Saint Nicolas de Flüe : ermite et mystique

Saint Nicolas de Flüe: ermite et mystique

Nicolas a quitté sa famille pour suivre le plan de Dieu. Il a finalement trouvé un lieu pour établir son ermitage et débute une vie au service exclusif de Dieu.

Nicolas et son amour de la sainte Eucharistie
Seule la puissance divine permit aux saints de faire des œuvres qui dépassent les forces naturelles. Saint Paul nous dit: «Je peux tout en celui qui me fortifie.» (Ph 4,13) Cela signifie que je peux tout avec le Christ eucharistique en mon corps et mon cœur. Ce fut le principe surnaturel de sa sanctification. La sainte Eucharistie fut l’âme de sa vie. Aux premiers siècles de l’Eglise, les chrétiens trouvaient dans la Messe et la Communion, la force de témoigner de leur foi et de mourir martyrs. Au cours du temps, cette pratique s’atténua, et c’est le pape Pie X qui réinstaura la communion fréquente. On comprend pourquoi saint Nicolas ne communiait qu’une fois par mois et pourtant son amour eucharistique était si grand qu’il en faisait le soutien de sa vie.

Déjà enfant, il avait demandé au bon Dieu de pouvoir vivre sans manger pour mieux se séparer du monde. Nicolas allant communier à Jésus était un spectacle très édifiant. Son maintien extérieur révélait une foi profonde au Saint-Sacrement de l’autel. A cette foi vive s’ajoutaient un respect, une dévotion et un amour admirables. Jésus eucharistique ne pouvait pas trouver un tabernacle plus agréable que le cœur brûlant d’amour de Frère Nicolas. Quel miracle d’amour entre Dieu et cette belle âme! En effet, dans sa bonté, Dieu permit à Nicolas de vivre pendant vingt ans, nourri seulement de la sainte Hostie.

Déjà dans sa jeunesse, Nicolas avait conscience que la sainte Eucharistie est la vraie nourriture de l’âme et l’aliment parfait de la vie surnaturelle en nous. Le Sauveur nous l’a dit: «Si vous ne mangez la chair du Fils de l’homme et ne buvez son sang, vous n’aurez pas la vie en vous. Ma chair est vraiment une nourriture et mon sang est vraiment un breuvage. Je suis le pain vivant descendu du ciel, quiconque mange de ce pain vivra éternellement.» (Jn 6,53-55.58)

L’Eucharistie fut le foyer ardent où vint s’alimenter le saint ermite du Ranft. Toutes ses pensées, ses désirs, ses actions prenaient leur source  dans ce foyer d’amour. Un bel exemple à suivre pour nous! Que de grâces nous avons en ce XXIe siècle, de pouvoir communier tous les jours au Christ pour mieux comprendre sa parole, vivre sa vertu et témoigner de son amour et de sa miséricorde. Grâce à Pie X qui a rétabli la communion fréquente, les jeunes et les adultes ne pourront jamais dire à Dieu: «t’aimer et te suivre dans la vertu étaient impossibles.» Non, qui communie au Christ peut vivre de lui, par lui et pour lui en ce monde si déchristianisé et il est certain de connaître une vie de foi, de paix et de sagesse que beaucoup ignorent. Un chrétien seul est toujours en danger, mais uni au Christ, il est victorieux en Celui qui possède son âme et le rend fort face à toutes les tentations du monde. «Venez à moi vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau et moi, je vous soulagerai.» (Mt 11,28)

Nicolas avec son épouse et ses enfants avait bien compris ce message de bonté, et humblement il resta avec les siens, greffé sur le cep qu’est le Christ pour être un sarment vigoureux et rempli de la sève divine. Si nous chantons à la fête de saint Nicolas de Flüe: «Ô Dieu qui avez nourri miraculeusement le bienheureux Nicolas au pain des anges, accordez-nous par l’intercession de ce grand saint de recevoir ici-bas le corps et le sang de Notre-Seigneur afin que nous méritions de jouir éternellement de sa vue au ciel.» Si nous savions le don que Dieu nous fait dans son Eucharistie et la grâce qu’il nous accorde de venir en nous pour nous sanctifier et nous guérir de nos maux, on le recevrait tous les jours pour être consumé de son amour et rempli de sa sagesse, et l’on connaîtrait comme Nicolas le bonheur des saints.

Saint Nicolas: le sauveur et protecteur de la Suisse

Après les guerres, diplomates et chefs d’Etat se réunissent pour établir des traités et fixer les conditions d’une paix durable. Mais au Jugement dernier, on sera surpris de voir que les vrais artisans de paix ne furent pas que des hommes politiques, mais plutôt des chrétiens et croyants qui ont prié pour la paix, qui comme Abraham et Moïse ont intercédé auprès de Dieu pour épargner le sang et la justice divine. Nicolas de Flüe fut ce grand apôtre de la paix pour la Suisse et l’Europe.

Après avoir résisté à la puissance de Charles le Téméraire et de ses alliés à Grandson, Morat, Nancy, les suisses jusqu’alors pleins de foi et de sagesse allaient se diviser dans les joies de la victoire.

Durant et après les guerres de Bourgogne, nos ancêtres prirent goût des richesses de la conquête et de la vie facile. La simplicité de jadis avait disparu. Les bonnes mœurs s’étaient largement amoindries partout. En trois ans, 1500 criminels furent condamnés par les tribunaux et plusieurs milliers d’aventuriers semèrent la terreur en Suisse centrale. C’est à cette époque que Dieu envoie saint Nicolas de Flüe, un homme de prière, un sage pour relever le peuple et le reconduire sur le chemin du salut. Par ses mortifications et ses vertus, il est une leçon pour tous, forçant à la réflexion et au retour sur soi-même.

Frère Nicolas fit de l’action catholique avec noblesse et courageusement dans son ermitage. Les premiers magistrats du pays venaient lui demander conseil. Avec sagesse et franchise, il leur répondait: «Confédérés, gardez-vous de la désunion, bannissez tout esprit de parti; c’est la perte d’un Etat. Ne cherchez pas à étendre vos frontières et à faire de nouvelles conquêtes; défiez-vous de l’esprit de lucre, et ne vous laissez pas aveugler par l’or étranger. Pas de guerre sans nécessité. Si l’on vous attaque, levez-vous pour vous défendre et pour sauver votre patrie et votre liberté.» Après les guerres de Bourgogne, la Suisse est à l’apogée de sa renommée guerrière, et elle se trouve très près de sa perte. Le partage du butin et la question d’admettre les cantons de Soleure et de Fribourg dans la Confédération faillirent briser l’amitié confédérale et jeter les cantons dans la guerre civile. La diète fédérale réunie à Stans ne pouvait trouver un accord. Elle allait se dissoudre et l’on ferait appel aux armes. Henri Amgrund, curé de Stans, se rendit en hâte auprès de saint Nicolas et le supplia au nom de Dieu de sauver la patrie.

Frère Nicolas souffrit beaucoup en apprenant la discorde des confédérés allant s’aggravant. Combien ces querelles furent douloureuses pour lui et il implora la grâce divine avec ferveur pour le salut de la patrie. Le salut vint du Seigneur parce que le message du Ranft, apporté par le curé de Stans, illumina le cœur des délégués et rétablit la paix. Le Convenant de Stans eut lieu le 22 décembre 1481.

Un vote unanime accueillit Fribourg et Soleure au nombre des cantons confédérés. Le bienheureux Nicolas fut remercié de tous.

Le Conseil fédéral en 1917 ordonna de sonner les cloches dans toute la Suisse pour reconnaître en saint Nicolas de Flüe, un homme de prière et le sauveur de la patrie. L’abbé d’Einsiedeln fit le vœu solennel de placer un ex-voto dans la sainte chapelle si la Suisse était épargnée durant la première guerre mondiale. Elle le sera et la promesse sera tenue. Avant la Deuxième Guerre mondiale, Hitler avait décidé de soumettre tous les états neutres au Reich, et la Suisse devait être annexée. Mais du haut du ciel Nicolas veillait et il étendit sa main sur le pays et sauva la Suisse une seconde fois.

Le grand saint, ami de l’unité civile et religieuse aurait voulu préserver sa chère patrie du schisme religieux qui guettait l’Europe en 1521 avec l’excommunication de Luther et la montée du protestantisme en Suisse. Avec son esprit prophétique, il entrevit ce que serait l’avenir religieux de la Suisse: la confusion des esprits en matière de foi et la révolution religieuse du XVIe siècle. «Mes chers enfants, disait-il, ne vous laissez pas tromper par la nouveauté et par les artifices des hommes… Ne vous laissez pas agiter comme le roseau par la violence du vent.» Après le schisme, les hauts magistrats de Berne disaient de lui: «Nous tenons le Frère Nicolas en si haute estime que, pour nous, il n’y a pas le moindre doute qu’on doive le compter au nombre des saints.» Que le saint pacificateur de la Suisse soit aussi le gardien de notre foi et qu’il ramène nos frères séparés au sein de l’Eglise!

Nicolas rejoint son Dieu qu’il a tant aimé!

Dieu avait prédit à Nicolas qu’à 70 ans, il serait délivré de toutes peines et introduit au ciel. La vie de Nicolas fut tissée de bonnes œuvres devant Dieu et devant les hommes. Approchant de sa 70e année, au printemps de 1487, le 21 mars, jour anniversaire de sa naissance, après huit jours de grandes souffrances qu’il supporta avec une patience surhumaine, Nicolas sentit sa mort venir. Il demanda le Pain céleste de l’Eucharistie que le curé de Stans lui apporta. A la vue de son Dieu, Nicolas communia avec une ferveur indicible et se recueillit dans une profonde action de grâce. Puis il prit la main de sa femme et de ses enfants qu’il plaça sur son cœur, celle du curé de Stans qu’il approcha de ses lèvres. Il s’affaissa, regarda le ciel et rendit sa belle âme à Dieu.

A la nouvelle de sa mort, une grande douleur et un deuil général se répandirent dans la Suisse. Le peuple  était comme des enfants orphelins de leur père. Le lendemain, tous les prêtres des environs se réunirent pour célébrer les funérailles du saint homme. Des milliers de villageois accompagnèrent en grande pompe son corps dans la louange et la prière à l’église de Sachseln où il fut enseveli dans le tombeau de ses aïeux. Tous les cantons organisèrent pour le Père et le Pacificateur de la patrie, de solennels services funèbres. Sigismond, archiduc d’Autriche fit célébrer un Requiem le plus solennel possible accompagné de cent messes pour les défunts.

Le 21 mars 1518, Monseigneur Benoît de Montferrand, évêque de Lausanne, fit placer les restes de Frère Nicolas dans un sépulcre de marbre. A son exhumation, un doux parfum s’exhala de ses restes vénérés. Aujourd’hui, Nicolas de Flüe repose dans une statue reliquaire en argent placé sous l’autel principal de l’église de Sachseln. C’est là qu’il attend le jour glorieux de la Résurrection.

Le saint Ermite glorifié dans le Seigneur

Le jugement de Dieu pour ce grand saint se manifeste par celui de l’Eglise. Frère Nicolas est dans la gloire et le bonheur éternels. Si les hommes s’expriment par des mots, Dieu se manifeste par des miracles. Vivant, Nicolas fut glorifié par des miracles. Le plus grand fut son jeûne absolu. Pendant vingt ans, il ne vécut que de la sainte Eucharistie. Ce fait fut vérifié par l’évêque de Constance et aussi par des magistrats d’Obwald qui firent surveiller pendant un mois la demeure du solitaire. Un historien écrira: «Rien n’est mieux prouvé que ce fait; on refuse de le croire uniquement parce qu’il est catholique.»

Le second miracle de Frère Nicolas est la manière dont il éteignit l’incendie de la ville de Sarnen. Du haut du rocher de Flüeli d’où il voyait la ville en feu, il étendit la main vers Sarnen et par un signe puissant de la Croix, il ordonna à l’élément dévastateur de s’apaiser. A cet endroit se trouve la chapelle de Flüeli où chaque année, les habitants de Sarnen se rendent en procession pour remercier Dieu de ce miracle.

Les livres et les registres paroissiaux de Sachseln relatent de nombreuses faveurs et guérisons obtenues par l’intercession de Frère Nicolas. Ajoutons  le don de prophétie et les visions (celle de la Sainte-Trinité) dont fut favorisé le saint ermite.

L’Eglise a aussi parlé en reconnaissant la sainteté de cet homme de Dieu. Le pape Innocent X en 1649 reconnut le culte qu’on vouait à Nicolas de Flüe pour ses nombreux miracles. Il le béatifia en 1649.

Mais il fallut attendre presque trois cents ans avant que Frère Nicolas soit canonisé par le pape Pie XII le 16 mai 1947, jour de l’Ascension.

Chaque année, le jour de sa fête le 25 septembre, les pèlerins viennent de toute la Suisse pour implorer ses grâces et lui confier leurs besoins.

Mais l’on sait que depuis sa canonisation, ses mérites et sa puissance d’intercession se sont répandus dans le monde entier. Pour saint Nicolas, la paix est toujours en Dieu. C’est pourquoi, il fut toute sa vie un homme travaillant à la justice et à la paix entre les hommes. Après la paix entre les confédérés, le 22 décembre 1481, ce sera la main protectrice de saint Nicolas de Flüe protégeant la Suisse de l’invasion allemande le 17 mai 1940 vers 21 h 30. Le chancelier allemand Adenauer à l’âge de 79 ans  a réussi la reprise des relations diplomatiques avec l’URSS et obtenu la libération des prisonniers de guerre allemands détenus en URSS. Ceci est dû à l’intercession de saint Nicolas de Flüe auprès du Dieu de la paix.

Outre le patronage de la Suisse, saint Nicolas est un exemple pour tous les jeunes et adultes qui viennent à lui pour réfléchir à leur vie et prendre dans le silence de son Ranft la bonne décision ou trouver le sens de leur vie en faisant la volonté divine.

Saint Nicolas est aussi un fédérateur d’œcuménisme rappelant aux hommes le sens de l’unité de la foi et la volonté de vivre dans le désir du Christ: une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous les hommes. On retrouve Frère Nicolas en Hongrie à Kosarminsleny près de Pées où une église franciscaine porte son nom et transmet son message de paix familiale et sociale aux hommes de ce pays. En Sibérie, à Tchéliabinsk, l’autel central renferme des reliques de saint Nicolas et les gens apprennent à découvrir la grandeur de ce saint, apôtre de la justice et de la paix. On retrouve saint Nicolas sur l’île de Flores en Indonésie où une église porte son nom et on créera un «ranft» indonésien pour aider les gens à vivre en frères et à s’entraider dans une vie sociale et économique plus fraternelle. En Thaïlande à l’église de Pattaya dans une enclave germanophone, saint Nicolas est vénéré et prié pour vivre plus fraternellement avec les musulmans. En Afrique, saint Nicolas a trouvé sa place au Burundi où il appelle Hutus et Tutsis à vivre en frères et à grandir ensemble dans une nation pacifiée.

Saint Nicolas ne pouvait pas rester un saint suisse, il devait passer les frontières et être vénéré dans quatre continents et prié dans plus de 400 chapelles ou églises où il rappelle à tout homme que la paix est une notion qui dépasse l’absence de guerre ou de conflit mais qui se traduit pas un bien-être de l’individu et de la communauté fondé sur l’amour fraternel avec la grâce de Dieu. Cette paix exige d’abord la paix en Dieu et en soi-même pour être vécue avec tous les hommes. Tel est le message que saint Nicolas de Flüe a voulu donner aux hommes de tous les temps par sa vie d’homme, d’époux, de père et d’ermite abîmée dans la prière et la charité.

Père François Zannini

 

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