Sermon du Saint Curé d’Ars sur les Larmes de Jésus-Christ…à cause de la perte des âmes !

Sermon du Saint Curé d’Ars sur les Larmes de Jésus-Christ…à cause de la perte des âmes !

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Extrait de ma Réflexion : Notre Dame de Fatima.

Sermon du Saint Curé d’Ars sur les Larmes de Jésus-Christ…à cause de la perte des âmes !

Divers passages d’une homélie du Saint Curé d’Ars sur « notre âme ».

Notre âme est si noble, ornée de tant de belles qualités, que le bon Dieu n’a voulu la confier qu’à un prince de sa cour céleste.

Notre âme est si précieuse aux yeux de Dieu même, que, dans toute sa sagesse, il n’a point trouvé de nourriture qui fût digne d’elle que son Corps adorable, dont il veut qu’elle fasse son pain de chaque jour ; et pour sa boisson, il n’y avait que son Sang précieux qui fût digne de lui en servir.

« Oui, si nous avons une âme que Dieu estime tant, nous dit saint Ambroise, que, quand elle aurait été seule dans le monde, il n’aurait pas cru en trop faire que de mourir pour elle ; et que, quand le bon Dieu, en la créant, n’aurait point créé de ciel, quoique seule dans le monde, le bon Dieu en aurait créé un pour elle seule, » comme il le dit un jour à sainte Thérèse : « Vous m’êtes si agréable, lui dit Jésus-Christ, que, quand il n’y aurait point de ciel, j’en créerais un pour vous seule. » –

« O mon corps, s’écrie saint Bernard, que vous êtes heureux de loger une âme ornée de tant de belles qualités ! Un Dieu, tout infini qu’il est, en fait l’objet de ses complaisances ! »

Oui, notre âme est destinée à aller passer son éternité dans le sein de Dieu même. Disons tout en un mot : notre âme est quelque chose de si grand, de si précieux, qu’il n’y a que Dieu seul qui la surpasse.

Un jour, le bon Dieu fit voir une âme à sainte Catherine. Elle la trouva si belle, qu’elle s’écria : « O mon Dieu, si la Foi ne m’apprenait pas qu’il n’y a qu’un Dieu, je croirais que c’est une divinité ; non, mon Dieu, je ne m’étonne plus que vous soyez mort pour une si belle âme ! »

 

3/ Saint Augustin nous dit : « Voulez-vous savoir ce que vaut votre âme ? Allez, allez le demander au démon, il vous le dira bien. Le démon estime tant une âme, que quand nous vivrions quatre mille ans, si après ces quatre mille ans de tentations il nous gagnait, il compterait tout cela pour rien. »

Ce saint homme qui avait éprouvé les tentations du démon d’une manière toute particulière, nous dit que notre vie n’est qu’une tentation continuelle.

Le démon lui-même dit un jour par la bouche d’un possédé, que tant qu’il y aurait un homme sur la terre, il le tenterait.

Parce que, dit-il, je ne puis souffrir que des chrétiens, après tant de péchés, puissent encore espérer le ciel que j’ai perdu d’une seule fois, sans avoir pu le regagner.

Si Notre Seigneur a été tenté, c’est pour nous montrer que nous devions l’être, aussi il faut donc absolument nous y attendre.

Si vous me demandez ce qui est la cause de nos tentations, je vous dirai que c’est la beauté et la valeur de notre âme que le démon estime et aime tant, qu’il consentirait à souffrir deux enfers s’il le fallait, et si par là il pouvait entraîner notre âme en enfer.

Que faut-il conclure de cela ? Sinon qu’il faut que notre âme soit quelque chose de bien grand aux yeux des démons, puisqu’ils sont si attentifs à ne pas manquer une seule occasion de nous tenter, afin de nous perdre, pour nous entraîner dans leur malheur.

Mais si nous avons vu, combien notre âme est quelque chose de grand, combien Dieu l’aime, combien il a souffert pour la sauver, les biens qu’Il lui prépare dans l’autre vie…si nous avons vu en même temps toutes les ruses et tous les pièges que le démon nous tend pour la perdre… A présent, qu’en pensons-nous ? Et quelle estime en faisons-nous ? Et quels soins en prenons–nous ?

Avons-nous jamais conçu une pensée de la grandeur de notre âme, et du soin que nous en devons prendre ?

Que faisons-nous, de cette âme qui a tant coûté à Jésus-Christ ?

J’aimerais laisser parler maintenant le Saint Curé d’Ars, dans une de ses merveilleuses homélies sur « Les Larmes de Jésus devant l’état de nos âmes…et leur perte »…          

EXTRAIT de cette homélie :

Jésus, voyant la ville, pleura sur elle.
(Saint Luc, XIX, 41.)

Jésus-Christ, en entrant dans la ville de Jérusalem, pleura sur elle, en disant : « Si, du moins, tu connaissais les grâces que je viens t’apporter et que tu voulusses bien en profiter, tu pourrais encore recevoir ton pardon. Mais, non, ton aveuglement est monté à un tel excès, que toutes ces grâces ne vont servir qu’à ton endurcissement et à ton malheur.

Tu as tué les prophètes et fait mourir les enfants de Dieu…maintenant, tu vas mettre le comble à tous ces crimes en faisant mourir le Fils de Dieu même. »

Voilà, ce qui faisait couler les larmes de Jésus-Christ avec tant d’abondance en approchant de cette ville.
Hélas ! Il découvrait dans tous ces malheurs, la perte de tant d’âmes bien plus coupables que les Juifs, puisqu’elles allaient être plus favorisées de grâces qu’eux tous ne l’avaient été. Hélas,  ce qui le toucha si vivement, c’est que, malgré les mérites de sa mort et passion, qui aurait de quoi racheter mille mondes plus grands que celui que nous habitons, le plus grand nombre serait perdu.

Oui, il voyait d’avance ceux qui d’entre nous mépriseraient Ses grâces et ne s’en serviraient que pour leur malheur.

Hélas ! Qui de nous ne tremblera pas en pensant véritablement à conserver son âme pour le ciel ? Hélas, ne sommes-nous pas de ce nombre ? N’est-ce pas pour nous que Jésus-Christ a dit en pleurant : « Ah ! Si, au moins, ma mort et mon sang ne servent pas à votre salut, ils allumeront la colère de mon Père sur vous, pendant l’éternité. »

Un Dieu vendu !… une âme réprouvée !… un ciel rejeté !… Est-il bien possible que nous soyons insensibles à tant de malheurs ?… Est-il bien possible que, malgré tout ce que Jésus-Christ a fait pour sauver nos âmes, nous soyons si insensibles à leur perte ?…

Mais, pour nous tirer de cette insensibilité, je vais vous montrer :

1/ Ce que c’est qu’une âme.

2/ Ce qu’elle a coûté à Jésus-Christ.

3/ Ce que le démon fait pour la perdre.

1/ Si nous avions le bonheur de connaître la valeur de notre âme, avec quel soin ne la conserverions-nous pas ? Hélas ! Nous ne le comprendrons jamais assez !

Vouloir, vous montrer la grandeur de la valeur d’une âme est impossible à un mortel…il n’y a que Dieu seul qui connaisse toutes les beautés, les perfections dont il orne une âme.

Je vous dirai seulement que tout ce que Dieu a créé : le ciel, la terre et tout ce qu’ils renferment, toutes ces merveilles sont créées en sa faveur.

Notre catéchisme nous donne la plus belle preuve possible de la grandeur de notre âme. Quand l’on demande à un enfant : Qu’entendez-vous, quand vous dites que l’âme de l’homme est un esprit créé à l’image de Dieu ? C’est, vous dit l’enfant, que cette âme a, comme Dieu, le pouvoir de connaître, d’aimer et de se déterminer librement dans toutes ses actions.

Voilà, le plus bel éloge que nous puissions faire des qualités dont Dieu a embelli notre âme, créée par les trois Personnes de la Sainte Trinité et à leur ressemblance. Un esprit, comme Dieu, éternel pour l’avenir, capable de connaître les beautés et toutes les perfections de Dieu autant qu’il est possible à une créature ; une âme, qui est l’objet des complaisances des trois Personnes divines ; une âme, qui peut glorifier Dieu dans toutes ses actions ; une âme, dont toute l’occupation sera de chanter les louanges de Dieu pendant des jours sans fin ; une âme, qui sera lumineuse du bonheur de Dieu même ; une âme qui a une telle liberté dans toutes ses actions, qu’elle peut donner son amitié, son amour à qui bon lui semble.

Elle peut ne pas aimer Dieu ou l’aimer…mais, si elle est si heureuse de tourner son amour du côté de Dieu, ce n’est plus elle qui obéit à Dieu…mais Dieu lui-même qui fait les volontés de cette âme et qui semble se faire un plaisir de le faire.

Nous pourrions même dire que, depuis le commencement du monde, vous ne trouveriez pas une âme qui, s’étant donnée à Dieu sans partage, le bon Dieu lui ait refusé quelque chose qu’elle ait désiré.

Nous voyons que Dieu nous a créés avec de tels désirs, que rien de créé n’est capable de nous contenter. Présentez à une âme toutes les richesses et tous les trésors du monde, rien de cela ne pourra la contenter.

Dieu l’ayant créée pour Lui, il n’y a aussi que Lui seul qui soit capable de remplir tous ses vastes désirs.

Oui, notre âme peut aimer Dieu, ce qui est le plus grand de tous les bonheurs ! En l’aimant, nous avons tous les biens et les plaisirs que nous pouvons désirer sur la terre et dans le ciel. Nous pouvons encore le servir…c’est-à-dire, le glorifier en chaque action de notre vie. Il n’y a pas jusqu’à la moindre chose que nous fassions, que Dieu n’en soit glorifié, si nous le faisons en vue de lui plaire.

Notre occupation, pendant que nous sommes sur la terre, n’a rien de différent de celle des anges qui sont dans le ciel…la seule chose qui diffère, c’est que nous ne voyons tous ces biens qu’avec les yeux de la foi.
Notre âme est si noble, ornée de tant de belles qualités, que le bon Dieu n’a voulu la confier qu’à un prince de sa cour céleste. Notre âme est si précieuse aux yeux de Dieu même, que, dans toute sa sagesse, il n’a point trouvé de nourriture qui fût digne d’elle que Son Corps adorable, dont il veut qu’elle fasse son pain de chaque jour…et pour sa boisson, il n’y avait que son Sang précieux qui fût digne de lui en servir…

« O mon corps, s’écrie saint Bernard, que vous êtes heureux de loger une âme ornée de tant de belles qualités ! Un Dieu, tout infini qu’il est, en fait l’objet de Ses complaisances ! »

Oui, notre âme est destinée à aller passer son éternité dans le sein de Dieu même.

Disons tout en un mot : notre âme est quelque chose de si grand, de si précieux, qu’il n’y a que Dieu seul qui la surpasse.

Un jour, le bon Dieu fit voir une âme à sainte Catherine. Elle la trouva si belle, qu’elle s’écria : « O mon Dieu, si la foi ne m’apprenait pas qu’il n’y a qu’un Dieu, je croirais que c’est une divinité…non, mon Dieu, je ne m’étonne plus que vous soyez mort pour une si belle âme ! »
Oui, notre âme, pour l’avenir, sera éternelle, ainsi que Dieu Lui-même. Non, non, n’allons pas plus loin…l’on se perd dans cet abîme de grandeur.

D’après cela seul, je vous laisse à penser si nous devons nous étonner que Dieu, qui en connaît si bien le mérite, pleure si amèrement la perte d’une âme.

Je vous laisse à penser quel est le soin que nous en devons prendre pour lui conserver toutes ses beautés.

Hélas ! Le bon Dieu est si sensible à la perte d’une âme, qu’Il l’a pleurée avant que d’avoir des yeux pour pleurer…il a emprunté les yeux de ses prophètes pour pleurer la perte de nos âmes. C’est ce que nous voyons, d’une manière bien sensible, dans la personne du prophète Amos. M’étant, nous dit ce prophète, retiré dans l’obscurité, considérant l’effroyable multitude de crimes que le peuple de Dieu commettait chaque jour, voyant que la colère de Dieu était prête à lui tomber dessus, et que l’enfer ouvrait ses gouffres pour les engloutir, les ayant tous fait assembler, et étant moi-même tout tremblant, je leur dis en pleurant amèrement : O mes enfants, savez-vous bien quelle est mon occupation, nuit et jour ?

Hélas ! Je me représente vivement tous vos péchés, dans toute l’amertume de mon cœur. Si à force… accablé de fatigue, je m’assoupis, aussitôt je m’éveille en sursaut en m’écriant, les yeux baignés de larmes et le cœur brisé de douleur : Mon Dieu, mon Dieu, n’y aurait-il point d’âmes en Israël qui ne vous offensent ?

Alors que je me remplis l’imagination de cette triste et déplorable idée, j’en parle au Seigneur, j’en gémis amèrement en sa sainte présence en lui disant : Mon Dieu, quel moyen vais-je employer pour obtenir leur grâce ?

Voici ce que le Seigneur m’a répondu : Prophète, si vous voulez obtenir le pardon de ce peuple ingrat, allez, courez dans les rues et les places publiques. Faites-les retentir des gémissements les plus amers…entrez dans la boutique des marchands et des artisans…allez jusque dans les lieux où l’on rend la justice…montez dans la chambre des grands et le cabinet des juges…dites à tous ceux que vous trouverez au dedans et au dehors de la ville :

« Malheur à vous ! Ah ! Malheur à vous, qui avez péché contre le Seigneur ! »

Ce n’est pas même assez, vous appellerez à votre secours tous ceux qui sont capables de pleurer, afin qu’ils joignent leurs larmes aux vôtres et que vos gémissements et vos cris soient si effrayants qu’ils jettent la consternation dans tous les cœurs qui vous entendront…afin qu’ils quittent leurs péchés, et les pleurent jusqu’au tombeau…afin qu’ils comprennent par là combien la perte de leurs âmes m’est sensible. »…
Comprenez-vous, combien la perte de nos âmes est sensible au bon Dieu ?

Vous voyez combien nous sommes malheureux en perdant une âme que Dieu aime tant, que, n’ayant pas encore des yeux pour pleurer, il emprunte ceux de ses prophètes pour verser des larmes amères sur leur perte.

Le Seigneur nous dit par son prophète Joël : « Pleurez la perte des âmes comme un jeune époux qui vient de perdre son épouse qui devait faire toute sa consolation, et qui est réduit à toutes sortes de malheurs ! »
Saint Bernard nous dit que trois choses sont capables de nous faire pleurer, mais il n’y en a qu’une seule qui soit capable de rendre nos larmes méritoires qui est lorsque nous pleurons nos péchés ou ceux de nos frères…partout ailleurs ce ne sont que des larmes profanes ou criminelles, ou enfin, infructueuses.

Pleurer la perte d’un procès injuste, la mort d’un enfant : larmes inutiles.

Pleurer la privation d’un plaisir charnel : larmes criminelles.

Pleurer une longue maladie : larmes infructueuses et inutiles.

Mais, pleurer la mort spirituelle de son âme, l’éloignement de Dieu, la perte du ciel :

« O larmes précieuses, nous dit ce grand saint, mais que vous êtes rares ! »

Et pourquoi, sinon parce que vous ne sentez pas la grandeur de votre malheur, pour le temps et pour l’éternité ?
Hélas ! C’est la crainte de cette perte qui a dépeuplé le monde, pour remplir les déserts et les monastères de tant de chrétiens…c’est qu’ils comprenaient bien mieux que nous que, si nous perdons notre âme, tout est perdu, et qu’il fallait donc qu’elle fût d’un grand prix, puisque Dieu lui-même en faisait tant de cas.

Oui, les saints ont tant souffert pour conserver leur âme pour le ciel !

L’histoire nous en fournit des exemples sans nombre…

2/ En deuxième lieu, nous avons dit que, pour connaître le prix de notre âme, nous n’avons qu’à considérer ce que Jésus-Christ a fait pour elle.

Qui de nous, pourra jamais comprendre combien le bon Dieu estime notre âme, puisqu’il a fait tout ce qu’il était possible à un Dieu de faire, pour rendre heureuse une créature.

Pour se sentir plus porté à l’aimer Il a voulu la créer à son image et ressemblance, afin qu’en la contemplant, Il se contemplât lui-même. Aussi, voyons-nous qu’Il donne à notre âme les noms les plus tendres et les plus capables de montrer un amour jusqu’à l’excès.

Il l’appelle son enfant, sa sœur, sa bien-aimée, son épouse, son unique, sa colombe.

Mais ce n’est pas assez : l’amour se montre encore bien mieux par les actions que par les paroles.

Voyez son empressement à venir du Ciel pour prendre un corps semblable au nôtre…et épousant notre nature, Il a épousé toutes nos infirmités, sinon le péché…ou plutôt Il a voulu se charger de la justice que Son Père demandait de nous.

Voyez Son anéantissement dans le mystère de l’Incarnation.

Voyez cette pauvreté : pour nous Il naît dans une crèche.

Voyez les larmes qu’Il répandait sur cette paille, où Il pleure d’avance nos péchés.

Voyez ce sang qui coule sous le couteau de la circoncision.

Voyez-le fuir en Égypte comme un criminel.

Voyez cette humilité et cette soumission à ses parents.

Voyez-le dans le jardin des Oliviers, qui gémit, qui prie et répand des larmes de sang.

Voyez-le pris, lié, garrotté, jeté par terre et battu à coups de pieds et de bâtons par ses propres enfants. Considérez-le attaché à cette colonne, tout en sang…son pauvre corps a reçu tant de coups, le sang coule tellement, que les bourreaux en sont eux-mêmes tout couverts.

Voyez cette couronne d’épines qui perce cette tête sainte et sacrée.

Voyez-le portant Sa Croix au Calvaire : autant de pas, autant de chutes.

Voyez-le cloué sur la croix et s’y étendant Lui-même, sans laisser sortir de sa bouche une seule parole de murmure.

Voyez ces larmes d’amour qu’Il répandait en mourant, qui se mêlent à son sang adorable !

Est-ce bien là, un Amour digne d’un Dieu qui est l’Amour !

Est-ce là, nous montrer l’estime qu’Il fait d’une âme !

En est-ce assez pour nous faire comprendre ce qu’elle vaut et les soins que nous en devons prendre ?
Ah ! Si nous avions le bonheur, une fois dans notre vie, de bien comprendre la beauté et la valeur de notre âme, ne serions-nous pas prêts, comme Jésus-Christ, à faire tous les sacrifices pour la conserver ?

Oh ! Qu’une âme est belle, qu’elle est précieuse aux yeux de Dieu même !

Comment se peut-il faire que nous en fassions si peu de cas, et que nous la traitions plus durement que le plus vil des animaux ?

Quelle doit être la pensée de cette âme qui connaît sa beauté et toutes ses belles qualités, de se voir traînée dans les ordures du péché ?

Ah ! Sentons, lorsque nous la roulons dans les eaux de ces sales voluptés, quelle horreur ne doit pas avoir d’elle-même une âme qui n’a que Dieu seul qui la surpasse !… Mon Dieu, est-il bien possible que nous fassions si peu de cas d’une telle beauté ?
Voyez, ce que devient une âme qui a le malheur de tomber dans le péché. Dans la grâce de Dieu, on la prendrait pour une divinité…mais, dans le péché !…

Le Seigneur fit un jour voir à un prophète une âme en état de péché, il nous dit qu’elle était semblable à une charogne, traînée pendant huit jours dans une rue à la rigueur du soleil.

Ah ! C’est bien là, que nous pouvons dire avec le prophète Jérémie : « Elle est tombée, la grande Babylone, elle est devenue le repaire des démons. »

Oh ! Qu’une âme est belle, quand elle a le bonheur de posséder la grâce de son Dieu ! Non, non, il n’y a que Dieu qui peut en connaître tout le prix et toute la valeur !
Aussi, voyez comment Dieu a établi une religion pour la rendre heureuse ici-bas, en attendant de la faire jouir d’un plus grand bonheur dans l’autre vie.

Pourquoi, a-t-Il institué tous ces sacrements ? N’est-ce pas pour la guérir, quand elle a eu le malheur de recevoir des plaies par le péché, et pour la fortifier dans ses combats ?

Voyez à combien d’outrages Jésus-Christ s’est exposé pour elle !

Combien ses commandements sont violés ! Combien de fois ses sacrements sont profanés, combien de sacrilèges dans la réception des sacrements ! Mais non, quoique Jésus-Christ sache bien toutes les insultes qu’Il y recevrait, l’amour qu’Il a pour nos âmes n’a pas pu l’arrêter… disons mieux : Jésus-Christ a tant aimé ou plutôt aime tant notre âme que, s’il fallait mourir une seconde fois, Il le ferait.

Voyez son empressement à venir à notre secours dans nos peines et dans nos chagrins.

Voyez les soins qu’Il prend de tous ceux qui veulent l’aimer.

Voyez-vous toutes ces foules de saints qu’Il nourrit d’une manière miraculeuse.

Ah ! Si une fois nous avions le bonheur de bien comprendre ce que c’est qu’une âme et combien Dieu…, combien Il l’aime, et combien Il doit la récompenser pendant toute l’éternité, nous ferions bien comme les saints : ni les biens, ni les plaisirs, ni la mort ne seraient capables de nous la faire vendre au démon. Voyez toutes ces foules de martyrs, les tourments qu’ils ont endurés pour ne pas la perdre, voyez-les monter sur les échafauds, et se livrer entre les mains des bourreaux avec une joie incroyable…
Ah ! Si nous avions une fois compris ce que notre âme vaut, l’estime que Dieu Lui-même en fait, pourrions-nous la laisser périr comme nous le faisons ? Non, non, ne soyons plus étonnés de ce que Jésus-Christ a tant versé de larmes sur la perte de notre âme.
Mais, pensez-vous, sur quoi est-ce donc que Jésus-Christ a tant pleuré ? Hélas ! Il a pleuré sur notre orgueil, en voyant que nous ne cherchons que les honneurs et l’estime du monde au lieu de ne penser qu’à nous anéantir, à la vue des humiliations qu’un Dieu a pratiquées pour nous élever…Il a pleuré sur nos haines et nos vengeances, tandis qu’Il meure Lui-même pour ses ennemis. Il a pleuré sur nos vices infâmes d’impureté, en voyant combien ce péché déshonore notre âme et nous plonge dans une boue sale et infecte.

Hélas ! Il a pleuré sur tous nos péchés. Il voulait tous nous sauver et nous rendre heureux.

Il ne voulait pas que de si belles âmes, qui sont Ses créatures, soient perdues, déshonorées et réduites à l’esclavage du démon, tandis qu’elles sont douées de tant de belles qualités, et destinées à un si grand bonheur.

3/ Saint Augustin nous dit : « Voulez-vous savoir ce que vaut votre âme ? Allez, allez le demander au démon, il vous le dira bien. Le démon estime tant une âme, que quand nous vivrions quatre mille ans, si après ces quatre mille ans de tentations il nous gagnait, il compterait tout cela pour rien. »

Ce saint homme qui avait éprouvé les tentations du démon d’une manière toute particulière, nous dit que notre vie n’est qu’une tentation continuelle.

Le démon lui-même dit un jour par la bouche d’un possédé, que tant qu’il y aurait un homme sur la terre, il le tenterait.

Parce que, dit-il, je ne puis souffrir que des chrétiens, après tant de péchés, puissent encore espérer le ciel que j’ai perdu d’une seule fois, sans avoir pu le regagner.
Mais, hélas ! Si nous ne sentons pas nous-mêmes que dans presque toutes nos actions nous sommes tentés, tantôt par l’orgueil, la vanité, la bonne opinion que nous pensons que l’on aura de nous, tantôt par la jalousie, la haine, la vengeance.

D’autres fois, le démon ne vient-il pas nous représenter les images les plus sales et les plus impures. Voyez dans nos prières, il emporte notre esprit de part et d’autre ; ne nous semble-t-il pas même que nous sommes dans un état…, lorsque nous sommes en la Sainte présence de Dieu ?

Et, bien plus, vous ne trouverez pas un saint qui n’ait pas été tenté depuis Adam, les uns d’une manière, les autres d’une autre, et les plus grands saints ce sont ceux qui l’ont été le plus.

Si Notre-Seigneur a été tenté, c’est pour nous montrer que nous devions l’être aussi il faut donc absolument nous y attendre.

Si vous me demandez ce qui est la cause de nos tentations, je vous dirai que c’est la beauté et la valeur de notre âme que le démon estime et aime tant, qu’il consentirait à souffrir deux enfers s’il le fallait, et si par là il pouvait entraîner notre âme en enfer.
Nous ne devons jamais cesser de veiller sur nous-mêmes, crainte que le démon ne nous trompe dans le moment que nous ne nous y attendrons pas.

Saint François nous dit que le bon Dieu lui fit voir, un jour, la manière dont le démon tentait ses religieux, surtout contre la pureté. Il lui fit voir une troupe innombrable de démons qui ne faisaient autre chose que de tirer des flèches contre ces religieux, les unes retournaient avec violence contre les démons mêmes, qui les avaient tirées : alors ils s’enfuyaient en poussant des hurlements effroyables…les autres retombaient contre qui elles étaient tirées, tombaient à leurs pieds sans leur faire aucun mal…les autres entraient jusqu’au bout du fer, et enfin les perçaient de part en part.

Il faut, pour les chasser, nous servir, comme nous dit saint Antoine, des mêmes armes :

Quand il nous tente d’orgueil, il faut vite nous humilier et nous abaisser devant Dieu.

S’il veut nous tenter contre la sainte vertu de pureté, il faut tâcher de mortifier nos corps et tous nos sens et être encore plus vigilants sur nous-mêmes.

S’il veut nous tenter par le dégoût dans nos prières, il faut encore en faire davantage, avec plus d’attention, et, plus le démon nous dira de les laisser, plus nous devons en augmenter le nombre.
Les tentations les plus à craindre sont celles que nous ne connaissons pas.

Saint Grégoire nous dit qu’il y avait un religieux qui, pendant quelque temps, avait été un bon religieux. Il conçut un grand désir de sortir du monastère et de retourner dans le monde, disant que le bon Dieu ne le voulait pas dans ce monastère. Son supérieur lui dit : « Mon ami, c’est le démon qui est fâché que vous puissiez sauver votre âme, combattez-le. »

Mais non, l’autre crut toujours que cela était. Le saint lui donna la permission de s’en aller… mais en sortant du monastère, le saint se mit à genoux pour demander au bon Dieu qu’il fît connaître à ce pauvre religieux que ce n’était que le démon qui voulait le perdre.

A peine eut-il mis le pied sur le seuil de la porte pour sortir, qu’il vit un gros dragon qui lui tomba dessus.

« Oh ! S’écria-t-il, à mon secours ! Voilà un dragon qui va me dévorer. »

En effet, les religieux, qui étaient accourus à ce bruit, trouvèrent ce pauvre religieux étendu par terre, à demi-mort. Ils l’emportèrent dans le monastère, et celui-ci reconnut véritablement que ce n’était que le démon qui voulait le tenter et qui mourait de rage de ce que son supérieur avait prié pour lui et qu’il l’avait empêché de l’avoir.

Hélas ! Que nous devons craindre de ne pas connaître nos tentations ! Et nous ne les connaîtrons jamais, si nous ne le demandons au bon Dieu.
Que faut-il conclure de cela ? Sinon qu’il faut que notre âme soit quelque chose de bien grand aux yeux des démons, puisqu’ils sont si attentifs à ne pas manquer une seule occasion de nous tenter, afin de nous perdre, pour nous entraîner dans leur malheur.

Mais si nous avons vu, combien notre âme est quelque chose de grand, combien Dieu l’aime, combien il a souffert pour la sauver, les biens qu’Il lui prépare dans l’autre vie…si nous avons vu en même temps toutes les ruses et tous les pièges que le démon nous tend pour la perdre… à présent, qu’en pensons-nous ? Et quelle estime en faisons-nous ? Et quels soins en prenons–nous ? Avons-nous jamais conçu une pensée de la grandeur de notre âme, et du soin que nous en devons prendre ?
Que faisons-nous, de cette âme qui a tant coûté à Jésus-Christ ?

Hélas ! Si nous disions que nous ne l’avons que pour la rendre malheureuse et la faire souffrir !

Nous la tenons pour moins estimable que nos plus vils animaux. Quand ils sont dans l’écurie, nous leur donnons à manger…nous avons soin d’ouvrir et de fermer les portes, crainte que les voleurs ne nous les prennent…s’ils sont malades, nous allons chercher le médecin pour les soulager…nous sommes touchés, souvent jusqu’au cœur, en les voyant souffrir.

Le faisons-nous pour notre âme ?

Avons-nous soin de la nourrir par la grâce, par la fréquentation des sacrements ?

Avons-nous soin de bien fermer les portes, crainte que les voleurs ne l’emportent ?

Hélas ! Disons-le à notre honte, nous la laissons périr de misère…nous la laissons déchirer par nos ennemis, qui sont nos passions…nous laissons toutes les portes ouvertes.

Le démon de l’orgueil vient, nous le laissons entrer, meurtrir et déchirer notre pauvre âme. Celui de l’impureté vient, il entre, salit et pourrit cette pauvre âme.

« Ah ! Pauvre âme, nous dit saint Augustin, que l’on t’estime peu de chose : Un orgueilleux te vend pour une pensée d’orgueil…un avare, pour une pièce de terre, un ivrogne, pour un verre de vin, et un vindicatif, pour une pensée de vengeance ! »
En effet, où sont nos bonnes prières, nos bonnes communions, nos prières bien faites, nos messes bien entendues, notre résignation à la volonté de Dieu dans nos peines, notre charité pour nos ennemis ?

Est-il bien possible, que nous fassions si peu de cas d’une âme qui est si belle, que Dieu a aimée plus que Lui-même, puisqu’il est mort pour la sauver ?

Hélas, nous aimons le monde et les plaisirs du monde…et tout ce qui a rapport à la gloire de Dieu ou au salut de notre âme nous ennuie, nous rebute…nous murmurons même, quand il faut le faire.

Hélas ! Qu’un jour nous aurons de regret !… Le monde semble nous donner quelques plaisirs, mais nous nous trompons.

Écoutez ce que nous en dit saint Jean Chrysostome, vous allez voir combien le bonheur est plus grand pour celui qui cherche à conserver son âme que pour celui qui ne cherche que ses plaisirs, et laisse son âme de côté.

« Dans mon sommeil, nous dit ce grand saint, j’eus un songe extraordinaire, qui, à mon réveil, me présenta bien des sujets de réflexion devant Dieu. Dans ce sommeil, je vis un endroit délicieux, une vallée charmante, où la nature avait réuni toutes les beautés, toutes les richesses et les plaisirs capables de réjouir un mortel. Ce qui m’étonna, c’est qu’au milieu de cette vallée de délices, je vis un homme à l’air triste, le visage altéré, l’esprit occupé. Son maintien annonçait le trouble et l’émotion de son âme…tantôt immobile et regardant fixement la terre, tantôt marchant à grands pas d’un air égaré…puis, s’arrêtant tout à coup, poussant de profonds soupirs et se plongeant dans une mélancolie profonde qui semblait approcher du désespoir.

En considérant attentivement, j’aperçus que cette vallée de délices aboutissait à un précipice affreux, à un gouffre immense où une force étrangère semblait le traîner.

Cet homme était agité malgré tant de délices, car à cette vue, il ne pouvait goûter un moment de joie ni de paix.

Mais portant mes regards plus loin, je vis un autre endroit tout contraire, un vallon sombre et obscur, des montagnes escarpées, des déserts stériles…la sécheresse seule paraissait habiter ce séjour. Nul feuillage, nulle verdure, des ronces et des épines : tout inspirait la tristesse, la solitude, une espèce d’horreur.

Mais ma surprise fut à son comble quand j’aperçus dans cette vallée, un homme pâle, défait, exténué et cependant avec un visage serein, un maintien tranquille et un air content.

Malgré ces dehors affligeants, tout annonçait un homme qui jouit de la paix de l’âme…mais portant mes regards encore plus loin, j’aperçus au bout de cette vallée de misères et cet affreux désert, je vis un endroit délicieux, un agréable lointain où l’on découvrait toutes sortes de beautés.

Cet homme considérait sans cesse ce terme, ne le perdait jamais de vue, marchait avec courage, passant à travers les ronces où souvent il se blessait…mais ses plaies semblaient ranimer ses forces.

Étonné de tout cela, je demandai pourquoi l’un était si triste dans ce lieu de plaisirs et l’autre si content dans ce lieu de misères.

Alors j’entendis une voix qui me dit : Ces deux hommes, que vous voyez, sont l’image de ceux qui sont ou entièrement attachés au monde, ou sincèrement dévoués a service de Dieu.

Le monde, me dit cette voix, présente d’abord à ses spectateurs, les biens, les plaisirs, au moins en apparence : l’on s’y jette comme des insensés…mais l’on reconnaît bientôt que l’on n’a pas trouvé ce que l’on croyait.

Ce qu’il y a de plus triste et de plus accablant c’est qu’au bout de ce terme, l’on ne trouve qu’un gouffre, où vont se précipiter tous ceux qui marchent dans cette route qui semble être agréable.

L’autre, au contraire, me dit cette voix, éprouve en soi tout le contraire : dans le service de Dieu, d’abord il y a des épreuves et des peines, c’est une vallée de larmes qu’on habite…il faut se mortifier, se faire quelques violences, se priver des douceurs de la vie, passer ses jours dans la contrainte.

Mais l’on s’anime par la vue et l’espérance d’un avenir à jamais heureux. C’est le partage de cet homme qui est dans cette vallée triste…mais la pensée du bonheur qu’il espère le console et le soutient dans ses combats. Tout devient consolant, pour lui, son âme goûte déjà les biens qui lui sont promis et qui l’attendent, et dont bientôt il jouira. »
Peut-on trouver une image plus naturelle que celle-là, pour nous faire comprendre la différence de celui qui, pendant sa vie, ne cherche qu’à plaire à Dieu, à sauver son âme, avec celui qui laisse son Dieu et son âme de côté pour courir après quelques plaisirs qui nous conduisent, sans avoir rien goûté de consolant ni de parfait, dans un précipice qui n’est autre chose que le gouffre de l’enfer.

Heureux celui qui marchera dans ce chemin, où il y a quelques peines, mais de peu de durée, et qui, au bout, nous conduit dans un lieu si heureux à la possession de Dieu même ! C’est le bonheur…

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