons possibles, la marque de la véritable Église est la Foi en Jésus-Christ, Fils de Dieu incarné et Sauveur des hommes, l’annonce explicite – souvent jusqu’au martyre – du mystère pascal… La centralité de la Croix du Christ et donc, de la miséricorde, du pardon, de l’humilité, de la conversion des mœurs toujours renouvelée, et l’amour des plus petits, des pauvres, des malades, etc. La Charité est le sceau, la marque que le Dieu vivant a imprimée dans l’âme de ses fidèles.

La Charité est le plus grand commandement, et notre vocation : notre mission de chrétiens. Mais on ne peut absolument pas la séparer de la Vérité, autrement elle devient complaisance et non plus compassion. Or le Christ a souffert pour nous et il a rejoint par sa mort tous les hommes, dans la solitude la plus redoutable : celle que nous connaissons face à la mort et dans la mort. Il est Dieu immortel, qui nous rejoint comme homme, jusque dans la mort, pour en détruire la réalité profonde : la séparation éternelle d’avec Dieu, et lui donner un sens nouveau. Celui d’un passage de cette vie vers la Vie éternelle déjà ici-bas par la Foi. C’est l’origine du mot Pâques.

Le Christ s’est montré compatissant envers les pécheurs, mais il n’a jamais approuvé le péché… Le péché, c’est tout ce qui nous éloigne de ce pour quoi nous sommes faits : la communion avec Dieu et entre nous. Communion dans la Foi, qui n’est pas sans lien avec la Vérité, puisque la Vérité sur laquelle elle porte c’est le Christ lui-même, ni sans lien avec la Charité : car la Charité c’est tout simplement l’Amour de Dieu manifesté en Jésus et révélé et partagé par lui à ses disciples et par ses disciples à tous les hommes. Cette Charité vivante, une avec la Vérité de Dieu, puisque Dieu est Amour, c’est l’Esprit Saint.

Nous avons reçu au baptême le plus grand de tous les dons : nous sommes devenus les enfants de Dieu. Nous avons reçu une dignité nouvelle. Le péché, loin de nous unir, nous éloigne les uns des autres. S’il nous rend solidaires, c’est pour faire le mal, pour notre perte. Ce qui est en jeu dans toutes ces questions qui agitent une certaine Église aujourd’hui – communion des divorcés-« remariés », union homosexuelle, sacerdoce des femmes, mariage des prêtres, etc. –, ce n’est pas la modernisation de l’Église, son approbation par les hommes de ce temps, par une société occidentale dont la figure est en train de passer. Ce qui est en jeu, ce n’est pas la consolation passagère et fallacieuse de personnes engagées sur un chemin de mort à cause du péché. Ce qui est en jeu, c’est sa fidélité au Christ qui continue aujourd’hui de la conduire. Le pape c’est le pape, certes, mais il n’est pas Dieu. Il est des domaines où il ne peut intervenir, car il n’a pas autorité pour changer ce que le Christ a établi. Et il serait illégitime qu’il le fasse : le pape n’est pas Dieu sur terre, mais son représentant, un homme lui aussi tenu d’obéir à Dieu, à sa Parole, à la Tradition de l’Église et à l’enseignement de ses prédécesseurs.

Ce qui est jeu, c’est la vie ou la mort éternelle de ceux que le Seigneur nous a confiés, vers lesquels il nous envoie en son nom. Le péché nous éloigne de Dieu, loin de nous mettre en communion avec lui et il nous éloigne les uns des autres, alors que l’Amour et la Vérité, eux, nous unissent à Dieu et les uns aux autres.

Donner la communion, le Corps du Seigneur, a une personne dont les actes contredisent gravement l’Évangile et l’enseignement constant de l’Église (et ce peut être moi en certaines circonstances), c’est lui faire bien plus de mal que de bien. C’est la pousser vers la fosse, en lui disant : « Tout va bien, Madame la Marquise. »

L’Église a pour mission de proclamer la Vérité de l’Amour de Dieu, et non l’un des deux séparément de l’autre. C’est pourquoi elle paraît rugueuse souvent, car il ne s’agit pas de caresser les gens dans le sens du poil, pour leur plaire ou pour remplir les églises. C’est le Ciel qu’il s’agit de remplir. Si nous remplissons nos églises au mépris de la vérité de l’Évangile, nous fermons aux gens la porte du Ciel, et nous devrons un jour rendre compte de cela. C’est une chose extrêmement grave.

Mais il ne s’agit pas non plus de vider les églises par trop de rudesse et de maladresse, d’étroitesse même, afin de remplir le Ciel. C’est là qu’il s’agit d’avoir beaucoup de douceur et de compréhension.

Une personne qui ne peut recevoir l’Eucharistie parce que sa vie n’est pas tout à fait conforme au plan de Dieu n’est pas exclue de la communion avec Dieu dans le sens où, en acceptant de ne pas communier matériellement, elle agit de façon cohérente, elle accepte sa situation et fait la lumière sur sa vie. Et agissant ainsi, elle se rapproche de Dieu qui est lumière et vérité. Nous avons tous à nous convertir.

La communion eucharistique n’est certes pas un prix, une récompense pour les « parfaits », elle est un don, une force pour celui qui la reçoit. Mais elle devient un leurre si notre vie contredit gravement ce qu’elle signifie.

L’Église n’a pas le pouvoir de changer l’Évangile ni les Commandements de Dieu, mais elle a le devoir de se renouveler sans cesse, d’appeler à la conversion, et son véritable ressourcement est dans le cœur miséricordieux du Christ. Parfois, elle peut assouplir sa manière d’appliquer certaines prescriptions, toujours elle doit se pencher sur les blessures des hommes comme le bon Samaritain, changer son comportement et non ses lois, mais jamais défaire ce que le Christ a établit de sa propre autorité. Autrement, le remède, bien loin de guérir le malade, risquerait plutôt d’être fatal, et la consolation bien amère en ses conséquences.

Je ne suis pas vraiment sûr que la différence entre l’Eucharistie catholique et la cène protestante tienne uniquement à une question d’interprétation, comme vous l’avez déclaré à une protestante qui vous interrogeait sur ce point. Je crois que la différence essentielle entre les deux, c’est le sacerdoce.

Ensuite, il est possible que certaines personnes, en raison de leur histoire et de certaines circonstances propres à leur vie, aient du mal à dire leurs péchés en confession, mais je ne crois pas qu’il faille généraliser en disant que tous ceux qui s’y présentent doivent recevoir l’absolution simplement en raison du geste qu’ils posent en venant trouver le confesseur. Il faut discerner. Il y aurait encore beaucoup à dire, mais je vais m’arrêter ici, c’est déjà bien assez. Les sacrements sont en cause. C’est une affaire d’une gravité extrême.

Je vais prier pour vous et pour toute la sainte Église, pour que le Dieu de Jésus-Christ vous assiste, ou plutôt pour que tous aient à cœur d’écouter ce que dit l’Esprit Saint dit aux Églises. (Ap 2, 7)

Saint Père, comme vous pouvez le constater, je cherche, dans la douleur, je cherche à comprendre un certain nombre de choses qui me posent question depuis votre élection. Je ne souhaite pas quitté l’Église. Je cherche plus que jamais à lui être fidèle. Je ne suis pas schismatique, ni intégriste comme certains le penseront en lisant cette lettre. D’ailleurs, je n’aime pas du tout ce mot, qui qu’il vise d’ailleurs, car il fait obstacle au rétablissement de bonnes relations, qui sont, je crois, le préalable d’un vrai et fructueux dialogue en vue de la pleine communion de les frères séparés avec l’Église catholique.

Mon propos concerne, un certain nombre de vos déclarations pour le moins ambigüe, y compris – ce qui est fort surprenant étant donné que le pape jouit de l’assistance du Saint-Esprit – dans les documents faisant partie de votre magistère. Je n’aurais pas l’audace de me déclarer plus catholique que le Pape ! Mais j’ai bien peur, maintenant, que mes premières craintes vous concernant n’aient pas été si infondées.

Ce qui m’attriste le plus c’est d’avoir à dire ces choses, et que malgré la relativisation de ceux qui prennent quoi qu’il arrive votre défense (Il faut contextualiser, prendre l’ensemble de ses propos, c’est de l’intox, etc…), il y ait tout de même dans vos gestes et vos paroles des choses qui contredisent objectivement l’Enseignement des Écritures et la Tradition de l’Église.        Dans votre entrevue avec Eugénio Scalfari, du journal la Républica, (retiré du site du Vatican mais que j’ai pu lire intégralement et dernièrement rééditer dans un livre compilant vos multiples entrevus avec la presse) à la question : Votre Sainteté, existe-il une vision unique du Bien et qui en décide ?  Vous répondez : « Tout être humain possède sa propre vision du bien et du mal. Notre tâche est de l’inciter à suivre le chemin tracé par ce qu’il estime être le Bien »

Le journaliste rétorque que c’est la parole la plus courageuse qu’un pape ait jamais prononcé. Et vous prenant au jeu de la flatterie, vous reprenez : « Et je suis prêt à la répéter. Chacun a sa propre vision du Bien et du Mal et chacun doit choisir le Bien et combattre le mal selon l’idée qu’il s’en fait. »        Je comprends et j’adhère à ce fait que la conscience est autonome. La liberté de conscience est un acquis du Concile Vatican II.  Mais notre devoir n’est-il pas plutôt de former et d’éclairer les consciences ? Le droit d’errer ne doit-il pas se muer en droit de pécher ?

Je m’explique : Supposons que j’ai le choix entre un bien et un mal, que je ne perçoive pas comme tels. Le devoir de mes frères dans la foi et en particulier de mon confesseur et plus encore du pape, n’est-il pas de m’éclairer en dénonçant le mal que je ne perçois pas, pour m’inciter à chercher le bien et à me déterminer en fonction de ce dernier. Autrement, ne me laisse-ton pas sciemment aller à ma perte – et c’est un péché très grave- en ne me dévoilant pas le piège qui m’est tendu sous prétexte de préserver ma liberté ? Pire, ne s’agit-il pas d’une licence donné au vice ? Et au lieu de préserver ma liberté, ne me laisse-t-on pas la perdre ?          Je grossis volontairement le trait, mais doit-on laisser une jeune fille avorter sans éclairer sa conscience, sous prétexte de respecter sa propre vision du bien, qui est faussé étant donné que l’avortement est un acte intrinsèquement mauvais, puisqu’il s’agit de l’interruption volontaire d’une vie ?

Si je suis un islamiste radical, et que l’on m’a appris que j’aurais le Paradis et soixante-douze vierges à ma disposition, si je fais sauter avec tous ceux qui s’y trouvent le World Trade center pour la gloire d’Allah : c’est donc un bien pour moi. Ne doit-on pas tout faire pour m’en empêcher ?        Saint Père, l’incomplétude et disons-le, le relativisme de votre discours me gêne beaucoup, me mets fort mal à l’aise. Respecter la liberté de conscience : D’accord. Mais donner licence au mal sous prétexte d’autonomie et de liberté de conscience me paraît une grave démission. Nous ne pouvons pas ! Nous ne pouvons pas ! Le Christ nous jugera.

Le porte parole du Saint-Siège à l’époque, le Père Lombardi a réagi en disant : « Le texte est fiable dans le sens général, mais pas dans les citations entre guillemets. Le texte n’ayant pas été révisé mot à mot ». Je ne comprends pas comment un texte qui contient, au moins une proposition fausse sinon plusieurs peut-être fiable ? Le Pape n’est peut-être pas infaillible en toutes choses mais là, c’est un peu gros, ne trouvez-vous pas ? N’êtes-vous censé savoir ce que vous dites ou au moins faire attention.        Quand même la formulation aurait été malheureuse – ce que j’ai bien du mal à croire – tant il y a de points où vous entrez en contradiction avec le Magistère antérieur (Vatican I, en ce qui concerne la signification des dogmes) et Pie XI (Mortalium animos) en ce qui concerne l’efficacité spirituelle de l’islam. Il faut, certes, avoir en tête la Doctrine des Semences du Verbe, et ne pas vouloir imposer de force sa religion aux autres (prosélytisme) mais qu’en est-il d’une Église qui n’appelle plus à la conversion ? Les Apôtres, ne l’ont-ils pas fait, sans craindre le prosélytisme ? Si ! Jusqu’à la mort ! Et il suffit pour s’en apercevoir de relire les Actes des Apôtres. Et je commettrais un péché grave en voulant convaincre mes frères séparés, les musulmans, les juifs et les athées que le salut ne se trouve pas en dehors de l’Église ?

Le Dialogue ? Oui. Mais pas au prix du sacrifice honteux d’une annonce explicite de l’Évangile ! C’est la raison d’être de l’Église ! Le Christ ne nous a pas envoyés dialoguer avec les nations, mais il nous a confiée la mission de faire de toutes les nations des disciples. (Mt 28, 19) Le dialogue peut-être un moyen, mais jamais une fin ! S’agit-il d’annoncer le Christ et l’Espérance de la Gloire ou d’apprendre à se connaître soi-même et les uns les autres ? De permettre la rencontre avec le Dieu vivant, ou d’approfondir chacun sa propre religion ? Pardonnez-moi, mais je ne crois pas que la vocation de l’Église soit uniquement le dialogue encore moins de ne pas rechercher la brebis égarée pour la ramener au bercail. Et bien qu’il soit acquis que celui qui ne connaît pas le Dieu de Jésus-Christ, peut-être sauvé en obéissant à sa conscience droite, qu’il a le devoir d’éclairer, l’enjeu ne reste-il pas la vie éternelle ?

Comment pouvez-vous dire que les ordinariats créés par Benoit XVI pour nos frères anglicans sont inutiles, et que nous avons besoins d’eux comme anglicans ? Comment célébrer l’anniversaire de la funeste « réforme » de Luther. Ne serait-ce pas approuver celle-ci et réhabiliter celui-là ?

En ce qui concerne vos prises de positions sur l’homosexualité et votre désormais fameux «  Qui suis-je pour juger ? » je ne vois rien de plus que ce que dit le Catéchisme de l’Église Catholique. Il faut bien distinguer la personne homosexuelle et l’homosexualité. Mais quel message envoyez-vous lorsque vous célébrez la messe avec des prêtres notoirement homosexuels et baisez leurs mains en public ?

Quand il s’agit des grandes questions éthiques et morales qui agitent l’Église et la société, comment pouvez-vous relativiser à ce point ? Certes, il ne faut pas en parler tout le temps – le plus important étant d’annoncer le Christ mort et ressuscité –  mais comment le successeur de saint Pierre, le vicaire de Jésus-Christ peut-il dire que ce sont là de petits préceptes dans lesquels l’Eglise s’est laissé enfermer ?

Comment se fait-il le pape alors qu’il était encore évêque de Bueno Aires, traite d’ « obsessionnelles » des manifestantes pro-vie, et bénisse des féministes pro-avortements ? Quel est la nature de vos liens avec le Rotary Club, association fondée par la Franc-Maçonnerie, et dont vous êtes membre d’honneur depuis 1999 ?

Comment celui qui est gardien de la foi et le docteur universel des fidèles, peut-il faire l’éloge d’un Cardinal qui nie la Résurrection et la Divinité du Christ ? Comment peut-il le maintenir et lui confier quelques responsabilités, même non officielles ? Niant la Divinité du Christ, ce même Kasper nie l’Incarnation, et Saint Jean nous dit : « Celui qui ne confesse pas Jésus (C’est-à-dire Jésus-Christ venu dans la chair, voir le verset qui précède) n’a pas l’esprit de Dieu, mais l’esprit de l’Antéchrist » (1 Jn 4, 3). Par la même, il nie la Rédemption, car si le Christ n’est qu’un homme, il ne nous sauve pas. Les trois vérités essentielles de la Foi Catholique sont niées sous sa plume : à savoir, l’Incarnation, la Rédemption et la Résurrection. On pourra lui trouver toutes sortes d’excuses par maints raisonnements compliqués… on ne peut nier l’un de ses trois dogmes sans nier aussi les deux autres. Peut-être ce nouvel Arius, répondra-t-il, si on l’interroge, qu’il ne les nie pas vraiment, mais qu’il faut aujourd’hui faire une nouvelle lecture de l’Écriture Sainte et réinterpréter les Dogmes de l’Église relatifs à ces vérités de Foi Divine ? Même là, ce n’est plus la Foi Catholique. Car si le Christ n’est pas Dieu, qu’en est-il de la Trinité ? Et s’il n’est pas ressuscité, qu’en est-il de l’Eucharistie ? Cela va très loin. C’est un autre Évangile qui est enseigné, et ce même cardinal tombe sous le coup de l’anathème prononcé par l’Apôtre Saint Paul en Galates 1, 8-9

Avant d’achever, un mot quand même de vos prises de positions aussi stupéfiantes que complaisantes et pour tout dire insupportables vis-à-vis de l’islam.

Cette longue lettre, Saint Père, ne craint pas de s’inscrire en faux contre l’autorité ecclésiastique. Dans Evangelii Gaudium n°253 on peut lire : « Le véritable islam et une adéquate interprétation du Coran s’oppose à toute violence ». Voyons maintenant ce qu’il en est réellement : Coran, Sourate 2 verset 179 : « C’est dans le talion que vous aurez la préservation de la vie, ò vous doués d’intelligence, ainsi atteindrez-vous la piété ».

Évangile selon saint Mathieu 5, 38 : Vous avez entendu qu’il a été dit aux anciens : œil pour œil dent pour dent. Eh bien, moi je vous dis de ne pas riposter aux méchants.

Saint Père, la violence est promue, permise, encouragée comme un moyen de préservation par le Coran. Elle est cependant rejetée par le Christ en tant que telle. Mahomet restaure donc l’ancienne loi et défait celle du Christ. Ce n’est mon invention, c’est ce qui est écrit. Toujours pas convaincus ? Continuons : Sourate 2 verset 190 : » Combattez dans le sentier d’Allah ceux qui vous combattent, et ne transgressez pas. Certes. Allah n’aime pas les transgresseurs! » Sourate2 verset 191 : «  Et tuez-les, où que vous les rencontriez; et chassez-les d’où ils vous ont chassés: l’association est plus grave que le meurtre. Mais ne les combattez pas près de la Mosquée sacrée avant qu’ils ne vous y aient combattus. S’ils vous y combattent, tuez-les donc. Telle est la rétribution des mécréants. » Sourate 2 verset 193 : «  Et combattez-les jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’association et que la religion soit entièrement à Allah seul. S’ils cessent, donc plus d’hostilités, sauf contre les injustes. » (L’association c’est le Christianisme en raison de la foi en la Trinité.) Sourate 5 verset 51 : «  Ô les croyants! Ne prenez pas pour alliés les Juifs et les Chrétiens; ils sont alliés les uns des autres. Et celui d’entre vous qui les prend pour alliés, devient un des leurs. Allah ne guide certes pas les gens injustes.

Continuez donc après cela à croire contre toute vérité que le véritable islam s’oppose à la violence, mais de grâce ne l’enseignez pas à vos fidèles ! Que dis-je aux fidèles que Christ vous a confiés. Le comble ici, le pape lui-même nous fourvoie alors qu’il devrait tonner contre le mensonge, contre la violence intrinsèque à l’islam et au Coran ! Pourquoi ne marche-t-il pas dans les pas de ses prédécesseurs ?

Sa position est difficile, me direz-vous, analogue à celle de Pie XII pendant la Seconde Guerre. On peut, il est se poser la question de sa liberté de parole, la situation est si critique et explosive ! Mais que de liberté curieusement lorsqu’il s’agit de fustiger vos fidèles : serait-ce de la frustration ?

Des paroles étonnantes : « Le terrorisme musulman n’existe pas » ou encore : « Le Coran est un livre de paix.» Incantations !

De quel Coran parlez-vous ? De ce Coran que les musulmans « modérés » n’ont jamais lu où sur lequel ils nous mentent tout simplement, pour la cause de l’islam ? Les textes ci-dessus parlent d’eux-mêmes me semble-t-il, non ? Depuis quand le pape est-il un expert es-islam ? Que répondre aux chrétiens massacrés au nom de l’islam et du Coran ? Que répondre aux victimes des attentats qui ensanglantent toujours un peu plus nos pays chrétiens, n’en déplaisent à certains ? Que répondre aux parents de jeunes occidentaux morts sous les drapeaux de l’État islamique.

« Le pape est un homme de bien, dit-on, il cherche la paix. » Mais la paix ne peut-être à n’importe quel prix ! L’histoire admirable de la rencontre de François d’Assise et du Sultan ne peut servir à édifier des généralités contre toute vérité objective. Même si des exceptions restent possibles.

Il me semble que les catholiques peuvent attendre beaucoup mieux de leur Chef spirituel et que les musulmans qui vivent dans les ténèbres de l’islam – pour reprendre une citation de votre prédécesseur le pape Pie XI – ont droit eux aussi à la vérité et non seulement à une fausse charité qui sacrifie la vérité sur l’autel d’un silence angoissant que l’histoire se chargera de juger. Et beaucoup y verront un nouveau motif de charge contre l’Église. À tort ou à raison ? Dieu seul le sait.

Pie XI, ou « la foi intrépide », selon la prophétie des papes.

De plus, dans l’islam, il y a aussi ce présupposé honteux et inacceptable, cette accusation calomnieuse à l’encontre des juifs et des chrétiens d’avoir falsifié la parole de Dieu. La rédaction de l’Ancien Testament commence au 6ème siècle avant Jésus-Christ, fixant par écrit des traditions orales déjà millénaires. Et cela presque mille ans avant Mahomet, et s’achève avec le livre de l’Apocalypse de Saint Jean vers la fin du premier siècle de notre ère, entre 90 et 110 après Jésus-Christ. Les manuscrits les plus anciens dont nous disposons ainsi que l’abondante littérature patristique attestent, d’une tradition fidèle du message des prophètes et de l’enseignement du Christ par les Apôtres et leurs successeurs. Les ennemis de l’Église eux-mêmes, en l’attaquant dès le commencement sur des points tels que la virginité de Marie, la filiation divine de Jésus ou encore la résurrection, confirment ce que nous venons de dire.

Si Dieu a réellement parlé à Mahomet, comment se fait-il que le Coran considéré comme inimitable, et présenté comme la parole de Dieu matériellement descendue sur le prophète, se fasse l’écho de véritables calembours au sujet de la foi des chrétiens, en ce qui concerne l’incarnation, la mort, la résurrection du Christ et la foi en la Trinité ?

Ou bien Dieu se trompe au sujet des chrétiens ou alors ce n’est pas l’ange Gabriel qui a parlé à Mahomet (qui n’a jamais existé), mais un esprit de mensonge voué à la malédiction a inspiré les auteurs des versets coraniques ? « Je trouve vraiment étonnant, dit saint Paul aux Galates, que vous abandonniez si vite celui qui vous a appelés par la grâce du Christ, et que vous passiez à un autre Évangile. En fait, il n’y en a pas d’autre : il y a seulement des gens qui jettent le trouble parmi vous et qui veulent renverser l’Évangile du Christ. Eh bien ! Si un jour quelqu’un, même nous, même un ange du ciel, vient annoncer un Évangile différent de l’Évangile que nous vous avons annoncé, qu’il soit maudit ! Nous l’avons déjà dit, et je le répète encore : si quelqu’un vient vous annoncer un Évangile différent de celui que vous avez reçu, qu’il soit maudit ! » (Galates, chapitre premier)

Mahomet, l’islam et le Coran tombent sous le coup de cet anathème ! Dès lors comment pourraient-ils être un prophète, une religion et un livre de paix ? La parole publique du pape s’oppose sur ce point également à la parole du Seigneur et des Apôtres inspirés par l’Esprit-Saint. Et tombe sous le coup d’une sentence sévère. Bien plus encore que le pape Honorius condamné en concile pour n’avoir pas combattu l’hérésie monothélite. Prions, très Saint Père, pour que la même sentence ne soit pas portée contre vous.

Très saint Père, je vous remercie de m’avoir si patiemment écouté et, espérant réponse aux dubia que je vous soumets, en ce jour anniversaire de votre pontificat, je vous assure de ma prière pour votre sainteté et vous prie de vouloir en retour prier pour moi.

Le 13 mars 2017

Olivier Philomène

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