Biographie de Sœur Lucie de Fatima

Un chemin sous le regard de Marie

Cette biographie de Sœur Lucie, qui paraît un peu avant le 100e anniversaire des apparitions de Notre-Dame du Rosaire à Fatima (1917), est en quelque sorte un testament de Sœur Lucie (1907-2005).

Le livre retrace rapidement l’histoire des apparitions avec le point de vue de Sœur Lucie, mais la partie principale est constituée de la vie de Sœur Lucie au couvent avec de nombreuses anecdotes racontées par ses consœurs. Cet aspect-là est totalement nouveau et n’a jamais été révélé.
Suivre le quotidien de Sœur Lucie au couvent, voir comment celle qui a vu la Vierge Marie, le ciel, le purgatoire et l’enfer vit sa vie de religieuse au sein d’une communauté, est tout à fait édifiant. Les explications sur la consécration du monde à Marie et sur la troisième partie du «Secret de Fatima» nous viennent de celle qui les a entendues de la bouche même de la Vierge Marie.
C’est vraiment un livre captivant pour tous ceux qui veulent découvrir Sœur Lucie dans son intimité.
Nous reproduisons ici la préface du livre écrite par Mgr Virgílio do Nascimento Antunes, évêque de Coimbra.
Sœur Lucie est une figure incontournable dans le monde catholique portugais du XXe siècle. Elle est la petite bergère de Fatima qui, avec François et Jacinthe, a vu Notre-Dame en 1917. Elle est considérée comme la petite fille bénie et choisie pour diffuser sur la planète entière le message de paix et de salut du Seigneur. En tant que religieuse carmélite, elle est connue comme une personne privilégiée, dans sa propre consécration à Dieu et dans le service de son Eglise, en laquelle les fidèles placent une confiance considérable, grâce au fait qu’elle a été la confidente de la Vierge. Mais Sœur Lucie est aussi une figure incontournable au niveau mondial, et en particulier européen. Depuis les apparitions avec les références à la conversion de la Russie et à la dénonciation des erreurs de l’athéisme, jusqu’aux changements politiques survenus sur le Vieux Continent, elle est considérée comme partie intégrante de ce mystère prophétique qui traverse notre histoire contemporaine. Sur le plan personnel, de nombreux hommes et femmes, dispersés sur les cinq continents, continuent à nourrir une profonde admiration à son égard et à implorer du Seigneur, par son intercession, les grâces spirituelles dont ils ont besoin. L’histoire de l’Eglise contemporaine peut difficilement s’abstenir de faire allusion à Sœur Lucie. Les références au Saint-Père et à ses souffrances, déjà au cours des apparitions, de même que la révélation de la troisième partie de ce qu’on appelle le «Secret de Fatima» et les événements dramatiques vécus par l’Eglise à la fin du deuxième et au début du troisième millénaire ne nous permettent pas d’ignorer Sœur Lucie.
La lecture de ses Mémoires nous permet de pénétrer au cœur du message de Fatima, en nous aidant à découvrir la personnalité humaine et spirituelle des trois petits bergers, à travers la plume de Lucie. Bien qu’elle se concentre sur François et Jacinthe, nous pouvons saisir sa magnanimité et sa détermination dans la recherche de la vérité, dans le culte passionné de la fidélité au Seigneur et à sa Mère et dans l’apostolat auprès de nos frères. La lecture des Appels du Message de Fatima nous dit que cette manière d’être qui est la sienne et ses engagements assumés ont profondément marqué les convictions de Sœur Lucie et la totalité des actions accomplies au cours de sa longue vie terrestre. Maintenant, la lecture de la biographie Un chemin sous le regard de Marie, rédigée par le carmel de Coimbra, nous fournit une perspective plus complète de la personnalité de Sœur Lucie, fruit d’une connaissance par relation, d’une vie commune quotidienne et d’écrits et de témoignages qui reflètent la profondeur d’une âme. Puisse ce livre aider tous ses lecteurs à saisir les traits essentiels de l’existence de Sœur Lucie: l’amour pour le Seigneur Dieu, la dévotion filiale vis-à-vis de Notre-Dame, la fidélité inconditionnelle à l’Eglise et l’engagement pour le salut de l’humanité perdue. Enfin le message de Fatima, selon son interprétation, sa manière de le vivre et son témoignage, réactualise l’invitation à la conversion, apporte l’annonce de la bonne nouvelle du salut par Jésus-Christ et incite chaque chrétien à réaliser son propre chemin sous le regard de Marie.
Coimbra, 13 février 2013  Mgr Virgílio do Nascimento Antunes
Quant aux religieuses du Carmel, elles racontent dans l’introduction:
Marie: «Je suis ici pour la septième fois. Va, continue le chemin sur lequel l’évêque voudra te conduire. Cela est la volonté de Dieu.
–    Oui, je ferai ce que vous m’ordonnez.»
Et la petite bergère laissa sa terre, sa parenté et la maison de son père [et partit] vers le pays que le Seigneur lui indiqua, chargeant sur ses propres épaules fragiles la responsabilité de faire connaître au monde la dévotion au Cœur Immaculé de Marie, comme lui avait dit la petite Jacinthe, sa cousine et confidente, au moment de l’ultime adieu. Avec la même simplicité avec laquelle elle a vécu, accompagnons-la donc au long de son chemin qui ne fut pas dépourvu d’épines, mais toujours irrigué à profusion par l’amour.
Ce fut une vie placée sous le signe de l’amour pour Marie. Quand Lucie était entourée de nombreuses personnes, d’attentions et de sollicitations, elle avait l’habitude de répéter: «C’est totalement à cause de Notre-Dame!» Et la Vierge dirait, si seulement nous pouvions l’entendre: «C’est totalement à cause de Jésus!» Oui, parce que tout, dans notre vie, est dirigé vers Lui. Et quand Marie descend sur la terre nous porter un message, c’est toujours pour la gloire de Dieu et le salut de ses enfants, pour nous indiquer le chemin, la vérité et la vie, ou bien pour nous rappeler qu’il y a quelque chose qui ne va pas. La vie de Sœur Lucie a reçu très tôt le sceau de Marie et, durant son long parcours ce fut cet amour d’enfance qui marqua chacun de ses pas, allant toujours de Marie vers Jésus.

 

Sœur Lucie répondant à l’innombrable correspondance qui lui était adressée

 

Ce qu’a dit Sœur Lucie à propos de la consécration du monde demandée par N.-D. du Rosaire
Cette question est encore souvent discutée parmi les chrétiens. Voilà ce que les religieuses du Carmel de Coïmbra ont retenu de Sœur Lucie.
Efforts de Lucie pour que la consécration du monde et de la Russie soit faite
Vers 1940, pressentant l’approche de la Seconde Guerre mondiale, la Sœur Lucie n’économisa pas ses efforts. Bien que cela lui coûtât beaucoup, sur ordre de l’évêque de Leiria, elle écrivit au Saint-Père, le pape Pie XII, pour lui exposer la demande de Notre-Dame. Lisons-en quelques passages:
«Très Saint-Père,
En 1929, Notre-Dame, au moyen d’une autre apparition, demanda la consécration de la Russie à son Cœur Immaculé, promettant d’empêcher par ce moyen la propagation de ses erreurs, et sa conversion. Quelque temps après, j’informai le confesseur de la demande de Notre-Dame, et Sa Révérence utilisa divers moyens pour que cela se fasse, en la faisant parvenir à la connaissance de Sa Sainteté Pie XI. Dans diverses communications intimes, Notre-Seigneur n’a pas cessé d’insister sur cette demande, promettant finalement, si Votre Sainteté daigne faire la consécration du monde au Cœur Immaculé de Marie avec mention spéciale de la Russie et ordonner qu’en union avec Votre Sainteté et en même temps, tous les évêques du monde le fassent, d’abréger les jours de la tribulation par laquelle il a déterminé de punir les nations de leurs crimes, au moyen de la guerre, de la faim, et de diverses persécutions contre l’Eglise et Votre Sainteté.
Je compatis vraiment, Très Saint-Père, aux souffrances de Votre Sainteté, et autant qu’il m’est possible, par mes pauvres prières et sacrifices, je m’efforce de les diminuer auprès de notre Dieu bon et du Cœur Immaculé de Marie. Très Saint-Père, si je ne me suis pas trompée dans l’union de mon âme à Dieu, Notre-Seigneur promet, en prenant en compte la consécration que les Excellentissimes prélats portugais ont fait de la nation au Cœur Immaculé de Marie, une protection spéciale à notre pays durant cette guerre, et que cette protection sera la preuve des grâces qu’il concéderait aux autres nations si elles étaient semblablement consacrées.»
La promesse s’accomplit: le Portugal fut préservé du fléau de la guerre.
Il serait très long de mentionner toutes les fois où la Sœur Lucie aborde ce thème dans sa correspondance. C’était une épine qui la blessait, de savoir combien de souffrances pouvaient être évitées, si les demandes du Ciel étaient exaucées…
En 1982, lors de sa rencontre privée avec le pape Jean Paul II, le 13 mai à Fatima, prévoyant que l’entretien ne pourrait pas être très long, elle remit à Sa Sainteté une lettre, dans laquelle elle renouvelait la demande de la Mère, en disant:
A Sa Sainteté Jean Paul II humblement j’expose et je supplie: la consécration de la Russie au Cœur Immaculé de Marie en union avec tous les évêques du monde. De telle manière que cette consécration soit un lien d’union de tous les membres du Corps mystique du Christ, qui, avec Marie Mère du Christ et notre Mère, s’offrent au Seigneur pour compléter l’œuvre de la Rédemption du monde. Et dans la mesure du possible, que tous les chrétiens, et même les non-catholiques et jusqu’aux non-chrétiens qui voudraient s’unir à cet acte de pleine consécration et donation au Seigneur, unis au Cœur Immaculé de Marie.
C’est ainsi que j’ai compris comment devait être faite cette consécration, à l’imitation du Christ quand il disait au Père: «Je me consacre moi-même pour eux pour qu’eux aussi soient consacrés», dans la vérité, dans la justice et dans l’amour, unis dans la même foi, dans la même espérance et dans le même amour. La troisième partie du Secret se réfère aux paroles de Notre-Dame: «Sinon, elle répandra ses erreurs à travers le monde, provoquant des guerres et des persécutions contre l’Eglise. Les bons seront martyrisés, le Saint-Père aura beaucoup à souffrir, diverses nations seront anéanties.» (13 juillet 1917)
La troisième partie du Secret, que vous tenez tant à connaître, est une révélation symbolique, qui se réfère à cette partie du Message, conditionnelle, selon que oui ou non, nous acceptons ou non ce que le Message nous demande: «Si on écoute mes demandes, la Russie se convertira et on aura la paix; sinon, elle diffusera ses erreurs à travers le monde, etc.»
Comme nous n’avons pas écouté cet appel du message, nous constatons qu’il s’est accompli. La Russie a envahi le monde par ses erreurs. Et si nous ne voyons pas encore l’accomplissement de la partie finale de cette prophétie, nous voyons que nous nous en rapprochons à grands pas. Si nous ne faisons pas demi-tour dans la voie du péché, de la haine, de la vengeance, de l’injustice en violant les droits de la personne humaine, de l’immoralité et de la violence, etc.
Et ne disons pas que c’est Dieu qui nous punit ainsi, mais bien que ce sont les hommes qui se préparent pour eux-mêmes le châtiment. Dieu seulement nous prévient et nous appelle au bon chemin, respectant la liberté qu’il nous a donnée; de ce fait, les hommes sont responsables.

 

Sœur Lucie avec la première statue de N.-D. de Fatima

 

 

La consécration du monde telle que demandée par Notre-Dame a-t-elle été faite?
Dans son pèlerinage à Fatima en 1982, le Saint-Père fit la consécration, mais elle ne fut pas encore conforme à la demande de Notre-Dame. Cette même année, le nonce apostolique Sante Portalupi visita Sœur Lucie. Lui parlant en particulier, la Sœur Lucie l’informa que la consécration, telle que Notre-Dame l’avait demandée, n’était pas encore faite. Le nonce transmit l’information au Pape et le 25 mars 1984, Sa Sainteté le pape Jean Paul II, devant l’image de Notre-Dame de Fatima qui était vénérée dans la capelinha [la petite chapelle] des Apparitions, envoyée au Vatican pour l’occasion, exauça la demande que la Dame avait faite cinquante-cinq ans avant! En août 1989, la Sœur Lucie éclaircit dans une lettre un doute qui existait encore:
La consécration du monde, en conformité avec ce que Notre-Dame a demandé, est-elle faite?
Le 31 octobre 1942, Sa Sainteté Pie XII l’a faite: on m’a demandé ensuite si elle avait été faite telle que Notre-Dame l’avait demandée; j’ai répondu que non, parce qu’il lui manquait l’union avec tous les évêques du monde.
Sa Sainteté Paul VI l’a faite ensuite, le 13 mai 1967. On m’a demandé ensuite si elle avait été faite telle que Notre-Dame l’avait demandée. Je répondis que non: pour le même motif, manquait l’union avec tous les évêques du monde. Sa Sainteté Jean Paul II l’a faite, le 13 mai 1982. On m’a demandé ensuite si elle avait été faite. Je répondis que non. Manquait l’union avec tous les évêques du monde.
Enfin, ce même Souverain pontife Jean Paul II écrivit à tous les évêques du monde en demandant qu’ils s’unissent à lui, il fit envoyer l’image de Notre-Dame de Fatima, celle de la capelinha, à Rome, et le 25 mars 1984, publiquement, en union avec les évêques qui voulaient s’unir à Sa Sainteté, il fit la consécration telle que Notre-Dame l’avait demandée. On m’a demandé ensuite si elle avait été faite telle que Notre-Dame l’avait demandée, et j’ai dit que oui. Depuis ce moment-là, elle est faite. Et pourquoi cette exigence de Dieu que cette consécration ait été faite en union avec tous les évêques du monde? Parce que cette consécration est un appel à l’unité de tous les chrétiens – Corps mystique du Christ – dont la tête est le Pape, unique vrai représentant du Christ sur terre, à qui le Seigneur a confié les clés du Royaume des cieux. Et de cette union dépend la foi dans le monde, et la charité qui est le lien qui doit tous nous unir dans le Christ, comme Il l’a demandé au Père: «Comme Toi, ô Père, tu es en Moi et Moi en Toi, qu’ils soient aussi en Nous, pour que le monde croie que Tu M’as envoyé… Moi en eux et Toi en Moi, pour qu’ils soient parfaits dans l’unité et pour que le monde reconnaisse que Tu M’as envoyé et les as aimés, comme Tu M’as aimé, Moi.» (Jn 17,21-23)
Comme nous le voyons, de l’union dépendent la foi et la charité qui doivent être le lien de notre union avec le Christ, dont le vrai représentant sur la terre est le Pape.
Quelque temps après cette Consécration, dans une conversation avec le Père Luis Kondor, à sa question si la consécration avait été faite comme elle avait été demandée, la Sœur Lucie répondit ainsi: «Elle l’a été, mais c’est déjà tard!» [foi feita, mas já foi tarde] Ensuite ce prêtre lui demanda quel signal on verrait de l’acceptation par Dieu de la consécration faite et de l’accomplissement de la promesse. Elle répondit: «Regardez vers l’Est. On a vu la réponse!» [viu-se: mot-à-mot: la réponse s’est vue].
Dans son dernier écrit, Sœur Lucie nous montre comment s’est manifestée la réponse du Ciel:
«Cette consécration a été faite par le Saint-Père Jean Paul II, à Rome, publiquement, le 25 mars 1984, devant la statue de Notre-Dame – qui est vénérée dans la capelinha des Apparitions à la Cova da Iria, Fatima – que le Saint-Père, après avoir écrit à tous les évêques du monde pour leur demander de s’unir à Sa Sainteté dans cet acte de consécration qu’il allait faire, avait fait venir à Rome à dessein pour bien marquer que la consécration qu’il allait faire devant cette statue, était la demande faite par Notre-Dame à Fatima.
Et il est bien connu de tous qu’on était dans un des moments les plus critiques de l’histoire de l’humanité, dans lequel les grandes puissances, hostiles entre elles, projetaient et se préparaient pour une guerre nucléaire, qui aurait détruit le monde, sinon en totalité, du moins dans sa plus grande partie; et ce qui serait resté, avec quelles possibilités de survie? Et qui aurait été capable de pousser ces hommes à changer tout cela pour le contraire? A demander une rencontre pour se donner une embrassade de paix? A changer leurs projets de guerre en projets de paix? D’injustices agressives et violentes, en projets d’appuis et d’aides, reconnaissant les droits de la personne humaine en abolissant l’esclavage, etc.?
Qui, sinon Dieu, fut capable d’agir dans ces intelligences, dans ces volontés, dans ces consciences, de manière à les amener à un tel changement, sans peur, sans crainte de révoltes d’opposants? De leurs pays ou de l’étranger? Seule la force de Dieu, qui agit en tous, les amenant à accepter cela en paix, sans révoltes, sans oppositions, sans conditions.
Qui est comme Dieu?»

Un chemin sous le regard de Marie, biographie de Sœur Lucie de Fatima, pages 241-246

 

 

 

 

 

 

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