Diocèse de Lyon : l’omerta se fissure

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Diocèse de Lyon : l’omerta se fissure

Il y aura bientôt un an qu’éclatait ce qu’on appelle « l’affaire Barbarin ». Elle a ébranlé le diocèse de Lyon et résonné jusqu’au sommet de l’État et du Vatican. Elle est loin d’être terminée. Un nouveau pas vient d’être franchi ces jours derniers. Nous ne parlons pas de la cérémonie de repentance célébrée il y a peu. Cérémonie qui avait quelque chose de pitoyable, tant par l’attitude de son initiateur que par le sentiment de malaise qu’elle a engendré.

Quelque chose de bien plus intéressant vient de se produire. Des prêtres de Lyon ont pris la parole publiquement et dans les médias (voir ici et )

Dans l’ensemble, et pour des raisons que nous exposerons brièvement, le silence du clergé lyonnais avait été jusque-là assourdissant. Face à la marée médiatique, pas une prise de position, pas une pétition de soutien à celui qui devrait être leur « frère et père ». On avait connu, en d’autres temps, ce clergé si fier de son indépendance et de sa liberté de parole, plus disert et plus réactif. Motif ? Un profond malaise, tant sur la forme que sur le fond. D’une part, le fait était connu bien au-delà des frontières, même françaises, que le cardinal avait fait, à force de morgue et d’indifférence vis-à-vis de ses prêtres, le vide autour de lui. Seule une garde rapprochée d’obligés tentait encore de faire croire qu’elle y croyait. En vain. De l’autre, tout le monde savait que des « cadavres » trainaient dans les placards, et que rien n’avait été fait, pour tenter de trouver des solutions. Ils serraient les dents en attendant la catastrophe. Lorsqu’elle s’est produite, tout le monde, de gauche à droite, s’est tu. Par indifférence et par honte, sachant que, de toute, façon, l’éminent prélat mis en cause une fois parti, de gré l’âge venant, ou de force, c’est eux qui auraient à porter, au quotidien, le poids du déshonneur et de la suspicion. Certains, sur place, ont même été jusqu’à dire que l’épreuve avait rapproché un clergé connu pour ses profondes divisions.

Que disent ces prêtes lyonnais, et pas des moindres ?

L’un d’eux explique comment, pendant des années, il a, avec d’autres, été « pris dans l’étau du mensonge et le couvercle de plomb du silence imposé », au nom de « l’honneur de l’institution, et peut-être la tranquillité des familles ». Que l’institution s’est surtout préoccupée « de s’assurer de l’indéfectible loyauté de ses serviteurs, jusqu’au silence devant l’abjection ! », avant de rechercher la vérité.

L’autre, prêtre de Lyon en ministère hors du diocèse, va plus loin et ne mâche pas ses mots. Pour lui : « les excuses du Primat des Gaules tiennent davantage de la “gesticulation” », de la communication de façade. Il fait part de ses doutes quant à l’honnêteté de la démarche du cardinal. « Cette demande de pardon n’est-elle qu’une gesticulation de plus, se demande-t-il. « S’il s’est vraiment trompé et qu’il en est enfin convaincu, l’archevêque devrait présenter sa démission au Saint Père […] Sans aucune de ces décisions, il sera évident que nous assistons à une manipulation de plus ». On sera d’accord avec lui pour souligner que toute cette repentance, toutes ces déclarations, toutes ces décisions n’ont eu pour seule et quasiment unique motivation la panique provoquée par l’action médiatique. Ce n’est nullement accabler l’autorité ecclésiale que de constater que les victimes ont pesé pour rien tant que leurs plaintes n’ont pas été relayées par les médias. Ce n’est pas une interprétation. C’est un fait. Il est tragique.

Il a fallu un an, mais, avec ces déclarations, la langue de buis vole en éclat. Le rideau de fumée mis en place par les brillants communicants de l’Église de Lyon s’envolent. Est-ce un mal ? Franchement, après des années d’omerta, je ne crois pas. Beaucoup, en leur for intérieur, usés par des années de « silence imposé », doivent se dire : « Enfin » ! On peut avec raison continuer à s’interroger sur les motivations de ceux qui, en arrière-main et pour des raisons qui n’ont rien à voir avec l’amour du Christ et de son Église, jettent de l’huile sur le feu. Il n’empêche. Nous payons aujourd’hui le prix de l’hypocrisie, de la lâcheté et de la compromission avec le monde, de ceux qui auraient dû nous défendre contre les loups de l’intérieur comme de l’extérieur. Ne dites pas « ils ne savaient pas », ce serait ajouter le mensonge au reste.

Si ces faits pouvaient servir de leçon à tous ceux qui, aujourd’hui encore, refusent de regarder la vérité en face et continuent à s’enfermer dans leur suffisance et leur insuffisance, tout cet horrible gâchis n’aurait pas été totalement vain.

Gaston Champenier

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