Des paroles méprisantes à l’égard de bon nombre de catholiques

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L’auteur des lignes qui suivent est le Professeur Markus Böning, théologien et juriste. Il vit dans la région de Münster (D).

« Que penser de la menace émise par le responsable de la Rote romaine à l’encontre des Cardinaux Meisner, Brandmüller, Burke et Caffara ? Est-ce à cela que ressemble la culture du dialogue dans l’Eglise, dialogue prôné par le pape lui-même ? On pourrait croire à une mauvaise blague. Mais non : c’est la triste réalité.

Ce qui vient à nos oreilles en provenance de Rome, de la bouche de Mgr Pinto, est particulièrement choquant pour tous les catholiques qui depuis des années s’engagent dans leurs paroisses en faveur du respect de la doctrine et de la liturgie de l’Eglise. Jusqu’ici, en effet, ces fidèles avaient à tout le moins la ferme assurance qu’à Rome une instance comprendrait et soutiendrait leur engagement. Mais tout semble avoir changé. On entend maintenant parler de “chrétiens vivant une foi tout droit sortie d’un musée”, de “nostalgiques d’une certaine forme liturgique”, de “ceux qui voient tout en noir et blanc”, de “ceux qui voudraient lapider les pécheurs” (cf. Amoris laetitia, n.305).

Quelle tristesse, quelle bassesse dans cette distribution d’étiquettes, parfois de la part même du Pape !

Et voilà que maintenant quatre cardinaux qui ne font rien d’autre que de demander au Pape de s’exprimer clairement en ce qui concerne le contenu du document Amoris laetitia, sont menacés de perdre leur dignité cardinalice ! A n’en pas douter, on cherche ici à établir un climat de peur, dans le but d’avoir enfin la paix.

Mais peut-on museler ainsi la vérité ? Ce n’est pas évident !

Cette menace émise par le juriste Pinto représente, de plus, une véritable insulte à l’encontre des innombrables catholiques qui depuis des décennies, pleins d’admiration et de reconnaissance, ont fait confiance au sens pastoral des quatre cardinaux qui ont offert leur vie au Christ et à son Eglise.

Personnellement, ce qui m’attriste le plus, c’est la manière dont est traité le Cardinal Meisner (Archevêque émérite de Cologne – n.d.l.r. -).

Je me sens le devoir de me positionner clairement de son côté (…). Cet homme a été confronté au communisme durant son enfance et malgré toutes les pressions qu’il a dû subir, a été ordonné prêtre. Jamais il n’a renié sa foi. Alors comment un simple membre de la Curie romaine peut-il se permettre de tancer un tel homme ? Et de cette façon en de plus ?

Il est évident que le ton de la menace n’a pu prendre cet accent que parce que le “chef d’orchestre” l’a voulu ainsi, ou au moins l’a toléré. S’il n’en était pas ainsi, le Pape aurait à cœur de remettre à sa place cet importun qui laisse éclater sa fureur et par là de montrer clairement à tous les fidèles qu’on ne peut accepter une telle attitude au sein de l’Eglise.

Nous avions jusqu’ici le problème de ces incompréhensions d’un document officiel non prises en compte ; nous sommes maintenant confrontés, en plus, aux relations problématiques entre un chef et ses subordonnés. Le Pape François n’a cessé d’insister sur la culture du dialogue dans l’Eglise ; or la situation actuelle n’a plus rien à voir avec un dialogue imprégné du respect de celui qui pense autrement.
(…) Tout récemment encore il me semblait impensable qu’un Pape puisse rester aussi vague dans un écrit doctrinal. (…) Ce Pape doit à présent s’engager pour clarifier la situation : après tout, n’est-ce pas son document nébuleux qui a déclenché l’incompréhension dans l’Eglise ? Et ce ne sont sûrement pas les nombreuses insinuations – même de la part de certains prélats – prétendant que le Pape n’aurait pas écrit lui-même ce texte, ou bien qu’il n’est pas vraiment théologien, qui changeront quelque chose à l’affaire. Non ! Le Pape est le guide suprême de son Eglise et un guide doit enseigner. S’il ne le fait pas en toute clarté et vérité, alors notre Eglise se trouve devant un sérieux problème.

D’autres répètent sans cesse que l’enseignement du Pape requiert une obéissance inconditionnelle. Ah bon ? Sommes-nous donc dans une dictature ? Non : cela va trop loin.

Pour moi, le temps est venu d’examiner de près cette attitude papolâtre de certains d’entre nous, d’entreprendre un examen critique de cette attitude dans le sens de ce qu’écrivait le Cardinal John Newman. Et puis, nous avons tous le devoir de nous confronter au souverain pontife de l’Eglise. Ecoutons donc ce que dit S. Thomas d’Aquin à ce sujet : “Remarquons toutefois que, s’il y avait danger pour la foi, les supérieurs devraient être repris par les inférieurs, même en public. Aussi Paul, qui était soumis à Pierre, l’a-t-il repris pour cette raison. Et à ce sujet la Glose de S. Augustin explique : “Pierre lui-même montre par son exemple à ceux qui ont la prééminence, s’il leur est arrivé de s’écarter du droit chemin, de ne point refuser d’être corrigés, même par leurs inférieurs.” (S.T., II-II, q. 33, 4c).

Dégrader les cardinaux reviendrait à défaire une canonisation. Nous nous retrouverions alors en bonne compagnie avec les évêques jadis exilés par l’empereur et la majorité de ses évêques au moment de la lutte contre l’arianisme. Souvenons-nous des paroles de S. Hilaire à cette époque : “Je suis prêt à vivre pour toujours en exil, pourvu que la vérité soit à nouveau proclamée.” (Hil. De Syn, 78). Voilà qui devrait clore la discussion ! »

Source : Kathnet. (Trad. MH/APL)

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