Les fins dernières – père Emmanuel

  • EXTRAITS *TRAITÉ DES FINS DERNIÈRES*PAR LE PÈRE EMMANUEL*

    Source : myriamir

    VIERGES FOLLES ET SAGES

    LA PARABOLE DES DIX VIERGES

    Extrait d’un texte qui a paru seulement dans le «Bulletin de Notre-Dame de la Sainte Espérance», deux ans avant la mort du P. Emmanuel. C’est une explication de la parabole des dix vierges, qui constitue un très beau traité des fins dernières, appuyé sur l’Écriture et les commentaires patristiques.


     

    VII. Voilà donc les malheureuses vierges qui ont leurs lampes éteintes. Elles croyaient avoir fait des bonnes oeuvres, et ces oeuvres sont mortes. Elles croyaient tenir quelque chose, et ce quelque chose s’est évanoui comme une fumée ; tel celui qui aurait des billets de banque, lesquels se trouveraient faux et sans valeur.

    Leur agitation pour trouver des vendeurs d’huile dépeint leur désarroi et le désespoir de leur âme habituée à des flatteries, et qui ne rencontre autour d’elle qu’un morne silence.

    Cependant, «l’Époux vient et celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui aux noces, et la porte fut fermée».

    barreblancvierges

    Ah ! dit saint Grégoire-le-Grand sur ce passage, s’il nous était donné de sentir, par un goût intérieur, tout ce qu’il y a d’admiration en cette parole : «l’Époux vient !» Et de douceur en cette autre : «Elles entrèrent avec lui aux noces !» Et d’amertume en cette autre : «Et la porte fut fermée».

    barreblanc

    Venit sponsus, quid admirationis ! Il est venu autrefois sur la terre, si humble et si pauvre ! Il y a vécu si méprisé ! Il y est mort si ignominieusement supplicié !

    Il reste au Saint-Sacrement si caché et si délaissé ! Il est si nié, si discuté, si combattu ! Et maintenant le voilà sur les nuées du ciel, entouré d’un appareil de gloire, divinement beau, suavement terrible, offert avec ses plaies glorifiées en spectacle à tous les hommes, ravissement des bons, effroi des méchants, prenant possession lui et les siens d’un royaume qui n’aura pas de fin.

    Intraverunt cum eo ad nuptias, quid dulcedinis ! Elles étaient prêtes, les vierges sages ; leurs lampes rayonnaient de l’huile d’une bonne conscience, même au soleil de l’éternelle justice. Elles entrent, quelle sécurité ! Avec lui, quelle société ! Aux noces, quelles délices !

    barreblancSAINT SACREMENT

    Et clausa est janua, quid amaritudinis ! Et derrière Lui, derrière elles, la porte est fermée, irrévocablement. Ceux qui ont laissé passer le moment d’y entrer resteront dehors, à tout jamais ! Quelle amertume ! Quelle confusion ! Quel désespoir ! Pas de place pour eux, pour les malheureuses vierges. Elles ont beau frapper à la porte, et s’écrier avec des lamentations : «Seigneur, Seigneur ouvrez-nousLe Seigneur leur répond : «En vérité, en vérité je vous le dis, je ne vous connais pas». Vous êtes pour moi des étrangères.

    Que faut-il donc pour être connu de Jésus ? Il faut avoir le coeur tout à lui plaire ; fuir les regards du monde ; aimer la vie humble et cachée, comme il s’y est lui-même complu.

    barreblanc

    Par cette mise en scène parabolique, par cette allée et venue des vierges folles, par ce stationnement à la porte des noces, Notre Seigneur a voulu nous faire comprendre qu’il n’y a plus de pénitence après cette vie.

    Écoutons saint Augustin :

    «Il a été dit, et c’est là une promesse qui ne trompe pas : «Frappez et l’on vous ouvrira». Mais frappez, maintenant que c’est le temps de la miséricorde, et non pas quand ce sera le temps du jugement. Ne confondons pas ces deux temps, alors que l’Église chante distinctement à son Seigneur miséricorde et jugement (Ps. C). Voici le temps de la miséricorde ; fais pénitence. Mais si tu prétends la faire au temps du jugement, tu prendras place parmi les vierges qui trouvèrent porte close».

    Jésus-Christ-Vitrail barreblanc

    Saint Grégoire cite à ce propos les paroles du Seigneur dans les Proverbes de Salomon : «Je vous ai appelés, vous avez refusé ; j’ai tendu la main, vous n’avez pas jeté les yeux sur moi ; vous avez méprisé tous mes conseils, et négligé toutes mes réprimandes. Et moi je rirai à votre perte, et je vous tournerai en dérision quand arrivera ce que vous redoutiez.

    Lorsque fondra sur vous la calamité subite, lorsque votre fin s’abattra sur vous comme la tempête, quand vous saisiront la tribulation et l’angoisse, vous m’invoquerez et je ne vous écouterai pas, vous vous mettrez le matin en quête de moi, et vous ne me trouverez pas» (Prov. 124, seq.). C’est ainsi que toute l’Écriture restreint le temps de la miséricorde à la vie présente.

    barreblanc

     

    Saint Grégoire va plus loin, et de la malheureuse fin des vierges folles, il conclut qu’il ne faut pas renvoyer la pénitence à l’heure de la mort. Il raconte à ce sujet, en terminant son homélie, une histoire terrifiante. Il conclut : «Pensons sérieusement à toutes ces choses, mes frères, ne laissons pas se perdre inutilement le temps, ne remettons pas à commencer une bonne vie au moment même où notre âme devra quitter son corps.

    La Vérité qui est Jésus-Christ nous donne cet avertissement : «Priez pour que votre fuite n’ait pas lieu le sabbat ni en hiver». Le sabbat, la loi mosaïque interdisait les longues courses ; l’hiver, les chemins sont mauvais, le  froid glace le voyageur. Ne remettez pas à fuir vos péchés, quand Dieu ne vous mesurera qu’un court espace de vie, quand vos sens seront engourdis par le froid précurseur de la mort».

    barreblanc

    VIII. Notre-Seigneur conclut la parabole des dix vierges par ces mots : «Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure».

    Les vierges sages avaient pris leurs précautions les vierges folles ont été surprises.

     

    Les premières, ayant toujours devant leurs yeux l’heure inconnue du jugement, s’ingéniaient à plaire à Dieu, s’efforçaient de purifier de plus en plus leur conscience. Les secondes, légères, imprévoyantes, se laissaient aller à l’amour des louanges, à la vanité, et perdaient leur temps. L’heure du jugement sonne à l’improviste, et les voilà éternellement confondues.

    Ne nous laissons pas aller à cette mortelle imprévoyance. Il y va de notre salut. Remplissons sans tarder les conditions requises pour être sauvés : sans tarder, disons-nous, car nous ne savons ni le jour ni l’heure à laquelle nous serons appelés au redoutable tribunal de Dieu.

    barreblanc

     

    Que faut-il pour être vraiment prêts ? S’abstenir des plaisirs coupables du monde ? C’est déjà un point, mais cela ne suffit pas. Mener une vie extérieurement chrétienne ? Cela ne suffit pas encore. Il faut de plus avoir une intention droite et pure de plaire à Dieu en toutes ses oeuvres ; intention qui est une huile sainte et indéfectible, intention qui rend les oeuvres lumineuses aux yeux de Dieu, intention qui provient d’une vraie Charité.

     

    Écoutons l’Apôtre exaltant la nécessité de la Charité : «Que j’ai une foi à transporter les montagnes, que je distribue tout mon bien aux pauvres, que je livre mon corps aux flammes, si je n’ai pas la charité, tout cela ne me sert de rien».

     

    S’il faut toutes ces conditions réunies pour aller au ciel, et il n’est pas douteux qu’elles aient été posées par le Sauveur, comment déplorer assez l’illusion de ceux qui prétendent y entrer sans avoir gardé la chasteté convenable à leur état, et sans avoir observé dans leur intégrité tous les commandements de Dieu et de son Église ?

    dix-commandements-de-dieu

     S’il faut cacher, autant que possible, aux yeux des hommes le bien que l’on fait pour ne pas en perdre le mérite : que penser de ces femmes et de ces filles légères, qui cherchent à attirer sur elles tous les regards par une tenue coquette et mondaine ?

    La méditation sérieuse de notre Évangile est de nature à dissiper bien des illusions préjudiciables, à retirer bien des âmes d’un chemin dangereux qui les conduirait à leur perte éternelle : puisse-t-elle obtenir un si enviable résultat !

    Nous n’avons rien avancé que d’après les Commentaires de saint Augustin et de saint Grégoire.

    Terminons par l’entraînante conclusion de saint Augustin.

    «L’heure viendra : quand viendra-t-elle ? Nous l’ignorons. Ce sera au milieu de la nuit : Veillons, «veillez», conclut l’Évangile, car vous ne savez ni le jour ni l’heure».

    «Puisqu’il nous faut nous endormir, comment veiller ? Veille par le coeur, veille par la foi, veille par l’espérance, veille par la charité, veille par les bonnes oeuvres ; si corporellement tu t’endors, comme le veut la nature, bientôt sonnera le réveil. A ce réveil prépare ta lampe : qu’alors elle soit brillante, entretenue par l’huile d’une bonne conscience : alors l’Époux céleste te prendra dans un embrassement immortel, il t’introduira dans sa demeure où tu ne dormiras plus, où jamais ta lampe ne pourra s’éteindre.

    lampeallumefut-092

    Et maintenant, mes frères, nous sommes dans les labeurs, nos lampes vacillent sous les vents du siècle et parmi les tentations : que leur flamme brûle avec tant de force, que le vent de la tentation, bien loin de les éteindre, ajoute encore à leur ardente clarté».

    barreblanc


    PDF de ce texte intégral : ST THOMAS D AQUIN-C382_P.Emmanuel_Traite-des-fins-dernieres_10v_6p

Cet article a été publié dans Uncategorized. Ajoutez ce permalien à vos favoris.