Le cardinal Schönborn panique

schonborn6

Le cardinal Schönborn panique

La publication des dubia sur Amoris lætitia par quatre cardinaux a fortement secoué le sol de la Rome vaticane. L’entourage du pape avait été averti que les questions auxquelles François ne jugeait pas utile de répondre seraient publiées, mais il n’imaginait pas qu’elles auraient une telle résonance. Les esprits se sont à ce pointé échauffés, qu’à Santa Marta, on a cru y voir l’amorce d’une procédure d’empêchement ! Il faut dire que, depuis lundi, et surtout depuis l’arrivée à Rome de cardinaux du monde entier venu participer à ce curieux consistoire privé d’assemblée, on se détermine, pour ou contre, en fonction de cette lettre des quatre cardinaux.

Incontestablement, le pape s’est, pour le dire familièrement, pris les pieds dans le tapis. Son intention était d’ouvrir un certain laisser faire laisser passer pour la communion des divorces remariés, sans trop le dire clairement, mais qui aurait été le signe concret d’une entrée dans une ère de miséricorde. La difficulté a été que, dans l’Église, même l’Église aujourd’hui, la doctrine a des exigences précises : pour ouvrir la porte à l’eucharistie à des divorcés remariés, il a fallu dire expressis verbis que, dans certains cas, l’adultère n’était plus un péché.

Le seul personnage parmi les proches du pape qui eût pu empêcher de faire cette énorme erreur, pour qualifier faiblement une hétérodoxie, était le cardinal Schönborn, archevêque de Vienne, grand maître d’œuvre du Catéchisme de l’Église catholique. Or, c’est tout le contraire qui est arrivé : les personnes qui ont l’oreille du pape, comme le P. Spadaro, directeur de La Civiltà Cattolica, le cardinal Baldisseri, Mgr Paglia, Mgr Semeraro, ont poussé à la promotion du cardinal Schönborn comme défenseur théologique autorisé du texte qu’ils préparaient.

Cela leur a semblé un beau coup politique, car Christoph Schönborn était en quelque sorte un transfuge. Schönborn, qui au Conclave de 2013 n’avait pas voté pour Bergoglio mais pour son ami Scola, devait faire partie des cardinaux signataires du livre Mariage et famille, publié avant le synode de 2015, pour tenter d’éviter ce qui se tramait. Mais le comité directeur de préparation de l’ouvrage a préféré éliminer la contribution du cardinal Schönborn, non pas pour des raisons de fond – elle était assez classique, ce que l’on peut vérifier puisqu’elle a été publiée par le bimensuel L’Homme nouveau, le 26 septembre 2015 –, mais parce que le cardinal était trop imprévisible et changeant. Ainsi, comme les Apôtres, les douze cardinaux se sont retrouvés onze…

La précaution s’avéra fort sage lorsqu’on entendit, dans l’assemblée synodale d’octobre 2015, le cardinal Schönborn demander la réécriture du Catéchisme de l’Église catholique en ce qui concerne l’homosexualité. En suite de quoi, le flexible archevêque de Vienne devint le défenseur de l’Exhortation apostolique. On comprend que les récents dubia aient éprouvé ses nerfs. Intervenant le 18 novembre dans un cours de formation pour évêques organisé auprès du Tribunal de la Rote Romaine, par son doyen, Mgr Pinto, pour expliquer la nouvelle procédure de déclarations de nullité de mariage (« Les deux motu proprio et Amoris lætitia : vérité, imputabilité et miséricorde »), il dérapa dans ses propos. Il loua Amoris lætitia comme, ni plus ni moins, un « document magistériel ». En quoi il contredisait l’exhortation elle-même qui, dans son introduction prend grand soin d’affirmer la légitimité de la libre discussion. Mgr Dimitrios Salachas, exarque de l’Église grecque-catholique, intervenant la veille (« La dimension œcuménique des deux motu proprio Mitis Judex Dominus Jesus et Mitis et misericors Jesus »), avait qualifié, quant à lui, le texte de « très orthodoxe », affirmant que les Orientaux rendaient grâce pour sa « clarté », ce qui n’est vraiment pas sa qualité première.

Puis le cardinal de Vienne a vitupéré contre les questions posées au pape par les cardinaux Brandmüller, Burke, Caffarra, et Meisner. C’est une « attaque contre le pape », s’est écrié le Christoph Schönborn, car les cardinaux « doivent être obéissants au pape » ! Questionner pour être éclairé, c’est donc désormais désobéir… Les quatre cardinaux écrivaient pourtant : « Nous nous permettons, avec un profond respect, de Vous demander, Très Saint Père, en tant que Maître suprême de la foi appelé par le Christ Ressuscité à confirmer ses frères dans la foi, de résoudre les incertitudes et de faire la lumière, en ayant la bonté de répondre aux dubia que nous nous permettons de joindre à la présente lettre ».

Mais pour le cardinal Schönborn, Amoris lætitia, sans aucun caractère magistériel, même du plus bas degré, devient un super-dogme. Encore une modification au Catéchisme catholique que le cardinal de Vienne pourra maintenant proposer.

Cet article a été publié dans Uncategorized. Ajoutez ce permalien à vos favoris.
%d blogueurs aiment cette page :