« Dubia »

« Dubia »

Quatre cardinaux rendent publique une lettre à propos des ambiguïtés d’Amoris Laetitia, qu’ils ont écrite au pape… lequel ne leur a pas répondu. Socci: « on ne peut pas continuer à faire comme si c’était le cardinal Kasper qui étaiten cause. Il y a un seul responsable ». (15/11/2016, mise à jour le 16)

Hier 14 novembre, La Nuova Bussola écrivait sous le titre « QUATRE CARDINAUX ÉCRIVENT AU PAPE: FAITES LA CLARTÉ« :

(..) Quatre cardinaux – Raymond L. Burke, Walter Brandmuller, Carlo Caffara et Joachim Meisner – ont formellement exprimé au pape François cinq « Dubia » (doutes), concernant à la fois la question très débattue de la communion pour les divorcés remariés, et surtout la valeur des normes morales qui concerne précisément la conception de la vie chrétienne. Les « Dubia » ont été envoyés au pape il y a deux mois, mais comme il n’y a pas de réponse, ce document exceptionnel est rendu public afin que la réflexion sur les questions soulevées puisse se poursuivre. L’enjeu, c’est tout l’édifice de la morale catholique.

Ce document, publié simultanément sur des journaux du monde entier (pour l’Italie en exclusivité sur la Nuova Bussola et sur le site http://www.chiesa du vaticaniste Sandro Magister), se compose de quatre parties: une explication adressée au lecteur du sens de cette initiative; la lettre adressée à François, qui accompagnait les « Dubia »; les « Dubia »; le commentaire sur chacun des « Dubia ».

On trouvra l’ensemble de ces documents en français sur le site de Sandro Magister.
Le simple fait que les courageux prélats aient jugé bon de les rendre publics, joint au silence du Pape, prouve qu’il y a un grave problème au sommet de l’Eglise.

Aujourd’hui, Riccardo Cascioli consacre son éditorial à l’évènement – puisqu’il est le directeur d’un des détenteurs de l’exclusivité (cf. Mise à jour):

Sur sa page Facebook, Antonio Socci commente l’article, ou plutôt une phrase: «on peut dire qu’assumer une interprétation kasperienne d’Amoris Laetitia (remplaçant l’objectivité de la situation par la subjectivité de l’individu) signifie s’engager sur la route de la protestantisation».

Son propos s’applique plus largement à de nombreux analyses qui prétendent mettre le Pape à l’abri en l’exonérant des fautes et en imputant tout à ses proches conseillers (qu’il a lui-même choisis!). Une hypothèse qui, comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire, est de plus en plus indéfendable au fil des jours (cf. Scalfari: le Pape récidive).

Un peu plus de courage pour éviter l’hypocrisie : le problème, c’est le pape Bergoglio

Je partage les considérations que mon ami Richard Cascioli fait dans cet éditorial. Mais on ne peut pas continuer à faire comme si c’étaient les idées du cardinal Kasper qui sont en discussion.
Comme on ne peut pas faire semblant de croire qu’il y a encore un conflit entre les différentes interprétations d‘Amoris Laetitia. On ne peut pas faire semblant d’ignorer que le pape Bergoglio a déjà donné-même, – bien que d’une manière étrange, par le biais d’une lettre aux évêques argentins – son interprétation, déclarant qu’il s’agit de l’interprétation officielle (celle qui porte à la rupture de la tradition de la doctrine catholique).
C’est si vrai que déjà plusieurs diocèses commencent à s’engager dans cette direction traumatique.
Du reste, il est très grave que Bergoglio ait décidé de ne pas répondre aux « Dubia » présentés – selon les normes canoniques – par les cardinaux. Parce qu’ainsi vient à manquer le sens profond du ministère pétrinien, dont la mission est précisément celle d’être le roc, la certitude de la doctrine.
Bergoglio non seulement se refuse de clarifier, mais – au contraire – il est précisément celui qui alimente la confusion : Amoris Laetitia est un monument à la confusion et à l’ambiguïté.
La question centrale, le vrai problème, qui émerge en lisant le document des cardinaux et en considérant le refus de répondre de la part de l’évêque de Rome, est unique: le Pape Bergoglio.

 

Mise à jour (16/11)

L’éditorial de Riccardo Cascioli:

Morale et Eucharistie: derrière les « Dubia » se joue la partie sur les fondements de l’Eglise
Riccardo Cascioli
15/11/2016
www.lanuovabq.it

* * *

L’énorme intérêt suscité par la publication, hier, des « Dubia » de quatre cardinaux à propos de l’exhortation apostolique Amoris Laetitia (la Bussola a battu tous les records d’accès) est le signe d’un malaise et d’un besoin de clarté très difus parmi les catholiques, et toujours croissant.

En soi, le pas accompli par les cardinaux Brandmuller, Burke, Caffara et Meisner, bien que prévu par les normes canoniques, est certainement inhabituel et s’explique par le caractère exceptionnel de la situation que vit l’Église. Même la tentative de diminuer la portée du geste, la confinant à la réaction de quelques cardinaux qui auraient perdu le contact avec la réalité, est pathétique. Parce que les derniers mois – entre documents, appels, commentaires et prises de position variées – ont vu un grand ferment des catholiques pour réaffirmer la valeur du mariage et de l’Eucharistie, tels que transmise par la tradition et mis en danger par un fort courant philo-protestant qui joue sur le « non-dit » des déclarations papales. La publication des cinq « Dubia » n’est donc que la pointe d’un iceberg qui tend à gonfler chaque jour qui passe.

Il est en effet clair, y compris d’après les mots des cardinaux, que le point central de la question n’est même pas l’admission des divorcés remariés à la communion. Et même, c’est seulement le «casus belli» sur lequel de joue pourtant un jeu beaucoup plus vaste qui touche les fondements de l’Église, et en particulier deux aspects.

Le premier aspect concerne la morale. Dit très simplement: existe-t-il des normes absolues, autrement dit une distinction claire entre le bien et le mal? Le cas des divorcés remariés est un exemple: si le mariage est valide, il reste indissoluble même si des circonstances particulières impliquent une séparation ou un divorce civil; de sorte que le conjoint qui se marie à nouveau est objectivement dans une situation d’adultère, et cela – pour l’Eglise – ne peut jamais être un bien, quelles que soient les circonstances. Il peut y avoir des conditions atténuantes ou aggravantes, mais le mal reste le mal, c’est une norme objective absolue.

Si au contraire on accepte une certaine interprétation d' »Amoris Laetitia« , il existerait des conditions telles que pour elles, l’adultère n’est pas un péché. Mais si cela était vrai, alors le critère devrait être applicable à tous les autres commandements; tout devient relatif, rien n’est plus absolu. Une conséquence évidente est que tout est relégué à sa propre conscience, et du reste, comment un prêtre pourrait-il faire pour lire dans la conscience des gens? On parle beaucoup d’accompagnement, mais la vérité est que dans cette situation, chaque personne reste seule à décider d’elle-même, parce que tout devient possible. Au contraire, un véritable accompagnement ne peut exister que devant un objectif clair, se mesurant avec une norme absolue, de cette manière l’autre devient une compagnie à son propre destin.

Malheureusement, le débat sur ce point a été faussé par une description caricaturale de la question comme s’il s’agissait de décider entre chasser les « pécheurs » en dehors de l’Église ou les accueillir. Mais cela n’a jamais été la question, l’accueil des personnes quelles que soient les circonstances qu’elles vivent n’a jamais été remis en cause dans le Magistère (il suffite de relire Familiaris Consortio pour le vérifier).

En outre , il se produirait – comme cela a déjà commencé à se produire – que ce qui est vrai en Europe ne peut pas valoir pour l’ Afrique, que ce qui est possible en Allemagne ne l’est pas en France, que deux diocèses voisins suivent des lignes opposées. Un authentique fédéralisme doctrinal, rien de plus éloigné de ce que le catholicisme a représenté durant deux mille ans.

En extrême synthèse, on peut dire qu’assumer une interprétation kasperienne d‘Amoris Laetitia (remplaçant l’objectivité de la situation par la subjectivité de l’individu) signifie s’engager sur la route de la protestantisation.

Et c’est cette synthèse qui nous relie au deuxième aspect de l’enjeu, c’est-à-dire l’Eucharistie. Bien que mentionnée marginalement dans les « Dubia », il est évident que c’est une question très délicate qui est en arrière-plan des questions présentées au pape, et plus généralement de la vie de l’Eglise. En d’autres termes: qu’est-ce que l’Eucharistie et quelles sont les conditions pour y accéder? Est-ce la Cène (le repas) à laquelle tous sont invités et dont personne ne peut être exclu ou est-ce le sacrifice du Corps et du Sang de Jésus, le sacrifice de la Croix perpétué à travers les siècles et qui requiert d’être en état de grâce pour l’approcher?

Si l’Eucharistie est vraiment la source et le sommet de la vie chrétienne, comme le récite le Catéchisme, on comprend que c’est là un point décisif pour l’Église. La décision d’admettre ou non à la communion les divorcés remariés, dépend plus de la conception que nous avons du sacrement de l’Eucharistie que du sacrement du mariage.

Et certaines phrases prononcées récemment par le pape François lors de plusieurs rencontres avec les luthériens – qui ont semblé vouloir ouvrir à l’intercommunion – ont fait naître une série d’interrogations justement sur la conception de l’Eucharistie. Des interrogations qui sont sans réponse pour le moment, tout comme les « Dubia » avancés par les quatre cardinaux.

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