Prochaine étape en 2017 : Des prêtres mariés

PROCHAINE ÉTAPE EN 2017: DES PRÊTRES MARIÉS

Vu le rôle que joue le portail Vatican Insider dans la diffusion des humeurs et des intentions qui agitent les palais du Vatican, l’article intitulé « Amazonie, là où les prêtres sont un luxe » publié le 21 décembre sous la plume de Rafael Marcoccia qui dévoile un important projet en chantier ne peut pas passer inaperçu. Il traite de l’ordination sacerdotale de « probati viri », soit d’hommes mariés en Amazonie. Un initiative qui reviendrait à faire tomber, tôt ou tard, l’obligation du célibat sacerdotal dans l’Eglise catholique de rite latin.

Comme toujours lorsqu’il s’agit d’introduire des innovations contestées, on s’y prend graduellement en suivant la technique bien connue de la « grenouille ébouillantée » qui ne manquerait pas de réagir si on la jetait tout de suite dans l’eau bouillante mais qui ne se rend compte de rien si on mène l’eau à ébullition progressivement.

Dans le cas présent, l’innovation ne serait introduite que dans des zones limitées en invoquant une « situation d’exception » susceptible d’en justifier la mise en œuvre sans soulever trop d’opposition: en ce qui concerne l’ordination sacerdotale de « probati viri », la zone choisie est le Brésil et plus précisément l’immense région amazonienne qui compte peu de prêtres actifs.

L’article de Rafael Marcoccia insiste sur la nécessité d’apporter « les solutions concrètes et courageuses » que l’Eglise amazonienne est en droit d’attendre, c’est-à-dire que « le Pape François ne tarde pas à prendre des initiatives pour faciliter le travail d’évangélisation et la célébration plus fréquente de la messe dans une zone bien précise frappée par le manque de prêtres ». L’idée serait de créer un clergé autochtone capable de prendre soin des communautés les plus isolées. Un tel clergé devrait « être enraciné dans la culture, l’histoire, les problèmes, les rêves et les projets du peuple amazonien et plus particulièrement dans l’univers des peuples indigènes. »

La raison pour laquelle on insiste lourdement sur le fait qu’il s’agirait d’un clergé autochtone en mesure de témoigner de la culture locale est exprimé en ces termes: « On pourrait également choisir des hommes mariés qui dirigent leur famille avec sagesse. » « Ce serait important parce que la culture indigène ne comprend pas le célibat. », affirme l’évêque de São Gabriel da Cachoeira ». Les populations amazoniennes ne comprennent pas le célibat, donc il faut s’en débarrasser.

A lire ces mots, la doctrine ne changerait pas mais bien son application pastorale – un concept déjà utilisé lors du débat sur les sacrements et les divorcés remariés – et l’application se ferait au cas par cas en respectant les cultures locales et en se soumettant à leurs usages.

Cependant, une doctrine qui se plierait aux us et coutumes des différentes populations auxquelles elle est annoncée cesserait d’être catholique, c’est-à-dire universelle. A ce propos, le Ciel a parlé, en Amérique Latine justement, montrant combien de telles affirmations sont étrangères à la foi catholique: lorsque la Bienheureuse Vierge Marie, aujourd’hui vénérée comme Notre-Dame de Guadalupe – la Morenita – imprima son image sur le manteau de S. Juan Diego en 1531 au Mexique, elle s’y représenta avec les cheveux défaits, un signe qui indique la virginité dans la culture aztèque.

Ainsi, Notre-Dame exprimait non seulement sa nature de vierge éternelle mais également la valeur de la virginité perpétuelle pour le Royaume des Cieux, une chose complètement inconnue aux populations indigènes. La Vierge affirmait de la sorte la doctrine éternelle de l’Eglise qui, plutôt que de se dissoudre dans les usages locaux, utilise un langage compréhensible par tous les fidèles locaux.

L’un des aspects essentiels de cette question d’ordination sacerdotale de « probati viri », c’est que cette expérience, même si elle demeurait dans un premier temps limitée à l’Amazonie, ne tarderait pas à être réclamée par d’autres. Quelle différence y a-t-il en effet entre les difficultés causées par la pénurie de prêtres en Amazonie et celle que l’on rencontre en Allemagne, en Belgique ou en France? L’exception deviendrait bien vite la règle avec pour conséquence inévitable l’apparition un peu partout d’un clergé marié qui servirait de prétexte pour que les autres prêtres réclament eux aussi la possibilité d’abandonner immédiatement le célibat.

C’est exactement ce qui s’est passé concernant l’accès des divorcés remariés aux sacrements: du « cas par cas », on passera très vite à une règle générale qui permettra à tout un chacun d’accéder aux sacrements tout en continuant à vivre dans un état matrimonial irrégulier. Pareil en ce qui concerne la soi-disant « intercommunion » que le cardinal Kasper réclame pour les couples mixtes catholiques-protestants qui, à partir d’un cas exceptionnel, se transformerait immédiatement en règle générale qui reviendrait à l’autoriser pour tous les fidèles catholiques et protestants.

La nouvelle des possibles ordinations de « probati viri » au Brésil n’est pas un nouveauté: fin 2014, le vaticaniste Marco Tosatti avait révélé l’existence d’une lettre que le Pape François avait adressée au Cardinal brésilien Hummes, l’ancien préfet de la Congrégation pour le clergé qui discutait justement de la possibilité d’ordonner des « viri probati » pour les diocèses d’Amazonie. A l’époque, le porte-parole du Vatican avait répondu par ce que beaucoup avaient estimé être une excusatio non petita: le P. Lombardi avait démenti l’existence d’une lettre du Pape concernant le célibat sacerdotal, ce que Tosatti n’avait lui-même jamais prétendu en se limitant à parler de l’ordination de « probati viri ».

La question est donc grave. Ces derniers jours, même l’ex-religieux franciscain brésilien Leonardo Boff réclame un clergé marié pour suppléer au manque de prêtres. Du reste, alors que Vatican Insider avance avec des pieds de plomb parce qu’il s’adresse à un public italien, le portail officiel de la Conférence Episcopale Allemande, katholisch.de, a rapporté les propos de Boff avec une satisfaction mal dissimulée, comme s’il s’agissait d’une initiative que les évêques allemands attendaient avec impatience de pouvoir appliquer également chez eux.

Source: LNBQ, Guido Villa

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